Femmes rurales

En ce moment, je lis un livre, dans lequel l’auteur retrace les voyages d’Alexander Mackenzie, un Écossais qui a émigré en Amérique au 18e siècle où il a fait fortune au Canada dans le commerce des fourrures. Aujourd’hui le grand fleuve qui coule à travers le nord-ouest canadien avant de se jeter dans l’océan Arctique porte son nom. Mackenzie l’avait découvert lors de sa recherche du passage du Nord-Ouest. Tout comme d’autres explorateurs avant lui, à sa grande déception il avait appris que le passage du Nord-Ouest n’existait pas. Paradoxalement, cette route plus rapide et si ardemment recherchée vers l’Orient deviendra bientôt réalité grâce au réchauffement de l’Arctique.

Les premiers explorateurs de la région comptaient sur les Amérindiens pour leur connaissance du terrain ainsi que pour leur savoir-faire pratique. Les déplacements en hiver où les températures pouvaient atteindre les 50 degrés sous zéro exigeaient des habiletés que peu d’Européens possédaient.

Le livre raconte l’histoire d’un autochtone, Matonabbee, qui est tombé sur un Anglais affamé, Samuel Hearne, dont il a sauvé la vie. L’auteur, Brian Castner, décrit les rapports et relate une conversation entre les deux protagonistes :

Matonabbee a pris Hearne en pitié. Il a habillé l’Anglais d’un manteau de peaux de loutre pour ensuite lui montrer une rivière où poussaient de petits arbres qui permettraient au groupe de se fabriquer des raquettes et des traîneaux. Hearne n’avait plus de munitions de carabine et, ayant désespérément besoin d’abattre du gibier, il a coupé un ciseau à glace en morceaux carrés pour créer des semblants de balles rudimentaires. Cependant, les chasseurs de Matonabbee les ont nourris sans problème pendant tout le trajet de leur retour au Prince of Wales Fort.

En cours de chemin, Matonabbee a demandé : « Allez-vous tenter un autre voyage pour découvrir les mines de cuivre? » Hearne a répondu que oui, sur quoi Matonabbee s’est porte volontaire comme guide, mais à certaines conditions. D’abord, il fallait payer un certain prix fixé par le gouverneur du fort. Et deuxièmement, que les femmes de Matonabbee les accompagnent. C’était là la condition la plus importante, car, selon Matonabbee, c’est le manque de femmes qui avait voué l’expédition de Hearne à l’échec. « Quand tous les hommes sont lourdement chargés, de dire le Chipewyan, ils ne peuvent ni chasser ni faire de grandes distances; et si par hasard leur chasse est couronnée de succès, qui va porter le produit de leurs efforts? Les femmes sont faites pour de telles corvées. Une femme peut transporter ou tirer autant que deux hommes. »

Ce passage me rappelle les énormes fardeaux que les femmes rurales portaient au Maroc. Arrivées à la vieillesse, beaucoup avaient le dos courbé de façon permanente. La vie n’a jamais été facile pour les paysans pauvres et leurs familles, et les hommes comme les femmes s’épuisaient à subvenir aux besoins de leurs familles. Les sécheresses étaient fréquentes, le temps souvent trop chaud ou trop froid et les récoltes imprévisibles. Exploités par les commerçants des villages, maltraités par les autorités, n’ayant pas accès à des soins de santé adéquats, les paysans les plus pauvres subsistaient de peine et de misère avec un stoïcisme qui m’étonnait. J’étais en admiration devant leur courage indomptable.

Récolte de fourrage dans le pré-Rif.
Près de Moulay Idriss
Près de Moulay Idris, je crois.
Jeunes filles, près de Risani. 1971 Photo de Leona Erickson.

Ce livre, Disappointment River, raconte l’histoire de la tentative de l’auteur de refaire le voyage de Mackenzie à travers les Grands Lacs et le nord-ouest canadien ainsi que son voyage le long du fleuve Mackenzie jusqu’à l’océan Arctique. Je vous le recommande en tant que très bon récit d’aventure et comme histoire du commerce des fourrures au Canada.

FIRST ANCHOR BOOKS EDITION, FEBRUARY 2019
Copyright 2018 by Brian Costner
All rights reserved. Published in the United States by Anchor
a division of Penguin Random House LLC, New York. Originally published
in hardcover in the United States by Doubleday, a division
Penguin Random House LLC, New York, in 2018.

Auteur : David Brooks

Traduction : Jim Erickson

L’oued Sebou, « magnificus et navigabilis »

Sans être le plus long des cours d’eau marocains, l’oued Sebou en charrie tout de même le plus important volume d’eau. Amenant des eaux vitales à l’agriculture irriguée de la plaine du Gharb, l’une des régions agricoles les plus riches du Maroc, le Sebou se jette dans l’Atlantique à Kénitra. Étant le seul fleuve navigable du Maroc, Kénitra constitue le seul port naturel du pays. Ce manque de cours d’eau navigables et de ports atlantiques sûrs constitue sans doute un facteur majeur dans la préservation de l’indépendance de la région dès l’Antiquité jusqu’au 20e siècle.

