Noël au Maroc

Dans les années 1960, le Maroc comptait une abondance de jours fériés. Certains étaient religieux, comme celui du Mouloud, qui n’était pas nécessairement célébré dans d’autres pays musulmans; il y avait également des moussems, des fêtes juives, des fêtes chrétiennes, des événements de tourisme, et des jours fériés laïques. Comme il restait à l’époque un grand nombre de Français dans la fonction publique, surtout dans le système scolaire, les congés scolaires pour les enfants marocains correspondaient souvent avec ceux des Français. Du point de vue des jeunes, le pays disposait d’une corne d’abondance de jours fériés, les uns suivant les autres de manière presque ininterrompue.

Un jour férié dans le marché de Missour ou de Midelt.

À Rabat, l’anniversaire de feu le roi Hassan II qui, comme l’indique la photo, était un ardent golfeur.

La reine du festival des cerises à Sefrou.

Le moussem à Moulay Bouchta.

Les volontaires raffolaient de tous les jours fériés. Les congés offraient de nouvelles possibilités de voir d’autres régions du Maroc, de visiter d’autres volontaires ou même de partir à l’étranger. Lors de mon arrivée en 1968, le Corps de la Paix ne permettait pas aux volontaires de visiter l’Europe, à l’exception de l’Espagne. Au moment de mon départ en 1973, les nouveaux volontaires professionnels, du moins ceux qui avaient des parents bien nantis, prenaient des vacances en Suisse.

Ceux qui enseignaient l’anglais étaient les plus choyés, grâce à leurs longs congés estivaux. De plus, les enseignants d’anglais avaient des contacts avec de nombreux élèves, qui invitaient leurs professeurs dans leur maison quand ils en avaient la possibilité.

Les jours fériés religieux marocains étaient spéciaux et comportaient toujours des invitations à manger chez quelqu’un où la nourriture était toujours imbattable. Une fois, on a demandé à Julia Child, auteur célèbre et spécialiste de la cuisine française, où l’on pouvait prendre un bon repas français à New York. Sa réponse : dans la maison de quelqu’un. Je donnerais la même réponse aux touristes qui cherchent de la bonne cuisine marocaine : chez un Marocain. De bons restaurants marocains étaient rares dans les années 1960, bien qu’il y avait de bons restaurants qui servaient de la cuisine française. Ceci étant dit, chaque fois que vous mangiez dans une maison marocaine, que ce soit dans un petit douar dans les montagnes ou dans une villa de luxe, la nourriture était toujours formidable. De nos jours, il y a probablement beaucoup de bons restaurants servant de la cuisine marocaine, mais je suis prêt à parier que peu peuvent égaler un bon repas préparé à la maison, surtout lors des occasions spéciales.

La première fête chrétienne, en fait, la seule fête chrétienne que j’aie célébrée à Sefrou, était Noël 1968. Je venais d’emménager dans une maison de médina que je partageais avec un autre volontaire, Gaylord Barr. On l’avait prise telle quelle, sans faire de rénovation. Les murs étaient bicolores, bleus et blancs, les deux couleurs séparées par une petite ligne blanche, un schéma décoratif fréquent au Maroc, et les ampoules électriques se trouvaient à une hauteur de six mètres et donnaient peu de lumière. Plus tard, nous avons amélioré l’éclairage et avons blanchi les murs à la chaux pour leur donner un ton plus chaleureux. À l’époque nous n’avions aménagé qu’une seule chambre d’invité sur la terrasse. Ma cousine Denise, qui étudiait alors à Angers, allait nous rendre visite.

Sa visite était entourée de suspense. Les téléphones cellulaires n’existaient pas à l’époque, et je n’avais facilement accès à aucun téléphone. Je crois avoir passé deux ans au pays avant de faire un seul appel téléphonique. Denise devait prendre le train, ce qui supposait la traversée de trois frontières internationales et un passage en ferry-boat. Elle avait planifiée le voyage en France et m’avait dit quand elle allait arriver, mais ni elle ni moi étions certains d’être là à la gare de Fès ce dimanche soir-là. En fin de compte, sans nous soucier de si elle serait là ou non, nous sommes allés l’accueillir dans notre Jeep. Nous étions jeunes et tenions tout pour acquis.

Le cèdre dans la cour de notre maison.

