Moyens de transport aux années soixante

Mon blog « Le Maroc qui était » traite d’un Maroc qui se trouvait à mi-chemin entre celui du 19e siècle et celui d’aujourd’hui. Le monde a tellement changé depuis les années soixante qu’on ne reconnaîtrait guère le Maroc que j’ai connu.

Voici mes souvenirs sur les moyens de transport de l’époque. Les volontaires dans leur vie professionnelle ne pouvaient pas se passer de ces moyens et bien sûr nous voulions aussi nous en prévaloir pour mieux connaître le pays qui nous avait accueillis, pays qui compte une grande richesse de choses à voir et à faire.

Au début du 20e siècle, le Maroc avait à peine plus de routes carrossables qu’au début du 10e, autrement dit, presque aucune. Après la chute de l’Empire romain, les quelques routes qui desservaient les villes sont tombées en désuétude. Tout transport se faisait désormais au moyen de bêtes de somme, ce qui a certainement freiné le développement économique jusqu’à la colonisation française au début du 20e siècle.

Sur un sentier entre Sefrou et Bahlil, après une rare chute de neige.

Pendant le protectorat (1912-1956), les Français ont doté le pays d’un important système de transport. Au tout début, l’occupation militaire a occasionné la construction de chemins de fer et d’un réseau routier. Ensuite, la colonisation proprement dite nécessitait des ports maritimes et des routes goudronnées, ce qui a donné lieu à une importante croissance de la ville de Casablanca, qui deviendrait le pôle économique du pays. L’ère des avions suivrait peu après, avant l’avènement du tourisme.

À l’indépendance en 1956, le Maroc, tout comme l’Algérie, possédait déjà un vaste réseau routier très développé tel qu’on n’en trouvait nulle part ailleurs en Afrique. J’ai pu le constater moi-même en 1970 en traversant le Niger, pays beaucoup plus grand en superficie que le Maroc et qui, à l’époque, n’avait qu’une trentaine de kilomètres de routes goudronnées pour une superficie de 1 270 000 km².

Le car en panne entre Agadez et Zinder, Mali.

J’ai fait la connaissance de volontaires à Niamey qui ont dû utiliser des chevaux pour se rendre à leur domicile. C’est chouette si c’est l’aventure qu’on cherche, mais en aucun cas très commode. Le matin ils pouvaient observer des girafes, qui s’abreuvaient dans une mare.

Le nouveau gouvernement marocain a poursuivi l’expansion du réseau de transport, mais les volontaires éprouvaient tout de même des difficultés de déplacement dans certains endroits et en certaines saisons, les mêmes difficultés d’ailleurs qu’éprouvaient les Marocains.

Ce billet décrit les moyens de transport tel que je me les rappelle.

Tout d’abord, il y avait les moyens par lesquels on arrivait au Maroc de l’extérieur du pays : autos, autocars, chemins de fer, ferry-boats, paquebots et avions. Le Maroc bénéficiait d’une situation géographique très favorable comparativement à celles de la plupart des pays du monde. À l’époque des années soixante, les volontaires arrivaient bien sûr par avion, presque tous débarquant à l’aéroport de Rabat-Salé. L’aéroport Nouasseur de Casablanca, que l’armée de l’air américaine avait rendu au Maroc en 1963, n’avait pas encore pris son importance actuelle.

Une fois au pays, les volontaires faisaient un court stage d’orientation d’une durée variable à Rabat où se situait le bureau du Corps de la Paix. C’est dans la capitale qu’on rencontrait les petits taxis, moyen de transport très commode et pas cher.

Des petits taxi. (Photo IMDB)

Si ma mémoire est bonne, les petits taxis de Rabat étaient de couleur rouge comme ceux de Fès.

Des taxis à Casablanca.

Je ne me souviens pas d’avoir jamais pris l’autobus au Maroc, tellement le petit taxi remplissait parfaitement son rôle. Pour les volontaires qui servaient et vivaient ailleurs qu’à Rabat, on circulait surtout dans la médina, ce qui voulait dire à pied. Les Marocains l’appelaient « nemra ḥdaš », c’est-à-dire le numéro 11 !  Je ne sais pas si cette expression est d’origine arabe, berbère ou française. En français, il existe l’expression « prendre le train onze » qui veut dire effectivement aller à pied. Cette expression date du dernier quart du 19e siècle, mais la comparaison entre le nombre 11 et une paire de jambes remonte au temps du roi François 1e. Qui sait? En tout cas, je trouve l’expression parfaitement descriptive.

Pour le transport interurbain à partir de Rabat, on choisissait de préférence le train ou l’autocar. Une visite à Salé constituait la seule exception à cette règle, car de petites embarcations sur le fleuve Bouregreg desservaient les villes jumelles de Rabat et Salé.

Les barques sur le Bouregreg.

Pour nous déplacer entre les villes et les villages du Maroc, on utilisait les autocars de la CTM, le train, ou les grands taxis. Ces derniers s’avéraient très pratiques pour les courtes distances. Je les prenais souvent pour aller de Sefrou, d’où ils partaient de la place devant le Bab Mkam, jusqu’à Fès où je travaillais.

Les grands taxis au stationnement devant le Bab Mkam, Sefrou.

Les grands taxis étaient en grande majorité de vieilles voitures américaines ou de vieilles Mercedes. Les chauffeurs variaient beaucoup quant à leur prouesse et quant à la propreté et salubrité de leurs véhicules, et en les utilisant j’avais souvent l’impression de mettre mon âme entre les mains de Dieu. Comme les grands taxis partaient dès qu’ils avaient fait le plein de passagers, des petites foules se formaient aux stations de taxis, et les gens se précipitaient dans les véhicules pour arracher leur place, parfois après une lutte acharnée lorsqu’ils étaient pressés ou les taxis peu nombreux. Je me rappelle une fois où une vieille citadine n’avait pas réussi à obtenir une place. Abandonnée dans le stationnement, elle menaçait le chauffeur de taxi, qui disparaissait au loin, le poing serré, en lançant une série de malédictions qui se terminaient par une dernière : « Llah ´ataik ksida », que Dieu vous donne un accident !