Le Sebou au port de Kénitra. Durant l’invasion alliée de l’Afrique du Nord, il était le site d’une escarmouche entre des G.I. américains et des soldats français de Vichy.

Le Sebou prend sa source dans les hauts plateaux basaltiques du Moyen Atlas, plateaux parsemés de cônes volcaniques récents.

Le cratère à Michliffen.
Sur la route royale, Tareq es-sultan. Jbel Tichoukt à l’arrière plan.

Dans son cours supérieur près des villages de Timhadite et Guigou, le Sebou porte pertinemment un nom berbère, Asif n Guigou. Il coule vers le sud-est à partir du bassin fluvial de la Moulouya.

Pays calcaire où les rivières s’alimentent des rivières souterraines.
Les villages du Moyen Atlas se trouvent souvent dans des positions protégées aux bords des plateaux.

Dans sa descente à travers des plateaux calcaires, le fleuve s’alimente de sources artésiennes et acquiert, chemin faisant, un nom arabe, oued Sebou, même si l’on croit que l’étymologie du nom arabe est également d’origine berbère. L’écrivain romain Pline l’Ancien, auteur de L’histoire naturelle, en fait mention en le nommant Sebubus, ce qui montre que le nom est effectivement très ancien. Pline l’Ancien était général. Il avait une bibliothèque immense et même s’il n’a jamais visité le Maroc, qui à l’époque faisait partie de l’Empire romain sous le nom de Mauretania Tingitana, il en parle dans ses écrits. Pline a connu une mort tragique en essayant de sauver des amis lors de l’éruption de Vésuve en 79 av. J.-C. Son neveu, Pline le Jeune, était un témoin direct de l’éruption et a décrit la manière dramatique dont sa famille a échappé à la catastrophe.

Des tributaires du Sebou passent par des gorges comme celle-ci à Skoura.

Dans son cours sinueux à travers les montagnes du Moyen Atlas, le Sebou creuse de très profondes gorges. Ici on voit le fleuve sur le point de quitter les montagnes avant sa descente à la plaine du Saïs près de la ville de Fès.

Les gorges un peu au-delà du pont, là où le fleuve quitte sa gorge.

Peu après, il se gonfle des eaux d’autres rivières provenant du Rif avant de serpenter à travers les terres cultivées du Gharb et de déboucher dans l’océan Atlantique.

L’Ouergha, un tributaire majeur, dans le pré-Rif.
Un soir au printemps.

Mon experience du Sebou provient de sa proximité de Sefrou. Sur la route menant à El Menzel, un pont enjambe le fleuve là où il émerge d’une gorge profonde.

Les gorges profondes commencent non loin du pont, en aval dans cette photo.
La route et le pont entre El Menzel et Sefrou.

À cet endroit les eaux du Sebou étaient claires, surtout en été où une source artésienne, l’Ain Sebou, dilue ses eaux boueuses.

En se rendant à El Menzel ou à Ahermoumou, d’où on a une vue superbe du Jbel Bouiblane, on ne saurait manquer de voir le fleuve.

Vue à partir du belvédère à Ahermoumou, lorsque la neige hivernale couvre le Bouiblane.
Baignade rafraîchissante en plein été.

Dans les gorges on pouvait faire de la randonnée et en été les eaux du fleuve étaient suffisamment claires et fraîches pour faire une baignade rafraîchissante.

Prenant une rafraîchissante gorgée d’eau dans la source Aïn Sebou.

L’aïn Sebou, aïn qui signifie source en arabe, impressionnait par ses eaux claires et froides jaillissant dans un bassin pour ensuite déborder immédiatement dans les eaux boueuses de la rivière adjacente. Je ne me suis jamais baigné dans la source, mais j’ai regardé d’autres le faire. Après coup, je regrette l’occasion manquée; une autre de ces choses qu’on aurait voulu tenter sans jamais arriver à le faire.

Le contraste entre l’eau de la source et celle du fleuve est frappant. L’eau tombe d’une petite saillie avant de se mêler aux eaux du fleuve. En été, la rivière finit par devenir claire. Photo prise par Gaylord Barr.
Après les pluies hivernales, les eaux du fleuve deviennent claires. En été, on aperçoit des lauriers-roses en fleurs le long des berges.

Après les pluies hivernales, les eaux du fleuve deviennent claires. En été, on aperçoit des lauriers-roses en fleurs le long des berges.

En quittant le Moyen Atlas, le fleuve serpente en direction de Fès.

Près de Fès, cependant, les inondations du Sebou représentent un problème important, aggravées plus tard par de grands débordements printaniers occasionnées par la pluie et la fonte des neiges dans le Rif.

Le pont qui traverse le Sebou près de Fès pendant une inondation hivernale.
Le gonflement des tributaires du fleuve dans son cours inférieur, fait souffrir les plaines plates du Gharb.
Un navire de Sète en France qui pompait du vin marocain en vrac à Kénitra. En France, ce vin était mélangé avec des vins français.

Ce n’est que près de son embouchure sur l’Atlantique que le Sebou devient calme et placide, un point d’ancrage sûr pour les navires de haute mer.

