Les fêtes

Au coucher du soleil à Youngstown. Toronto à l’horizon.

Au coucher du soleil à Youngstown

Les fêtes nationales arrivent à peu près en même temps, l’américaine trois jours après la canadienne. Alors que la fête de l’indépendance américaine se célèbre depuis longtemps, la fête canadienne a changé de caractère au cours de ma vie. Auparavant elle s’appelait “Dominion Day.” Jusqu’aux années soixante, les Canadiens n’avaient pas leur propre drapeau et les fondements de leur constitution restaient en Grande-Bretagne. Les Canadiens anglais discutaient interminablement quant à savoir s’ils avaient ou non une identité nationale. Les Canadiens français au Québec (parce une minorité importante vit en dehors de cette province), pour leur part se demandaient incessamment s’ils pouvaient vivre comme une nation distincte à l’intérieur d’un État fédéral avec une majorité d’anglophones.

La canicule est arrivée en même temps, mais elle s’annonçait depuis une semaine. Les avertissements de tous les services de la météo se multiplient en anticipation d’un phénomène peu commun dans notre région : une chaleur qui menace de dépasser les 35 degrés.

La météo américaine…

Les bons conseils se multiplient aussi : faire attention au soleil, aux activités en plein air, aux besoins particuliers des jeunes, des malades, des gens du troisième âge et des animaux domestiques, car tous font face à un danger réel et existentiel.

…et canadienne

Au Maroc, à la fin des années soixante, je travaillais au ministère de l’Agriculture à Fès. Un certain été, quand le thermomètre s’approchait des 40 degrés, on fermait le ministère entre 12 h et 16 h pendant plusieurs semaines. Le travail recommençait à 16 h et finissait à 19 h. Pour ceux qui vivaient à Fès, c’est-à-dire la quasi-totalité des employés, cet horaire d’été leur convenait très bien. On rentrait à la maison, prenait le repas de midi et faisait une sieste.

Si on ne vivait pas à Fès, comme moi qui vivais à Sefrou, la question était quoi faire pendant ces quatre heures. Souvent je rendais visite à mes amis, mais presque aussi souvent je passais de longues heures sur la terrasse du café Zan Zibar.

La Zanzi Bar, au centre de la ville nouvelle à Fès

Les grandes avenues étaient désertes. À la fin de la journée, à 19 h, je prenais le car ou un grand taxi, pour arriver chez moi à Sefrou tard et affamé, mais aussi remerciant le bon Dieu d’être si chanceux de respirer la fraîcheur de la montagne.

Après la récolte sur la route de Sefrou

Mais, face à la chaleur, la vie ici continue comme d’habitude. La pelouse demande que je la tonde et l’arrose. Nos préparatifs pour la fête nationale nous préoccuperont au cours des trois prochains jours. Ma femme constate que l’isolant des tuyaux de notre unité de climatisation s’est dégradé et a besoin d’être remplacé.

Aujourd’hui je fais le paysan avec mon tracteur. Je fais des courses. Et surtout j’attends le soir quand je me débarrasserai de mes vêtements et flotterai sur une chambre à air en contemplant le coucher du soleil aux bords lointains du lac Ontario.

Hier soir la paix nocturne a été brisée par les feux d’artifice provenant du fort Niagara où on célébrait la guerre de Sept Ans, que les Américains appellent the French and Indian War. En fait, cette région était l’un des théâtres de la vraie Première Guerre mondiale, où la France et La Grande-Bretagne luttaient pour le pouvoir et le territoire, ici comme ailleurs dans le monde.

La défaite française a signifié la fin de la Nouvelle-France comme entité politique, mais pas la fin de la présence française en Amérique du Nord. Les Canadiens français ont conservé leur langue et leurs coutumes et se souviennent de leur passé, de leurs ancêtres, de leurs racines françaises, des grands personnages qui ont contribué à cette nation dynamique qui existe aujourd’hui au sein de la fédération canadienne. C’est ainsi que les plaques minéralogiques de la Province de Québec portent la devise: « Je me souviens ».

La rive sud du fleuve Saint Laurent, près de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Québec

Quand le silence se rétablit, les lucioles sortent, à la recherche soit d’une partenaire soit d’un repas. C’est le début de leur courte saison. Ce soir elles seront en compétition avec les feux d’artifice canadiens. Dès qu’une ombre profonde s’emparera du ciel, on les verra, tout le long de la côte canadienne. D’ouest en est, de Burlington à Oshawa les petites explosions multicolores auront lieu et nous, à une cinquantaine de kilomètres de la plus proche, les entendrons avec un retard d’une minute ou deux.

Et après, ce sera le vol des lucioles et le doux chant des vagues lacustres.

Un soir d’été à Sefrou

Author: Dave

Retired. Formerly school librarian, social studies teacher, and urban planner.

4 thoughts on “Les fêtes”

  1. Concernant l’horaire d’été au Maroc, les temps ont bien changé depuis la fin des années soixante. Le travail dans les administrations publiques débute à 8h30 pour ne finir qu’à 16h30 avec une pause dèjeuner d’une heure. Avec l’heure d’été (GMT+1), on a largement le temps d’aller à la piscine ou à la plage avant le coucher du soleil(20h30).

    Le ven. 6 juil. 2018 à 15:54, Morocco That Was a écrit :

    > Dave posted: ” Les fêtes nationales arrivent à peu près en même temps, > l’américaine trois jours après la canadienne. Pendant que la fête de > l’indépendance américaine se célèbre depuis longtemps, la fête canadienne a > changé de caractère au cours de ma vie. Auparavant e” >

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    1. C’est plus ou moins le même horaire qu’ici: neuf heures jusqu’à cinq heures avec une heure or même une demi-heure pour le déjeuner. L’heure d’été n’est pas universelle aux États-Unis, mais elle prolonge le coucher de soleil jusqu’à neuf heures.

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  2. Interessant. C’est comme nous avec les Ecossais. Il s’agit des freres et des soeurs mais cependant, cela ne marche pas – on ne sait le pourqoui . Tant pis. Plus ca change, plus c’est la meme chose, selon moi. Au fond c’est être un être humain. Quant au deuxieme partie de ton post il parait que d’etre sans vetements flottant au lac est sans doute la marque d’un baba cool du “Peace Corps”. “Tout le pouvoir à toi” comme on dit chez nous. Quant aux temperatures, ca a ete pareil en Slovakie: quand il fait tres froid tout le monde est chez eux dans le peau. Il s’agit d’etre chez soi chez soi. Il y a plusieurs de pays ou cela n’est pas la verite.

    Liked by 1 person

    1. Les souvenirs d’une conquête et d’une dominance culturelle durent longtemps. En Occitanie, on se rappelle l’assujettissement brutal des Cathares et vantent encore la gloire de l’âge des troubadours. Je regarde la diversité culturelle comme la diversité biologique et sa disparition m’attriste et me fait peur. Par contre, le nationalisme est un vrai fléau et il est à la racine de beaucoup de problèmes dans notre monde contemporain. L’idéal sera la nation sans état.

      La chaleur est passée, remplacée par une sécheresse de longue durée. Je peux me baigner facilement, mais mon jardin n’a pas le même luxe !

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