Si on n’était pas pressé, les cars de la CTM coûtaient moins cher, mais affichaient souvent complets. Un jour, descendu à Fès, j’ai trouvé le car pour Rabat complet. J’ai alors acheté un billet pour le suivant, confié ma valise à la CTM, et je suis allé passer l’attente en rendant visite à un copain. Or, j’ai passé trop de temps, et j’ai raté le départ. Pire encore, ma valise n’était même pas fermée à clé, et mon passeport était dedans (c’est un signe de la confiance que j’avais en la CTM, mais ce n’était tout de même pas très intelligent.) Alors, quoi faire ? J’ai décidé de faire de l’auto-stop dans l’espoir d’arriver avant le car raté. J’ai été vraiment chanceux, car une Peugeot 504 blanche est arrivée tout de suite. Le chauffeur parlait parfaitement français , et je lui ai expliqué ce qui m’était arrivé, et pourquoi j’étais au Maroc. Au cours de la conversation, le chauffeur a précisé qu’il était militaire américain, basé à Sidi Yahia. Bien sûr, là-dessus, on continuait notre conversation en anglais. Il m’a expliqué qu’il devait passer par la base. En dépit de cet arrêt, nous sommes arrivés avant le car, et j’ai pu récupérer ma précieuse valise. Ce militaire était diplômé de la même université que moi aux USA et avait terminé juste un an après moi; une pure coïncidence, mais une de plusieurs qui se sont produites pendant mon séjour au Maroc. Son français était excellent, car il avait fait ses études au Sénégal, je crois. Type bizarre, il se vantait d’avoir été conçu à l’Hotel Balima à Rabat, où ses parents avaient passé leurs vacances vingt-cinq ans plus tôt ! Néanmoins, il m’avait sauvé la peau, et je lui étais bien reconnaissant.

Après les pluies d’hiver, les routes souffraient. Dans le pré-Rif, au nord de Fès.

Sur les routes pluvieuses ou montagneuses, dont le Maroc regorge, on risquait souvent des retards. D’habitude, une fois les bagages mis sur le toit du véhicule, on pouvait regarder le paysage plus ou moins dans le confort. J’ai pu lire pas mal de livres pendant mes nombreux déplacements au Maroc. Les chauffeurs étaient toujours professionnels, et répondaient aux requêtes raisonnables. Je me rappelle encore le jour où j’allais à Rabat avec mon copain Gaylord Barr. Il était indisposé et attendait désespérément un W.-C. Ne pouvant pas attendre l’arrivée à Rabat, il a prié le conducteur de le laisser descendre à côté de la route. Il est disparu derrière le premier arbre, et n’a repris son voyage que sur un car suivant plus tard ce matin-là!

Si on voyageait entre des villes desservies par le chemin de fer, le train était le moyen de transport le plus rapide et le plus commode. Cependant, il arrivait des pannes. Un jour, en rentrant d’une excursion de montagne dans le Haut Atlas, le train s’est arrêté et est resté immobile pendant des heures sur les plaines de Chaouia. Ce train, un des plus modernes, bénéficiait de l’air climatisé et n’avait qu’un seul défaut : les fenêtres ne s’ouvraient pas ! Tout le monde a dû descendre de ce fourneau hermétique, alors que l’air frais à l’extérieur devait dépasser les 40 degrés!

Et les fenêtres ne s’ouvraient pas ! Dans la Chaouïa.

Quant à l’avion, il coûtait trop cher pour les voyages à l’intérieur du pays, de sorte que les volontaires ne l’utilisaient que rarement. On ne touchait que 620 dirhams par mois, soit 120 $ de l’époque. Pendant les vacances du printemps en 1970, si je ne me trompe pas, mon copain Gaylord, professeur d’anglais au lycée Sidi Lhacen Lyoussi, a été invité par un de ses étudiants à passer les vacances chez sa famille à Oujda. Gaylord a acheté deux billets, l’un pour lui-même, l’autre pour son étudiant, afin de donner à ce dernier l’expérience de son premier vol en avion, un geste bien gentil de sa part.

Gaylord et Ali a l’aéroport du Saïs, Fès.

Enfin, pour le travail, j’avais une vieille Jeep Willys. Indestructible, elle me transportait dans les coins les plus reculés de la Province de Fès. Peu d’autres volontaires avaient de tels véhicules, et j’étais vraiment chanceux et privilégié d’en avoir la mienne. C’était la dernière Jeep de la compagnie Willys, avec un empattement très court.

Sur la route de retour d’Imouzzer des Marmoucha, petit générateur Honda et projecteur 16 mm dans le Jeep, écran lié à son extérieur, où je venais de montrer des films agricoles une nuit froide de Novembre. Les neiges des hauteurs brillaient sous les étoiles, et les gens du pays étaient ravis de la séance, meme s’il ne comprenaient très bien l’arabe littéraire des films. Après tout, à cette époque, il n’y avait pas encore la télé dans cet endroit relativement isolé.

 

Auteur :  David Brooks

Révision :  Jim Erickson

Noël au Maroc

Dans les années 1960, le Maroc comptait une abondance de jours fériés. Certains étaient religieux, comme celui du Mouloud, qui n’était pas nécessairement célébré dans d’autres pays musulmans; il y avait également des moussems, des fêtes juives, des fêtes chrétiennes, des événements de tourisme, et des jours fériés laïques. Comme il restait à l’époque un grand nombre de Français dans la fonction publique, surtout dans le système scolaire, les congés scolaires pour les enfants marocains correspondaient souvent avec ceux des Français. Du point de vue des jeunes, le pays disposait d’une corne d’abondance de jours fériés, les uns suivant les autres de manière presque ininterrompue.

Un jour férié dans le marché de Missour ou de Midelt.

À Rabat, l’anniversaire de feu le roi Hassan II qui, comme l’indique la photo, était un ardent golfeur.

La reine du festival des cerises à Sefrou.

Le moussem à Moulay Bouchta.