De nos jours, le Sebou souffre de la pollution. Les écoulements des champs agricoles et le manque d’infrastructures de traitement des déchets dans un pays à forte croissance démographique font que la qualité de l’eau est une préoccupation majeure pour les Marocains. Les variations de débit entre l’été et les mois hivernaux ainsi que l’augmentation du nombre de diversions le long du fleuve ne font qu’aggraver le problème de qualité d’eau auquel le gouvernement marocain fait face le long du Sebou et d’autres cours d’eau du pays.

Loin dans le temps et dans l’espace, j’ai le souvenir d’un fleuve différent qui se déversait des collines et dont les eaux claires et pures coulaient parmi les lauriers-roses en fleurs.

Auteur: David Brooks

Traduction: Jim Erickson

The Oued Sebou, “magnificus et navigabilis”

The Oued Sebou is not the longest of Morocco’s rivers, yet still carries the largest volume of water of any of them. Bringing vital water to irrigated agriculture in the Gharb, one of Morocco’s richest agricultural areas, the Sebou flows into the Atlantic at Kenitra. The Sebou is the only Moroccan river navigable by ships, and Kenitra has the country’s only natural port. The lack of navigable rivers and safe Atlantic harbors no doubt constituted a major factor in the preservation of the area’s independence from ancient times til the twentieth century.

The Sebou begins on the high basalt covered plateaus of the Middle Atlas Mountains, plateaus dotted by recent volcanic cones.

The port of Kenitra. 1968
The crater at Michliffen.
On the royal road, Tareq es-sultan.

Near the villages of Timhadite and Guigou, it appropriately has a Berber name in its upper reaches, Asif n Guigou. It flows southeast away from the Moulouya river basin.

Middle Atlas villages are often located in protected positions on the edges of the plateaus.

Flowing down through foothills and limestone plateaus, it gains water, from artesian springs, as well as an Arab name, Oued Sebou, though it is thought that the origin of this Arabic name is also Berber. Pliny the Elder, the Roman writer who wrote The Natural History, mentions it as Sebubus, so the name is ancient indeed. Pliny the Elder was a general. He had an immense library, and though he never visited Morocco, then Mauretania Tingitana, a part of the Empire, he wrote about it. Pliny died tragically, or maybe imprudently, trying to rescue friends from the eruption of Vesuvius in 79 C.E. That eruption was witnessed by his nephew, Pliny the Younger, who wrote of his family’s dramatic escape.

Gorges, such as this one at Skoura, carry tributaries of the Sebou.

The Sebou cuts very deep gorges in places, winding through the mountains of the Middle Atlas. Here it is about to exit the mountains, before flowing down toward the Saïs plain near the city of Fes.

The gorges just above the bridge, where the river leaves its gorge.

Shortly thereafter, it gains more water from rivers flowing from the Rif before meandering again across the croplands of the Gharb and into the Atlantic Ocean.

The Ouergha, a major tributary, in the pre-Rif.
A spring evening.

My experience with the Sebou comes from its proximity to Sefrou. A bridge crosses it on the road to El Menzel, where it emerges from a deep gorge.

The deep gorges begin not far from the bridge, downstream in
this photo.

The road and bridge between El Menzel and Sefrou.

At that point the Sebou often flowed clear, especially in the summer when an artesian spring, the Ain Sebou dilutes its muddy waters.

One could not miss the river if one traveled to El Menzel, or farther to Ahermoumou, where one had a superb view of Bouiblane.

A view from the Belvedere at Ahermoumou, when winter snow covers Bouiblane.
Enjoying a cool dip in midsummer.

The gorges were a wild place to hike, and the river was clean and cold enough for a refreshing swim in the summer.

Taking a refreshing drink from the spring Ain Sebou.

The Ain Sebou, ain means spring in Arabic, was impressive, with cold, clear water unwelling into a basin and then immediately overflowing into the muddy waters of the adjacent river. I never swam in the spring, but watched others do it, and, in retrospect, I wish I had. Just another of those things one wishes one had tried, but never got around to doing.

The contrast between the water of the spring and the river is striking. It falls over a short ledge before mixing. In the summer, the river eventually clears. Photo by Gaylord Barr.
After the winter rains, the river flows clear. Oleanders in bloom dot the shoreline in the summer.

After leaving the mountains, downstream toward Fes, the river flows peacefully.

Leaving the Middle Atlas the river meanders toward Fes.

Near Fes, however, flooding from the Sebou begins to represent a significant problem, and after that it receives great early spring floods from the rains and melting snows of the Rif.

The bridge across the Sebou near Fes during a winter flood.
Growing through tributaries in its lower course, the flat plains of the Saïs and Gharb suffer from flooding.
A ship from Sète, France, pumping bulk Moroccan wine at Kenitra for shipment to France where it was mixed with French wine,

Only near it’s mouth on the Atlantic, does the Sebou become calm and placid, a safe anchorage for ocean going ships.

Today the Sebou suffers from pollution. The runoff from agriculture and the lack of infrastructure for waste treatment in a country with a rapidly growing population make water quality a serious issue for Moroccans. The variation in flow between summer and winter months and increasing diversions along the course of the river only exacerbate the water quality problems that the Moroccan government faces along the Sebou and other rivers.