Nous avions décidé de monter un sapin de Noël. Nos voisins marocains connaissaient cette étrange coutume païenne et sont restés perplexes. Par l’intermédiaire de son directeur de centre, Si Kamir, un monsieur vraiment sympathique, Gaylord a pu dénicher un petit cèdre. Le mot « petit » ne rend pas justice à l’arbre en question. Je ne me souviens pas comment nous l’avons fait entrer dans la maison, mais la tâche n’était sûrement pas facile puisque l’escalier à l’intérieur faisait un angle droit là où se trouvait le W.-C. Une fois entré et monté, l’arbre touchait au plafond au-dessus de notre cour. Après l’avoir monté, nous avons accroché des décorations de papier, des fruits et des guirlandes de popcorn. Heureusement il n’y avait pas d’ampoules, car l’arbre séchait de jour en jour et aurait pu prendre feu. Le popcorn s’est rassis et les oranges et les mandarines ont moisi dans l’air moite et collant de la maison. Personne n’oserait jamais qualifier notre sapin de Noël de beau.

Le sapin de cette année chez nous à Youngstown, décoré par ma femme.

Après l’arrivée de Denise, nous avons fait un voyage à Marrakech et à Ouarzazate, pour ensuite retourner par Risanni et des excursions à Meknès, Moulay Idriss et Volubilis, Rabat et Telouet.

Denise et Gaylord sur la terrasse de notre maison à Sefrou.

Pour Denise, c’était un véritable circuit touristique; pour Gaylord et moi, c’était une première occasion de visiter le sud. Chemin faisant, nous avons vu les volontaires Bert Bokern à Meknès et Marc Miller à Rabat, mais à part ces deux visites, nous étions de simples touristes, utilisant les autobus CTM et les grands taxis, les partageant avec des Marocains qui vaquaient à leurs affaires quotidiennes.

Denise, Gaylord et Bert au forum de Volubilis.

Denise à Marrakech.

À Telouet.

Le voyage était plaisant, fatigant et sans incidents, sauf pour un arrêt dans le sud où il n’y avait pas de logement de disponible. Gaylord et moi avons dû partager un lit. Au milieu de la nuit, Denise, apeurée par des bruits dans sa chambre, s’est réfugiée bruyamment dans la nôtre et a passé la nuit couchée entre nous!

C’était la dernière fête chrétienne que nous avons célébrée. Ni l’un ni l’autre ne pratiquions activement nos fois respectives et l’église catholique locale dans la ville nouvelle était sur le point de se fermer, pour ensuite être vendue pour d’autres usages. En 1969, le missionnaire protestant local est parti.

En 1969 nous avons passé Noël à Gibraltar qui était à l’époque isolé par un blocus terrestre et maritime imposé par l’Espagne. On ne pouvait y entrer que par avion ou par ferry-boat de Tanger. Nous avons pris un vol aller-retour de Tanger.

Le vieux DC-3 qui nous a amenés à Gibraltar.

Marty, Gaylord, Eileen et Don sur la piste à Gibraltar. Comme la piste se trouvait traversée par une rue, des gardiens de piste étaient affectés par mesure de sécurité.

À Gibraltar, 1969. Gaylord, Mary, Eileen et Don.

À l’aéroport de Gibraltar, avec Ginny et Louden Kiracofe.

Gibraltar était tranquille et il n’y avait pas grand-chose à faire. Ça a été une déception. Après tout, Noël est une fête de famille. Nous étions en bonne compagnie, mais il ne se passait rien.

J’ai passé mon dernier Noël comme volontaire à attendre le retour au Maroc d’une bonne amie. Nous allions traverser le Sahara ensemble au début de 1971; cette aventure fera l’objet d’un billet futur.

Dans les grandes villes où il y avait plus de volontaires, et à Rabat où le bureau administratif du Corps de la Paix se trouvait, et où des volontaires étaient constamment de passage, de vrais soirées de Noël se célébraient. Quant à moi, à Sefrou, blotti contre ma chaufferette Aladdin, j’écoutais la radio internationale de la BBC et l’émission Letter from America où Alistair Cooke faisait toujours d’intéressants commentaires sur les us et coutumes des États-Unis.

Entre-temps chez nous aux États-Unis, ma grosse famille italo-américaine célébrait la veille de Noël, allait à la messe de minuit, mangeait un repas comportant sept poissons différents, et jouaient aux cartes jusqu’aux petites heures du matin. Et même si je me plaisais beaucoup à me trouver avec eux tous, je n’ai jamais souhaité être de retour chez nous. À ce moment-là, le Maroc était devenu mon chez-moi.

Une bonne et heureuse année 2020 à tous nos lecteurs ! Si nous travaillions ensemble pour un monde plus juste !

Auteur : David Brooks

Traduction : Jim Erickson

Author: Dave

Retired. Formerly school librarian, social studies teacher, and urban planner.

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