Les volontaires raffolaient de tous les jours fériés. Les congés offraient de nouvelles possibilités de voir d’autres régions du Maroc, de visiter d’autres volontaires ou même de partir à l’étranger. Lors de mon arrivée en 1968, le Corps de la Paix ne permettait pas aux volontaires de visiter l’Europe, à l’exception de l’Espagne. Au moment de mon départ en 1973, les nouveaux volontaires professionnels, du moins ceux qui avaient des parents bien nantis, prenaient des vacances en Suisse.

Ceux qui enseignaient l’anglais étaient les plus choyés, grâce à leurs longs congés estivaux. De plus, les enseignants d’anglais avaient des contacts avec de nombreux élèves, qui invitaient leurs professeurs dans leur maison quand ils en avaient la possibilité.

Les jours fériés religieux marocains étaient spéciaux et comportaient toujours des invitations à manger chez quelqu’un où la nourriture était toujours imbattable. Une fois, on a demandé à Julia Child, auteur célèbre et spécialiste de la cuisine française, où l’on pouvait prendre un bon repas français à New York. Sa réponse : dans la maison de quelqu’un. Je donnerais la même réponse aux touristes qui cherchent de la bonne cuisine marocaine : chez un Marocain. De bons restaurants marocains étaient rares dans les années 1960, bien qu’il y avait de bons restaurants qui servaient de la cuisine française. Ceci étant dit, chaque fois que vous mangiez dans une maison marocaine, que ce soit dans un petit douar dans les montagnes ou dans une villa de luxe, la nourriture était toujours formidable. De nos jours, il y a probablement beaucoup de bons restaurants servant de la cuisine marocaine, mais je suis prêt à parier que peu peuvent égaler un bon repas préparé à la maison, surtout lors des occasions spéciales.

La première fête chrétienne, en fait, la seule fête chrétienne que j’aie célébrée à Sefrou, était Noël 1968. Je venais d’emménager dans une maison de médina que je partageais avec un autre volontaire, Gaylord Barr. On l’avait prise telle quelle, sans faire de rénovation. Les murs étaient bicolores, bleus et blancs, les deux couleurs séparées par une petite ligne blanche, un schéma décoratif fréquent au Maroc, et les ampoules électriques se trouvaient à une hauteur de six mètres et donnaient peu de lumière. Plus tard, nous avons amélioré l’éclairage et avons blanchi les murs à la chaux pour leur donner un ton plus chaleureux. À l’époque nous n’avions aménagé qu’une seule chambre d’invité sur la terrasse. Ma cousine Denise, qui étudiait alors à Angers, allait nous rendre visite.

Sa visite était entourée de suspense. Les téléphones cellulaires n’existaient pas à l’époque, et je n’avais facilement accès à aucun téléphone. Je crois avoir passé deux ans au pays avant de faire un seul appel téléphonique. Denise devait prendre le train, ce qui supposait la traversée de trois frontières internationales et un passage en ferry-boat. Elle avait planifiée le voyage en France et m’avait dit quand elle allait arriver, mais ni elle ni moi étions certains d’être là à la gare de Fès ce dimanche soir-là. En fin de compte, sans nous soucier de si elle serait là ou non, nous sommes allés l’accueillir dans notre Jeep. Nous étions jeunes et tenions tout pour acquis.

Le cèdre dans la cour de notre maison.

Nous avions décidé de monter un sapin de Noël. Nos voisins marocains connaissaient cette étrange coutume païenne et sont restés perplexes. Par l’intermédiaire de son directeur de centre, Si Kamir, un monsieur vraiment sympathique, Gaylord a pu dénicher un petit cèdre. Le mot « petit » ne rend pas justice à l’arbre en question. Je ne me souviens pas comment nous l’avons fait entrer dans la maison, mais la tâche n’était sûrement pas facile puisque l’escalier à l’intérieur faisait un angle droit là où se trouvait le W.-C. Une fois entré et monté, l’arbre touchait au plafond au-dessus de notre cour. Après l’avoir monté, nous avons accroché des décorations de papier, des fruits et des guirlandes de popcorn. Heureusement il n’y avait pas d’ampoules, car l’arbre séchait de jour en jour et aurait pu prendre feu. Le popcorn s’est rassis et les oranges et les mandarines ont moisi dans l’air moite et collant de la maison. Personne n’oserait jamais qualifier notre sapin de Noël de beau.

Le sapin de cette année chez nous à Youngstown, décoré par ma femme.

Après l’arrivée de Denise, nous avons fait un voyage à Marrakech et à Ouarzazate, pour ensuite retourner par Risanni et des excursions à Meknès, Moulay Idriss et Volubilis, Rabat et Telouet.

Denise et Gaylord sur la terrasse de notre maison à Sefrou.

Pour Denise, c’était un véritable circuit touristique; pour Gaylord et moi, c’était une première occasion de visiter le sud. Chemin faisant, nous avons vu les volontaires Bert Bokern à Meknès et Marc Miller à Rabat, mais à part ces deux visites, nous étions de simples touristes, utilisant les autobus CTM et les grands taxis, les partageant avec des Marocains qui vaquaient à leurs affaires quotidiennes.

Denise, Gaylord et Bert au forum de Volubilis.

Denise à Marrakech.

À Telouet.

Le voyage était plaisant, fatigant et sans incidents, sauf pour un arrêt dans le sud où il n’y avait pas de logement de disponible. Gaylord et moi avons dû partager un lit. Au milieu de la nuit, Denise, apeurée par des bruits dans sa chambre, s’est réfugiée bruyamment dans la nôtre et a passé la nuit couchée entre nous!

C’était la dernière fête chrétienne que nous avons célébrée. Ni l’un ni l’autre ne pratiquions activement nos fois respectives et l’église catholique locale dans la ville nouvelle était sur le point de se fermer, pour ensuite être vendue pour d’autres usages. En 1969, le missionnaire protestant local est parti.

En 1969 nous avons passé Noël à Gibraltar qui était à l’époque isolé par un blocus terrestre et maritime imposé par l’Espagne. On ne pouvait y entrer que par avion ou par ferry-boat de Tanger. Nous avons pris un vol aller-retour de Tanger.

Le vieux DC-3 qui nous a amenés à Gibraltar.

Marty, Gaylord, Eileen et Don sur la piste à Gibraltar. Comme la piste se trouvait traversée par une rue, des gardiens de piste étaient affectés par mesure de sécurité.