Far away in time and place, I remember a different river, pouring out of hillside, and flowing clear and clean among the blooming oleanders.

Country Women

I am reading a book about Alexander Mackenzie, a Scot who emigrated to America in the 18th century, and made his fortune in the fur trade in Canada. Today his name belongs to the great river that flows through northwest Canada into the Arctic Ocean. He discovered it searching for the Northwest Passage. As with other early explorers, he found to his chagrin that the Northwest Passage did not exist. Ironically, today the warming Arctic will soon provide this long sought quick route to the Orient.

The early explorers of the region depended on the native Americans for their knowledge of the land as well as their practical know-how. Winter travel where the temperature often dropped to 50 degrees below zero required survival skills that few Europeans possessed.

The book tells the story of one native American, Matonabbee, who came across a starving Englishman, Samuel Hearne, and saved his life. The author, Brian Castner, recounts an interesting conversation between the two:

Matonabbee took pity on Hearne. He dressed the Englishman in a
coat of otter skins, and then showed him a river where small trees grew so the party could fashion snowshoes and sleds. Hearne was out of rifle ammunition and, desperate to take down game, cut an iron ice chisel into square chunks to create a poor substitute for bullets. But Matonabbee’s hunters easily fed them as they completed the journey back to Prince of Wales Fort.

As they walked, Matonabbee asked, “Will you attempt another journey for the discovery of the Coppermines?’ Hearne said yes, and Matonabbee volunteered to be his guide, on a few conditions. First, that a certain price be met by the governor of the fort. And second, that Matonwabbee’s wives accompany them. This was the most important point. It was lack of women on the expedition that had doomed Hearne, Matonabbee said. “For when all the men are heavily laden,” the Chipewyan said, “they can neither hunt nor travel to any considerable distance; and in case they meet with success in hunting, who is to carry the produce of their labor? Women are made for labor. One of them can carry, or haul, as much as two men can do.”

The passage reminded me of the huge loads that country women carried in Morocco. By old age, many were permanently stooped. Life was never easy for poor farmers and their families, and men, too, wore themselves out to earn bread for their families. Droughts were frequent, the weather often too hot or too cold, and harvests unreliable. Taken advantage of by town merchants, abused by the authorities, lacking adequate health care, the poorest farmers eked out a precarious existence with a stoicism that amazed me. I think of it as courage.

Harvesting forage. In the pre-Rif.
Near Moulay Idriss.
Near Moulay Idriss, I think.

The book, Disappointment River, tells the story of the author’s attempt to retrace Mackenzie’s route across the Great Lakes and northwest Canada, and down the Mackenzie River to the Arctic Ocean, and I recommend it as an adventure tale as well as a history of the fur trade in Canada.

Disappointment River. Copyright 2018 by Brian Costner
All rights reserved. Published in the United States by Anchor
a division of Penguin Random House LLC, New York. Originally published
in hardcover in the United States by Doubleday, a division
Penguin Random House LLC, New York, in 2018.

The Super Vol

When we first went to Morocco, there was the ironic portrait of the Super Vol, a volunteer held up by Peace Corps staff to represent the ideal of volunteerism in the Peace Corps. There were actually some such volunteers scattered about the world, but probably none in Morocco, where early volunteers had to struggle against bad programming. Someone in an early Morocco program parodied the idea with a cartoon, choosing a character living under extreme conditions, but, in the end, living at the time in Casablanca, a large, modern metropolis, where escape was a bus or petit taxi ride away.

Cemetery by the Oudayas, Rabat.

I recently wrote to a pair of my former American students, now grown and good friends of mine, about a world without escape:

When you guys were seniors, the book club at the high school featured Camus’ The Plague, and Horseman on the Roof. The first was a situation, a quarantined city in North Africa, where the protagonists were trapped, a metaphor for life perhaps, as death is inevitable, as we all know so well. They had to deal with life directly facing death, and Camus used the story to present his existential philosophy. The second book just dealt with a couple of people trapped in a cholera epidemic in southern France, loosely quarantined in a large area and able to escape.

In a 1995 book from the Pulitzer Prize winning reporter, Laurie Garrett, titled The Coming Plague, she paints a picture of mankind today. All the large predators we once feared have been wiped out, but still here and unseen are the bacteria, protozoans, and viruses that can kill us just as thoroughly, and more efficiently, as any large animal. We have created the perfect medium in which to grow: the large, poor, unsanitary slums that now surround many of the world’s biggest cities. We have provided the means for them to travel quickly, with high-speed trains, airplanes, and cruise ships carrying thousands. We have overused antibiotics, a key weapon against them, so that resistant strains have developed. We have weakened our immune systems through pollution with everything imaginable. We have governments that put privacy (in the form of regime preservation, China being the latest example) first, before public health, or underfund and undermine science (the U.S.). We have developed microbes as weapons of war in unsecured labs. And finally, we have failed to build international organizations that can coordinate the cooperative efforts that alone can confront the danger threatening us.

Wuhan is the latest, but not the last nor the most deadly, of the diseases that threaten to become deadly pandemics. And when the future equivalent of the Black Death strikes worldwide, the consequences will be dire.

Camus says that life is absurd, but there is no other choice than to struggle, like Sisyphus.

Not very cheery thoughts on a cold Saturday morning.

Moyens de transport aux années soixante

Mon blog « Le Maroc qui était » traite d’un Maroc qui se trouvait à mi-chemin entre celui du 19e siècle et celui d’aujourd’hui. Le monde a tellement changé depuis les années soixante qu’on ne reconnaîtrait guère le Maroc que j’ai connu.

Voici mes souvenirs sur les moyens de transport de l’époque. Les volontaires dans leur vie professionnelle ne pouvaient pas se passer de ces moyens et bien sûr nous voulions aussi nous en prévaloir pour mieux connaître le pays qui nous avait accueillis, pays qui compte une grande richesse de choses à voir et à faire.

Au début du 20e siècle, le Maroc avait à peine plus de routes carrossables qu’au début du 10e, autrement dit, presque aucune. Après la chute de l’Empire romain, les quelques routes qui desservaient les villes sont tombées en désuétude.

Le réseau routier de l’Afrique romaine. Eric Gaba (Stingfr:Sting)

Tout transport se faisait désormais au moyen de bêtes de somme, ce qui a certainement freiné le développement économique jusqu’à la colonisation française au début du 20e siècle.

Le réseau routier du Maroc romain. Walter B. Harris (1866-1933); engraved by the firm Walker & Boutall [Public domain]

Sur un sentier entre Sefrou et Bahlil, après une rare chute de neige.

Pendant le protectorat (1912-1956), les Français ont doté le pays d’un important système de transport. Au tout début, l’occupation militaire a occasionné la construction de chemins de fer et d’un réseau routier. Ensuite, la colonisation proprement dite nécessitait des ports maritimes et des routes goudronnées, ce qui a donné lieu à une importante croissance de la ville de Casablanca, qui deviendrait le pôle économique du pays. L’ère des avions suivrait peu après, avant l’avènement du tourisme.

À l’indépendance en 1956, le Maroc, tout comme l’Algérie, possédait déjà un vaste réseau routier très développé tel qu’on n’en trouvait nulle part ailleurs en Afrique. J’ai pu le constater moi-même en 1970 en traversant le Niger, pays beaucoup plus grand en superficie que le Maroc et qui, à l’époque, n’avait qu’une trentaine de kilomètres de routes goudronnées pour une superficie de 1 270 000 km².

Le car en panne entre Agadez et Zinder, Mali.

J’ai fait la connaissance de volontaires à Niamey qui ont dû utiliser des chevaux pour se rendre à leur domicile. C’est chouette si c’est l’aventure qu’on cherche, mais en aucun cas très commode. Le matin ils pouvaient observer des girafes, qui s’abreuvaient dans une mare.

Le nouveau gouvernement marocain a poursuivi l’expansion du réseau de transport, mais les volontaires éprouvaient tout de même des difficultés de déplacement dans certains endroits et en certaines saisons, les mêmes difficultés d’ailleurs qu’éprouvaient les Marocains.

Ce billet décrit les moyens de transport tel que je me les rappelle.

Tout d’abord, il y avait les moyens par lesquels on arrivait au Maroc de l’extérieur du pays : autos, autocars, chemins de fer, ferry-boats, paquebots et avions. Le Maroc bénéficiait d’une situation géographique très favorable comparativement à celles de la plupart des pays du monde. À l’époque des années soixante, les volontaires arrivaient bien sûr par avion, presque tous débarquant à l’aéroport de Rabat-Salé. L’aéroport Nouasseur de Casablanca, que l’armée de l’air américaine avait rendu au Maroc en 1963, n’avait pas encore pris son importance actuelle.

Une fois au pays, les volontaires faisaient un court stage d’orientation d’une durée variable à Rabat où se situait le bureau du Corps de la Paix. C’est dans la capitale qu’on rencontrait les petits taxis, moyen de transport très commode et pas cher.

Des petits taxi. (Photo IMDB)

Si ma mémoire est bonne, les petits taxis de Rabat étaient de couleur rouge comme ceux de Fès.

Un petit taxi à Fes.

Je ne me souviens pas d’avoir jamais pris l’autobus au Maroc, tellement le petit taxi remplissait parfaitement son rôle. Pour les volontaires qui servaient et vivaient ailleurs qu’à Rabat, on circulait surtout dans la médina, ce qui voulait dire à pied. Les Marocains l’appelaient « nemra ḥdaš », c’est-à-dire le numéro 11 !  Je ne sais pas si cette expression est d’origine arabe, berbère ou française. En français, il existe l’expression « prendre le train onze » qui veut dire effectivement aller à pied. Cette expression date du dernier quart du 19e siècle, mais la comparaison entre le nombre 11 et une paire de jambes remonte au temps du roi François 1e. Qui sait? En tout cas, je trouve l’expression parfaitement descriptive.

Pour le transport interurbain à partir de Rabat, on choisissait de préférence le train ou l’autocar. Une visite à Salé constituait la seule exception à cette règle, car de petites embarcations sur le fleuve Bouregreg desservaient les villes jumelles de Rabat et Salé.

Les barques sur le Bouregreg.