À Gibraltar, 1969. Gaylord, Mary, Eileen et Don.

À l’aéroport de Gibraltar, avec Ginny et Louden Kiracofe.

Gibraltar était tranquille et il n’y avait pas grand-chose à faire. Ça a été une déception. Après tout, Noël est une fête de famille. Nous étions en bonne compagnie, mais il ne se passait rien.

J’ai passé mon dernier Noël comme volontaire à attendre le retour au Maroc d’une bonne amie. Nous allions traverser le Sahara ensemble au début de 1971; cette aventure fera l’objet d’un billet futur.

Dans les grandes villes où il y avait plus de volontaires, et à Rabat où le bureau administratif du Corps de la Paix se trouvait, et où des volontaires étaient constamment de passage, de vrais soirées de Noël se célébraient. Quant à moi, à Sefrou, blotti contre ma chaufferette Aladdin, j’écoutais la radio internationale de la BBC et l’émission Letter from America où Alistair Cooke faisait toujours d’intéressants commentaires sur les us et coutumes des États-Unis.

Entre-temps chez nous aux États-Unis, ma grosse famille italo-américaine célébrait la veille de Noël, allait à la messe de minuit, mangeait un repas comportant sept poissons différents, et jouaient aux cartes jusqu’aux petites heures du matin. Et même si je me plaisais beaucoup à me trouver avec eux tous, je n’ai jamais souhaité être de retour chez nous. À ce moment-là, le Maroc était devenu mon chez-moi.

Une bonne et heureuse année 2020 à tous nos lecteurs ! Si nous travaillions ensemble pour un monde plus juste !

Auteur : David Brooks

Traduction : Jim Erickson

Christmas in Morocco

Morocco had an abundance of holidays. There were religious ones, some, such as the Mouloud, not necessarily celebrated in other Muslim countries, moussems, Jewish holidays, Christian holidays, tourism events, and secular holidays. Since there were still a large number of French in the administration, especially the school system, the school year breaks for Moroccan kids often coincided with those that the French took. From a young person’s point of view, the country was a cornucopia of holidays, another one tumbling forth before the last was scarcely over!

A holiday in the market of either Missour or Midelt.
The King’s birthday in Rabat. Hassan II was an ardent golfer.
The Queen of the Cherry Festival, Sefrou.
The moussem of Moulay Bouchta.

Volunteers loved all the holidays. Time off provided opportunities to see more of Morocco, visit with other volunteers, or even go abroad. When I arrived in 1968, it was against Peace Corps rules to visit Europe, except for Spain. By the time I left, the new professional volunteers, with wealthy parents, were vacationing in Switzerland.

Those teaching English were the most favored, as they had long summer breaks. English teachers also had contact with many students, who invited the teachers into their homes when they could.

Moroccan religious holidays were special, and always involved invitations to eat in someone’s home, where the food was never better. Someone once asked the famous author and French cooking expert, Julia Child, where one could get a good French meal in New York City? Her answer: in someone’s home. I would give the same answer to tourists looking for good Moroccan food: in someone’s home. Good Moroccan restaurants were rare in the 1960s, though there were good restaurants serving French food. That said, whenever you ate in a Moroccan home, be it some little douar in the mountains or some fancy villa, the food was always great. Today there are probably many fine restaurants serving Moroccan food, but I would wager that few can match a good home cooked meal, especially one cooked for a special occasion.

The first major Christian holiday, in fact, the only Christian holiday that I ever actually celebrated in Sefrou, was Christmas in 1968. I had just moved into a medina house, shared with another volunteer, Gaylord Barr. We hadn’t done anything to it. The walls were two-tone blue and white with a little line separating them, which was a common Moroccan decorative scheme, and the electric bulbs were twenty feet high and provided little light. Later we fixed the lighting and whitewashed the walls to a warmer single tone, but at that time we had only fixed up a guest room on the roof. My cousin Denise, studying in Angers at the time, was coming to visit.

Suspense surrounded her visit. There were no cell phones then, nor did I have easy access to any phone. I think I was in the country for two years before I ever made a phone call. Denise was to take the train, which involved crossing three international borders, three national train systems, and a ferry-boat. She planned the trip in France, and told me when she would arrive, but neither she nor I was sure that either of us would be there that December evening at the Fes train station. Gaylord and I picked her up in the Jeep, never worrying much if she would be there. We were young and took everything for granted.

The cedar in the courtyard.

We had decided to put up a Christmas tree. Our Moroccan neighbors knew about this strange pagan custom and were nonplused. Gaylord was able, through his CT director, Si Kamir, a really nice fellow, to get a small cedar. The word small does not quite do it justice. I don’t remember how we got it into that house, but it couldn’t have been easy, since the interior stairway made a right angle where the WC was located. Once inside, the tree touched the ceiling over our courtyard. We mounted it, strung some paper decorations, fruit, and strings of popcorn. There were no lights, fortunately, as the tree got drier by the day and might have caught fire. The popcorn got stale and the oranges and tangerines got moldy in the damp, clammy air of the house. One would never have called it a beautiful Christmas tree.

This year’s tree in my home in Youngstown, decorated by my wife.

After Denise arrived, we took a trip to Marrakech and Ouarzazate, returning via Risanni, with excursions to visit Meknes, Moulay Idriss and Volubilis, Rabat, and Telouet.

Denise and Gaylord on the roof in Sefrou.

For Denise, it was a real tour, and for Gaylord and me, the south was a new experience. On the way, we saw volunteers Bert Bokern in Meknes, and Marc Miller in Rabat, but otherwise we were just tourists, riding CTM buses and grands taxis, with sharing them with Moroccans going about their daily business.

Denise, Gaylord, and Bert on the forum of Volubilis.
Denise in Marrakech.
At Telouet.

The trip was fun, tiring, and uneventful, except for one stop in the south that had no accommodations. Gaylord and I were forced to share a bed. In the middle of the night, Denise, frightened by noises in her room, ran noisily to ours and ended up sleeping between us!