Pour nous déplacer entre les villes et les villages du Maroc, on utilisait les autocars de la CTM, le train, ou les grands taxis. Ces derniers s’avéraient très pratiques pour les courtes distances. Je les prenais souvent pour aller de Sefrou, d’où ils partaient de la place devant le Bab Mkam, jusqu’à Fès où je travaillais.

Les grands taxis au stationnement devant le Bab Mkam, Sefrou.

Les grands taxis étaient en grande majorité de vieilles voitures américaines ou de vieilles Mercedes. Les chauffeurs variaient beaucoup quant à leur prouesse et quant à la propreté et salubrité de leurs véhicules, et en les utilisant j’avais souvent l’impression de mettre mon âme entre les mains de Dieu. Comme les grands taxis partaient dès qu’ils avaient fait le plein de passagers, des petites foules se formaient aux stations de taxis, et les gens se précipitaient dans les véhicules pour arracher leur place, parfois après une lutte acharnée lorsqu’ils étaient pressés ou les taxis peu nombreux. Je me rappelle une fois où une vieille citadine n’avait pas réussi à obtenir une place. Abandonnée dans le stationnement, elle menaçait le chauffeur de taxi, qui disparaissait au loin, le poing serré, en lançant une série de malédictions qui se terminaient par une dernière : « Llah ´ataik ksida », que Dieu vous donne un accident !

Si on n’était pas pressé, les cars de la CTM coûtaient moins cher, mais affichaient souvent complets. Un jour, descendu à Fès, j’ai trouvé le car pour Rabat complet. J’ai alors acheté un billet pour le suivant, confié ma valise à la CTM, et je suis allé passer l’attente en rendant visite à un copain. Or, j’ai passé trop de temps, et j’ai raté le départ. Pire encore, ma valise n’était même pas fermée à clé, et mon passeport était dedans (c’est un signe de la confiance que j’avais en la CTM, mais ce n’était tout de même pas très intelligent.) Alors, quoi faire ? J’ai décidé de faire de l’auto-stop dans l’espoir d’arriver avant le car raté. J’ai été vraiment chanceux, car une Peugeot 504 blanche est arrivée tout de suite. Le chauffeur parlait parfaitement français , et je lui ai expliqué ce qui m’était arrivé, et pourquoi j’étais au Maroc. Au cours de la conversation, le chauffeur a précisé qu’il était militaire américain, basé à Sidi Yahia. Bien sûr, là-dessus, on continuait notre conversation en anglais. Il m’a expliqué qu’il devait passer par la base. En dépit de cet arrêt, nous sommes arrivés avant le car, et j’ai pu récupérer ma précieuse valise. Ce militaire était diplômé de la même université que moi aux USA et avait terminé juste un an après moi; une pure coïncidence, mais une de plusieurs qui se sont produites pendant mon séjour au Maroc. Son français était excellent, car il avait fait ses études au Sénégal, je crois. Type bizarre, il se vantait d’avoir été conçu à l’Hotel Balima à Rabat, où ses parents avaient passé leurs vacances vingt-cinq ans plus tôt ! Néanmoins, il m’avait sauvé la peau, et je lui étais bien reconnaissant.

Après les pluies d’hiver, les routes souffraient. Dans le pré-Rif, au nord de Fès.

Sur les routes pluvieuses ou montagneuses, dont le Maroc regorge, on risquait souvent des retards. D’habitude, une fois les bagages mis sur le toit du véhicule, on pouvait regarder le paysage plus ou moins dans le confort. J’ai pu lire pas mal de livres pendant mes nombreux déplacements au Maroc. Les chauffeurs étaient toujours professionnels, et répondaient aux requêtes raisonnables. Je me rappelle encore le jour où j’allais à Rabat avec mon copain Gaylord Barr. Il était indisposé et attendait désespérément un W.-C. Ne pouvant pas attendre l’arrivée à Rabat, il a prié le conducteur de le laisser descendre à côté de la route. Il est disparu derrière le premier arbre, et n’a repris son voyage que sur un car suivant plus tard ce matin-là!

Si on voyageait entre des villes desservies par le chemin de fer, le train était le moyen de transport le plus rapide et le plus commode. Cependant, il arrivait des pannes. Un jour, en rentrant d’une excursion de montagne dans le Haut Atlas, le train s’est arrêté et est resté immobile pendant des heures sur les plaines de Chaouia. Ce train, un des plus modernes, bénéficiait de l’air climatisé et n’avait qu’un seul défaut : les fenêtres ne s’ouvraient pas ! Tout le monde a dû descendre de ce fourneau hermétique, alors que l’air frais à l’extérieur devait dépasser les 40 degrés!

Et les fenêtres ne s’ouvraient pas ! Dans la Chaouïa.

Quant à l’avion, il coûtait trop cher pour les voyages à l’intérieur du pays, de sorte que les volontaires ne l’utilisaient que rarement. On ne touchait que 620 dirhams par mois, soit 120 $ de l’époque. Pendant les vacances du printemps en 1970, si je ne me trompe pas, mon copain Gaylord, professeur d’anglais au lycée Sidi Lhacen Lyoussi, a été invité par un de ses étudiants à passer les vacances chez sa famille à Oujda. Gaylord a acheté deux billets, l’un pour lui-même, l’autre pour son étudiant, afin de donner à ce dernier l’expérience de son premier vol en avion, un geste bien gentil de sa part.