We never celebrated another Christian holiday. Neither of us actively practiced our faiths, and the local Catholic Church in the ville nouvelle was closing down, eventually to be sold for other uses. In 1969, the local Protestant missionary left.

The following Christmas was spent in Gibraltar, then isolated by a land and sea blockade imposed by Spain. One could only enter by air or by ferry boat from Tangier. We flew in from Tangier, and flew back again.

The old DC-3 that took us to Gibraltar.
Marty, Gaylord, Eileen, and Don on the runway in Gibraltar. The runway had crossing guards as a street cut across it.
In Gibraltar, 1969. Gaylord, Marty, Eileen, and Don.
At the airport in Gibraltar, with Ginny and Louden Kiracofe.

Gibraltar was quiet, and there was little to do. Christmas was, after all, a family holiday. It was a disappointment. We had good company, but there was little going on.

I spent my last Christmas as a volunteer waiting for a close friend to return to Morocco. We would cross the Algerian Sahara together in early 1971, but that is the subject of a future blog post.

In the large cities, where there were more volunteers, and, in Rabat, where the Peace Corps administrative office was, and where volunteers were always passing through, there were real Christmas parties. In Sefrou, huddled by the Aladdin heater, I listened to the BBC World Service, and Alistair Cooke’s Letter from America, always an interesting commentary on the customs and mores of home.

Meanwhile, at home in America, my large Italian-American family was celebrating Christmas Eve, going to midnight mass, eating a meal with seven different fishes, and playing cards till the wee hours. And though I loved being with them all, I never wished I were back at home. Morocco was my home then.

Nasreddine et les éfrits

En regardant le titre de ce billet, on peut facilement se douter qu’il s’agit du mollah bien connu, ou bien de son homologue nord-africain, Jha, personnage folklorique rusé, alternativement perspicace ou nigaud.

Mais non, il s’agit de l’entraîneur d’une équipe de hockey sur glace. De souche libanaise, fils d’immigrants, ce Montréalais s’appelle Alain Jean-Paul Mohammed Nasreddine, et il vient d’être nommé entraîneur de l’équipe des Devils du New Jersey, les Éfrits du New Jersey, si vous voulez, de la Ligue Nationale de Hockey!

Alain Jean-Paul Mohammed Nasreddine et ses Éfrits

Les Nord-Africains et les Européens se sont habitués depuis bien longtemps aux joueurs professionnels portant des noms musulmans, mais aux E.U. et au Canada, surtout dans le domaine du hockey sur glace, on est encore frappé par ce nom qui contraste si fortement avec des surnoms traditionnels des joueurs canadiens ou américains, le plus souvent d’origine britannique ou français, et les surnoms européens, largement suédois, finlandais, russes, tchèques et slovaques.

On souhaite bonne chance à M. Nasreddine et, peut-être, un peu de magie de la part de ses éfrits, car les Éfrits sont actuellement une des pires équipes de la ligue.

Peut-on bientôt s’attendre , en depit du réchauffement climatique qui s’aggrave de jour en jour, à voir des équipes de hockey sur glace africaines remplies de noms islamiques? Que le monde que j’ai connu a changé depuis 50 ans!

La chasse aux singes au Maroc

l-qerd eš-šaref ma-itallem eš-šṭi

« Un vieux singe ne peut pas apprendre à danser. » Proverbe marocain

Avant que mes lecteurs se scandalisent du titre de ce billet, je tiens à préciser que ce dont je vais parler n’a rien à voir avec des activités telles que la chasse au sanglier, divertissement populaire chez de riches étrangers à Tanger il y a environ un siècle. À cette époque, des cavaliers chassaient des sangliers et les tuaient à coups de piques. Loin de là mon intention. Je parle plutôt de poursuivre des singes afin de les observer.

L’observation de singes peut paraître bien banale. Parmi les singes de l’Ancien Monde, bien des espèces habitent les forêts tropicales et les savanes de l’Afrique subsaharienne. En Afrique du Nord, par contre, il n’y a qu’une seule espèce, du genre Macaca. Les macaques sont répandus dans beaucoup de parties de l’Asie, mais une seule espèce, Macaca sylvanus, se trouve en Afrique. Ces grands singes sont limités aux montagnes de l’Algérie et du Maroc.

Toujours intéressé par l’histoire naturelle, j’espérais voir des macaques dans leur habitat naturel et mes atteintes me semblaient raisonnables vu que je demeurais à Sefrou en bordure des montagnes du Moyen Atlas.

Il y a des poches de ces singes dans le Rif, dans le Moyen Atlas et dans le Haut Atlas central ainsi que dans les montagnes de l’Algérie. On en trouve également une petite population sur le rocher de Gibraltar, appelés macaques de Barbarie, où ils constituent une importante attraction touristique.

Sur le rocher de Gibraltar où l’on garde les macaques de Barbarie.

Comme il n’y a pas de trace de fossiles de ces singes dans l’Europe post-pléistocène, l’explication la plus plausible de leur présence sur Gibraltar veut que les macaques aient été introduits par des Européens ou bien des envahisseurs maures au Moyen Âge. Autrefois, l’armée britannique s’occupait de l’alimentation et du soin des singes, et selon une tradition, on prétendait que tant qu’il y aurait des singes sur le rocher, Gibraltar resterait britannique. En fait, Winston Churchill cherchait à accroître leurs nombres quand la population semblait décliner.

Gibraltar. Un macaque amical profite de la vue à partir d’une épaule de Maren Erskine. Photo gracieuseté de Reed Erskine, Morocco X.

Aujourd’hui, selon les estimations, la plus grande partie de la population des Macaca sylvanus, environ 75 % de la population totale, vit dans le Moyen Atlas marocain. Certains de mes billets précédents montrent des photos de leur habitat, soit des forêts de cèdre avec un sous-étage de chênes verts. Les cèdres et les chênes sont associés, les chênes fournissant un environnement humide pour la croissance des jeunes cèdres.

Cet impressionnant cèdre fut nommé en honneur d’un général français. À noter les chênes verts à l’avant-plan et sur la droite. Aujourd’hui, à l’instar du Maroc colonial, le cèdre Gouraud n’existe plus. D’une hauteur comprise entre 40 et 42 mètres, on estime que son âge serait de presque 800 ans. L’arbre a été déclaré mort en 2003 pour des raisons inconnues.

Le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica) est l’une des véritables espèces de cèdre, les deux autres étant originaires du Moyen Orient et des Himalayas. Le chêne vert (Quercus ilex) et le cèdre de l’Atlas se trouvent tous deux en Grande-Bretagne. De majestueux cèdres de l’Atlas y embellissent de nombreux domaines ruraux, mais, hélas, constituent simplement une espèce envahissante. En France on exploite le cèdre comme bois de construction et pour la reforestation. Un ami français en avait des milliers sur sa propriété vallonnée à l’extérieur d’Albi. Dans des parcs royaux, comme celui qui entoure le Château de Chaumont-sur-Loire, on trouve souvent de vieilles cédraies.

Les macaques mangent un régime d’aliments saisonniers : écorce et cônes de cèdre, glands, champignons et bien d’autres plantes sauvages ainsi que des insectes.

Les cônes femelles du cèdre sont gros et se tiennent dressés sur les branches.

De nos jours, le nombre de Macaca sylvanus est en déclin rapide, probablement en raison de la disparition de leur habitat, et l’espèce a été officiellement reconnue comme menacée.

Les cèdres occupent une zone située entre 1 300 et 1 800 mètres d’altitude et constituent parfois des forêts pures.
Les chênes verts abondent à des altitudes plus basses que les cèdres.

Mon travail dans la province de Fès m’amenait parfois à travers les montagnes. À l’époque, la province de Fès s’étendait jusqu’à Boulemane et Missour au sud. Grâce à la Jeep que j’avais à ma disposition pour le travail, je faisais souvent des excursions dans la forêt avec des amis et des visiteurs.

Les forêts de cèdre constituent le principal pâturage estival pour la transhumance traditionnelle. Cette photo a été prise un peu à l’extérieur d’Ifrane.

Alors qu’une troupe de singes peut occasionnellement s’apercevoir près d’un chemin, je n’en ai jamais vu en conduisant et je soupçonne qu’ils fuyaient tout contact humain. Les bergers les considéraient une nuisance, sans doute parce que les singes dérangeaient leurs troupeaux. Une fois je me suis arrêté pour demander à un berger s’il voyait parfois des singes. « Êtes-vous sérieux?, répondit-il, les petits salauds sont partout ! » Je présume que si l’on était au cœur de la forêt sans faire beaucoup de bruit, on les verrait souvent. Jusqu’à vers la fin de mon service dans le Corps de la Paix, le seul macaque que j’ai vu était mort, pendu très haut dans un cèdre. Est-il mort en faisant une chute, a-t-il été tué par un chasseur juste pour le plaisir ou est-il mort d’une maladie ou de vieillesse?

Il n’y avait pas moyen de savoir de quelle façon ce macaque a péri.

En décembre 1971, Gaylord Barr et moi avons amené deux de ses lycéens à la station de ski de Michifen, simplement pour le plaisir. Il y avait eu une grosse chute de neige, mais le jour était radieux, un ciel bleu vif et un soleil fort.

Les routes principales étaient bien dégagées, mais nous avons été pris dans un chemin secondaire plus étroit. Les pneus tout terrain de la jeep ne convenaient pas pour la neige.

La neige pesait encore sur les branches de cèdre et scintillait en fondant.

La forme tabulaire est caractéristique des cèdres qui semblent, en vieillissant, perdre leur dominance apicale.

Des skieurs remplissaient le vieux cratère volcanique et le casse-croûte de la station était bondé de visiteurs. Malgré la neige, un soleil fort assurait des températures clémentes.

Le casse-croûte en 1970.
Vue de la station de ski depuis la couronne du cratère.

Pour les étudiants, c’était une première occasion de voir des skieurs, même si la station se trouvait tout près de chez eux à Sefrou. Pendant que les trois autres profitaient du soleil et buvaient des cocas, j’avançais péniblement à travers la neige, appareil-photo à la main, espérant trouver un bon point de vue pour prendre une photo.

Sur le point de partir à la recherche de photos et de paysages, j’ai fini par croiser des macaques.

Alors que je me battais dans la neige jusqu’aux genoux sur les collines au-dessus de la station, un petit groupe de singes a croisé mon chemin. Ma présence a dû les effaroucher car ils avaient disparu en un clin d’œil. Aucune possibilité de prendre une photo, mais j’étais content d’en avoir vu en chair et en os en pleine nature.

Partis avant de pouvoir les prendre en photo, les macaques ont laissé ces traces dans la neige.

En Amérique nous avons l’habitude d’associer les singes aux climats chauds, mais les macaques se trouvent parfois bien au nord des tropiques, notamment au Japon où ils profitent des sources chaudes.

Les singes n’étaient pas les seuls animaux indésirables dans les forêts de cèdre. Les sangliers aussi étaient fréquents et mangeaient beaucoup des mêmes aliments que les macaques. Les chênes verts qui poussaient en association avec les cèdres produisaient une abondance de glands. Parfois ces gros glands comestibles se récoltaient et on les trouvait au marché de Sefrou, mais comme leur goût est fade, on les considérait comme une nourriture de dernier ressort. Je n’ai jamais vu une recette pour un plat marocain avec glands. Les sangliers en raffolaient, cependant, comme ils aimaient aussi les champignons et les truffes, tout comme les macaques.

Je ne voulais jamais surprendre un troupeau de sangliers. Imprévisibles, gros et dotes de défenses redoutables, ils peuvent être dangereux. Je n’en ai jamais vu, mais un ami, Jean-Michel Vrinat, médecin coopérant à Ouazzane, en a tué un et j’ai pu déguster la viande que je trouvais maigre et savoureuse. J’aurais peut-être été heureux de vivre avec Astérix et ses amis. Les Marocains n’apprécient pas le sanglier puisque le porc est haram et la viande interdite. Les sangliers constituent un fléau plus dangereux que les macaques et s’en prendront aux humains quand ils se sentent menacés.

Jean-Michel Vrinet, en chemise rouge et chapeau blanc, guidant ses amis à travers l’Akioud dans le Haut Atlas.