Gaylord et Ali a l’aéroport du Saïs, Fès.

Enfin, pour le travail, j’avais une vieille Jeep Willys. Indestructible, elle me transportait dans les coins les plus reculés de la Province de Fès. Peu d’autres volontaires avaient de tels véhicules, et j’étais vraiment chanceux et privilégié d’en avoir la mienne. C’était la dernière Jeep de la compagnie Willys, avec un empattement très court.

Sur la route de retour d’Imouzzer des Marmoucha, petit générateur Honda et projecteur 16 mm dans le Jeep, écran lié à son extérieur, où je venais de montrer des films agricoles une nuit froide de Novembre. Les neiges des hauteurs brillaient sous les étoiles, et les gens du pays étaient ravis de la séance, meme s’il ne comprenaient très bien l’arabe littéraire des films. Après tout, à cette époque, il n’y avait pas encore la télé dans cet endroit relativement isolé.

 

Auteur :  David Brooks

Révision :  Jim Erickson

Noël au Maroc

Dans les années 1960, le Maroc comptait une abondance de jours fériés. Certains étaient religieux, comme celui du Mouloud, qui n’était pas nécessairement célébré dans d’autres pays musulmans; il y avait également des moussems, des fêtes juives, des fêtes chrétiennes, des événements de tourisme, et des jours fériés laïques. Comme il restait à l’époque un grand nombre de Français dans la fonction publique, surtout dans le système scolaire, les congés scolaires pour les enfants marocains correspondaient souvent avec ceux des Français. Du point de vue des jeunes, le pays disposait d’une corne d’abondance de jours fériés, les uns suivant les autres de manière presque ininterrompue.

Un jour férié dans le marché de Missour ou de Midelt.

À Rabat, l’anniversaire de feu le roi Hassan II qui, comme l’indique la photo, était un ardent golfeur.

La reine du festival des cerises à Sefrou.

Le moussem à Moulay Bouchta.

Les volontaires raffolaient de tous les jours fériés. Les congés offraient de nouvelles possibilités de voir d’autres régions du Maroc, de visiter d’autres volontaires ou même de partir à l’étranger. Lors de mon arrivée en 1968, le Corps de la Paix ne permettait pas aux volontaires de visiter l’Europe, à l’exception de l’Espagne. Au moment de mon départ en 1973, les nouveaux volontaires professionnels, du moins ceux qui avaient des parents bien nantis, prenaient des vacances en Suisse.

Ceux qui enseignaient l’anglais étaient les plus choyés, grâce à leurs longs congés estivaux. De plus, les enseignants d’anglais avaient des contacts avec de nombreux élèves, qui invitaient leurs professeurs dans leur maison quand ils en avaient la possibilité.

Les jours fériés religieux marocains étaient spéciaux et comportaient toujours des invitations à manger chez quelqu’un où la nourriture était toujours imbattable. Une fois, on a demandé à Julia Child, auteur célèbre et spécialiste de la cuisine française, où l’on pouvait prendre un bon repas français à New York. Sa réponse : dans la maison de quelqu’un. Je donnerais la même réponse aux touristes qui cherchent de la bonne cuisine marocaine : chez un Marocain. De bons restaurants marocains étaient rares dans les années 1960, bien qu’il y avait de bons restaurants qui servaient de la cuisine française. Ceci étant dit, chaque fois que vous mangiez dans une maison marocaine, que ce soit dans un petit douar dans les montagnes ou dans une villa de luxe, la nourriture était toujours formidable. De nos jours, il y a probablement beaucoup de bons restaurants servant de la cuisine marocaine, mais je suis prêt à parier que peu peuvent égaler un bon repas préparé à la maison, surtout lors des occasions spéciales.

La première fête chrétienne, en fait, la seule fête chrétienne que j’aie célébrée à Sefrou, était Noël 1968. Je venais d’emménager dans une maison de médina que je partageais avec un autre volontaire, Gaylord Barr. On l’avait prise telle quelle, sans faire de rénovation. Les murs étaient bicolores, bleus et blancs, les deux couleurs séparées par une petite ligne blanche, un schéma décoratif fréquent au Maroc, et les ampoules électriques se trouvaient à une hauteur de six mètres et donnaient peu de lumière. Plus tard, nous avons amélioré l’éclairage et avons blanchi les murs à la chaux pour leur donner un ton plus chaleureux. À l’époque nous n’avions aménagé qu’une seule chambre d’invité sur la terrasse. Ma cousine Denise, qui étudiait alors à Angers, allait nous rendre visite.

Sa visite était entourée de suspense. Les téléphones cellulaires n’existaient pas à l’époque, et je n’avais facilement accès à aucun téléphone. Je crois avoir passé deux ans au pays avant de faire un seul appel téléphonique. Denise devait prendre le train, ce qui supposait la traversée de trois frontières internationales et un passage en ferry-boat. Elle avait planifiée le voyage en France et m’avait dit quand elle allait arriver, mais ni elle ni moi étions certains d’être là à la gare de Fès ce dimanche soir-là. En fin de compte, sans nous soucier de si elle serait là ou non, nous sommes allés l’accueillir dans notre Jeep. Nous étions jeunes et tenions tout pour acquis.