Jean-Michel était un vrai sportif et est arrivé au Maroc pour faire son service avec non seulement un fusil de chasse, mais encore avec du matériel d’alpinisme, des épées et Dieu sait quoi d’autre. On a fait de l’escalade ensemble dans le Toubkal et il était meilleur grimpeur que moi. Malheureusement, j’ai perdu contact avec lui, mais un ami mutuel m’a dit qu’il s’était marié avec une « princesse vénitienne » et pratiquait la médecine chez eux dans la vallée de la Loire.

Mes rencontres avec des singes allaient se poursuivre. Peu après la rencontre mentionnée précédemment, pendant que je me dirigeais vers le sud, vers la frontière ghanéenne à partir de Ouagadougou après notre traversée du Sahara, nous avons repéré une troupe de babouins qui fuyaient à travers les broussailles du Sahel. Aucune possibilité de prendre une photo. À part des renards volants (roussettes) et des gazelles, les babouins étaient les seuls animaux exotiques que j’ai vus pendant ce très long et sinueux voyage.

J’ai eu d’autres rencontres vers la fin des années 1970 quand j’habitais Chaouen. Les hautes montagnes en arrière de la ville m’attiraient toujours et parfois je cherchais le plaisir des hauteurs montagneuses.

Chaouen, que l’on écrit aussi Chauen, Chefchaouen et Xauen, se trouve à la base des montagnes du Rif, au-dessus d’une vallée qui mène à Tétouan.
Les forêts au-dessus de Chaouen sont constituées principalement de pins et de sapins et s’étendent aux sommets des montagnes de 1 800 mètres derrière Chaouen.
Les neiges hivernales fournissent l’humidité dont les arbres ont besoin, ainsi que l’eau pour les fermes au pied de la montagne.
Les sapins et les pins s’étendent jusqu’aux sommets. Les neiges ne durent que trois mois.
Promenade avec deux de mes étudiants du collège arabe de Chaouen.

Dans les faits, cette extrémité du Rif n’est par particulièrement élevée, mais les sentiers étaient peu nombreux et l’ascension pouvait s’avérer exigeante. La plupart des touristes se contentaient de rester dans cette ville pittoresque à laquelle Raisuni et Franco avaient donné une certaine notoriété.

Chaouen est une destination touristique majeure.

Avec ses toits en tuile et ses maisons couleur bleue, Chaouen est une destination touristique depuis longtemps. Son emplacement en bordure du Rif et sa proximité à Tanger, Tétouan et Ceuta l’ont rendu populaire auprès des touristes. Il y a quelques années, le New York Times a publié un article sur Chaouen. Peu de touristes sont conscients des événements sanglants de la guerre du Rif et de la retraite désastreuse de l’armée espagnole de Chaouen en 1924.

Les montagnes s’élèvent abruptement et sont spectaculaires. Les pentes inférieures étaient couvertes de forêts de chênes-lièges, les seules au Maroc à l’exception de celle de la Maâmora (ou Mamora), à ce que je sache, alors qu’aux sommets on trouvait de belles forêts de pins et de sapins matures, même si, il y a 50 ans, elles faisaient l’objet d’un abattage massif.

L’entrée en forêt
En randonnée avec des copains

Tout comme les chênes verts, les chênes-lièges produisaient un gland comestible, même si peu de Marocains semblaient les manger. Les Marocains n’appréciaient pas non plus les champignons qui poussaient au pied de ces arbres, qui ne se trouvent qu’à basse altitude.

Comme on savait qu’il y avait des singes dans le voisinage, mes amis français et moi nous nous sommes proposés un jour d’essayer d’en trouver quelques-uns.

Entassés dans un Land Rover, nous avons pu nous rendre à un col en dessous des sommets.

Nous sommes montés par la piste qui mène à un col derrière la ville pour ensuite nous démener afin de contourner les rochers accessibles. Nos efforts ont cependant été récompensés.

Tout le monde avait un appareil-photo, mais les singes étaient méfiants.
Les rebords rocheux fournissaient d’excellents points d’observation.
Les copains guettent les singes.
Quand le temps le permettait, nous avons traqué les macaques.

Hélas, les singes n’avaient aucune envie de nous voir. J’ai pris plusieurs photos de ceux qui sautaient en dessous de nous sur des rebords rocheux, mais je n’ai réussi à obtenir que des minuscules points où l’on ne saurait reconnaître des singes. Toutefois, ce fut une journée agréable et nous avons tout de même vu des macaques.

Dans cette photo, il y a deux macaques. Pouvez-vous les repérer?

Si vous désirez apprendre plus sur Macaca sylvanus, vous en trouverez un article sur Wikipédia. À ceux qui aimeraient observer ces singes, je leur souhaite meilleure chance que moi. Quant aux singes, je leur souhaite une chance raisonnable de survivre dans un environnement qui devient de plus en plus restreint et fragmenté. Je vous recommande encore une fois les articles de Wikipédia sur les macaques de l’Afrique du Nord que vous pouvez trouver en français et en anglais.

Auteur :  David Brooks

Traduction : Jim Erickson.

 

Hunting Monkeys in Morocco

l-qerd eš-šaref ma-itallem eš-šṭi

“An old monkey can’t learn to dance.” Moroccan proverb.

Before my readers are outraged by the title of this post, I want to make it clear that what I am talking about is not something such as pig-sticking, a popular diversion of rich foreigners in Tangier about a hundred years ago. In those days, horsemen chased wild boar and ran them through with pikes. No, I am only talking about seeking out monkeys to watch them.

Watching monkeys in Africa may not sound like such a big deal. Many species of Old World monkeys inhabit the tropical forests and savannas of sub-Saharan Africa. In North Africa, however, there is only one species, of the genus, Macaca. Macaques are common in many parts of Asia, but only a single species, Macaca sylvanus, is found in Africa. These large monkeys are limited to the mountains of Algeria and Morocco.

Always interested in natural history, I hoped to see macaques in their native habitat, and my expectations seemed reasonable since I lived in Sefrou, on the edge of the Middle Atlas Mountains.