Le cèdre dans la cour de notre maison.

Nous avions décidé de monter un sapin de Noël. Nos voisins marocains connaissaient cette étrange coutume païenne et sont restés perplexes. Par l’intermédiaire de son directeur de centre, Si Kamir, un monsieur vraiment sympathique, Gaylord a pu dénicher un petit cèdre. Le mot « petit » ne rend pas justice à l’arbre en question. Je ne me souviens pas comment nous l’avons fait entrer dans la maison, mais la tâche n’était sûrement pas facile puisque l’escalier à l’intérieur faisait un angle droit là où se trouvait le W.-C. Une fois entré et monté, l’arbre touchait au plafond au-dessus de notre cour. Après l’avoir monté, nous avons accroché des décorations de papier, des fruits et des guirlandes de popcorn. Heureusement il n’y avait pas d’ampoules, car l’arbre séchait de jour en jour et aurait pu prendre feu. Le popcorn s’est rassis et les oranges et les mandarines ont moisi dans l’air moite et collant de la maison. Personne n’oserait jamais qualifier notre sapin de Noël de beau.

Le sapin de cette année chez nous à Youngstown, décoré par ma femme.

Après l’arrivée de Denise, nous avons fait un voyage à Marrakech et à Ouarzazate, pour ensuite retourner par Risanni et des excursions à Meknès, Moulay Idriss et Volubilis, Rabat et Telouet.

Denise et Gaylord sur la terrasse de notre maison à Sefrou.

Pour Denise, c’était un véritable circuit touristique; pour Gaylord et moi, c’était une première occasion de visiter le sud. Chemin faisant, nous avons vu les volontaires Bert Bokern à Meknès et Marc Miller à Rabat, mais à part ces deux visites, nous étions de simples touristes, utilisant les autobus CTM et les grands taxis, les partageant avec des Marocains qui vaquaient à leurs affaires quotidiennes.

Denise, Gaylord et Bert au forum de Volubilis.

Denise à Marrakech.

À Telouet.

Le voyage était plaisant, fatigant et sans incidents, sauf pour un arrêt dans le sud où il n’y avait pas de logement de disponible. Gaylord et moi avons dû partager un lit. Au milieu de la nuit, Denise, apeurée par des bruits dans sa chambre, s’est réfugiée bruyamment dans la nôtre et a passé la nuit couchée entre nous!

C’était la dernière fête chrétienne que nous avons célébrée. Ni l’un ni l’autre ne pratiquions activement nos fois respectives et l’église catholique locale dans la ville nouvelle était sur le point de se fermer, pour ensuite être vendue pour d’autres usages. En 1969, le missionnaire protestant local est parti.

En 1969 nous avons passé Noël à Gibraltar qui était à l’époque isolé par un blocus terrestre et maritime imposé par l’Espagne. On ne pouvait y entrer que par avion ou par ferry-boat de Tanger. Nous avons pris un vol aller-retour de Tanger.

Le vieux DC-3 qui nous a amenés à Gibraltar.

Marty, Gaylord, Eileen et Don sur la piste à Gibraltar. Comme la piste se trouvait traversée par une rue, des gardiens de piste étaient affectés par mesure de sécurité.

À Gibraltar, 1969. Gaylord, Mary, Eileen et Don.

À l’aéroport de Gibraltar, avec Ginny et Louden Kiracofe.

Gibraltar était tranquille et il n’y avait pas grand-chose à faire. Ça a été une déception. Après tout, Noël est une fête de famille. Nous étions en bonne compagnie, mais il ne se passait rien.

J’ai passé mon dernier Noël comme volontaire à attendre le retour au Maroc d’une bonne amie. Nous allions traverser le Sahara ensemble au début de 1971; cette aventure fera l’objet d’un billet futur.

Dans les grandes villes où il y avait plus de volontaires, et à Rabat où le bureau administratif du Corps de la Paix se trouvait, et où des volontaires étaient constamment de passage, de vrais soirées de Noël se célébraient. Quant à moi, à Sefrou, blotti contre ma chaufferette Aladdin, j’écoutais la radio internationale de la BBC et l’émission Letter from America où Alistair Cooke faisait toujours d’intéressants commentaires sur les us et coutumes des États-Unis.

Entre-temps chez nous aux États-Unis, ma grosse famille italo-américaine célébrait la veille de Noël, allait à la messe de minuit, mangeait un repas comportant sept poissons différents, et jouaient aux cartes jusqu’aux petites heures du matin. Et même si je me plaisais beaucoup à me trouver avec eux tous, je n’ai jamais souhaité être de retour chez nous. À ce moment-là, le Maroc était devenu mon chez-moi.

Une bonne et heureuse année 2020 à tous nos lecteurs ! Si nous travaillions ensemble pour un monde plus juste !

Auteur : David Brooks

Traduction : Jim Erickson