There are pockets of these monkeys in the Rif, the Middle Atlas, and the Central High Atlas Mountains as well as in the mountains of Algeria. A small population also lives on the Rock of Gibraltar, where they are known as Barbary Apes, and are a major tourist attraction. The name Barbary Apes is a misnomer, of course, for macaques are not apes at all, but monkeys.

On the Rock of Gibraltar, where the Barbary “apes” are kept.

With no fossil evidence of them in post-Pleistocene Europe, the most reasonable explanation for their presence in Gibraltar is that the macaques were introduced by Europeans or else Moorish invaders in the Middle Ages. The British Army used to feed and care for the monkeys, and there was a tradition that as long as there were apes on the Rock, Gibraltar would remain British. Indeed, Winston Churchill sought to have their numbers augmented when the population seemed in decline.

Gibraltar. A friendly male macaque decides to take in the view from Maren Erkine’s shoulder in 2011. Courtesy of Reed Erskine, Morocco X.

Today, the greatest numbers of Macaca sylvanus, estimated to be about 75% of the total population, live in the Middle Atlas mountains of Morocco. Some of my earlier blog articles show views of their habitat, cedar forests with an understory of holm oaks. The cedars and oaks are associated, with the oaks providing a moist environment for the growth of young cedars.

This impressive cedar was named after a French general. Note the holm oaks in the foreground and on the right. Today, like colonial Morocco, the Gouraud cedar is no more.

The Atlas cedar (Cedrus atlantica) is one of three true cedar species, the other two being native to the Middle East and the Himalayas. The holm oak (Quercus ilex) and the Atlas cedar are both found in Great Britain. Majestic Atlas cedars grace many country estates there, but holm oaks, alas, are simply an invasive species. In France, cedars are grown for lumber and as part of reforestation efforts. A French friend had thousands planted on his hilltop property outside Albi, and royal parks, such as the one surrounding the Château of Chaumont-sur-Loire, often have groves of ancient trees.

The macaques eat a diet of seasonal foods: cedar bark and cones, acorns, mushrooms, and many other wild plants as well as insects.

Female cedar cones are large and stand upright on the branches.

Today the numbers of Macaca sylvanus are in steep decline, probably due to disappearing habitat, and the species has been officially listed as endangered.

Cedars occupy a zone between 4,300 and 6,000 feet in altitude, and sometimes form pure forests. Holm oaks abound at lower altitudes.

My work in Fes Province occasionally took me over the mountains. In those days, Fes Province extended south as far as Boulemane and Missour. More often than not, I took excursions into the forests with friends and visitors, made possible by the Jeep I used for work.

The cedar forests are prime summer pastures for traditional transhumants. This picture was taken just outside Ifrane.

While a troop of monkeys might occasionally be spotted near a road, I never saw one while driving, and I suspect that they shied away from human contact. Shepherds found them a nuisance, probably because the troops annoyed their flocks. On one occasion, I stopped and asked a shepherd if he ever saw monkeys. His incredulous response was something along the lines of “Are you kidding? The little sons of bitches are everywhere!” I suppose if you are deep in the forest, and not making much noise, you will see them often. Until near the end of my Peace Corps service, the only wild macaque I ever saw was a dead one, hanging high in a cedar tree. Did it die in a fall, impaled by a branch, was it shot by a hunter for his amusement, or did it simply die of sickness or old age?

There was no way to know how this macaque met its end.

In December of 1971, Gaylord Barr and I took two of his lycée students to the Michlifen ski center just for the ride. There had been a heavy snowfall, but the day was bright with deep blue skies and a strong sun.

The main roads were well plowed, but we got stuck on a narrower side road. The Jeep’s off-road tires were not designed for snow.

Snow still lay heavy on the cedar boughs, and glistened while it melted.

Skiers filled the old volcanic crater, and the resort’s concession stand was full of visitors. Despite the snow, the strong sun kept the temperatures mild.

The concession stand in 1970.
The ski center viewed from the rim.

For the students, it was their first opportunity to see people ski, though it was only a short drive from their homes in Sefrou. While the three others enjoyed the sun and drank Cokes, I trudged off through the heavy snow, camera in hand, hoping to find an interesting vantage point for a photo.

About to head off to search for photos and scenery, I finally crossed paths with some macaques.

As I struggled through the knee-deep snow on the heights above the resort, a small group of monkeys crossed my path. I must have startled them, for they were gone in a flash. I had no chance for a photo, but I was gratified to have finally seen some living individuals in the wild.

Gone before I could photograph them, the macaques left these tracks in the snow.

In America we usually associate monkeys with warmer climates, but macaques are sometimes found far north of the tropics, notably in Japan, where they take advantage of hot springs.

The monkeys were not the only unwanted animals in the cedar forests. Wild boar were common, and ate many of the same foods as the macaques. The holm oaks that grew in association with the cedars produced an abundance of acorns. The large edible acorns were sometimes harvested and appeared in the Sefrou market, but they were bland and considered a food of last resort. I have never seen a recipe for a Moroccan dish with acorns. The boar relished them, however, as well as the mushrooms and truffles. So did the macaques.

I never wanted to surprise a herd of boar. Unpredictable, large, and armed with wicked tusks, they could be dangerous. And I never saw any, though a friend, Jean-Michel Vrinat, a coopérant doctor in Ouazzane, shot one, and I had a chance to eat the meat, which I thought lean and tasty. I might have been happy living with Astérix and his friends. Moroccans have little use for the boar, since pigs are haram and their meat forbidden. They constitute a much more dangerous nuisance than the macaques, and will attack humans if they are threatened.

Jean-Michel Vrinat, in the red shirt and white hat, guiding his friends over Akioud in the High Atlas.

Jean-Michel was a real sportsman, and arrived in Morocco to do his service with not only a shotgun, but climbing gear, épées, and God knows what else. He climbed with me in the Toubkal Massif, and was a better climber than I. Regrettably, I lost contact with him, though a mutual friend told me that Jean-Michel married a “Venetian princess” and still practices medicine in his home in the Loire Valley.

My encounters with monkeys were not over. Not very long after the encounter mentioned above, as I was traveling south toward the Ghanaian border from Ouagadougou after my trip across the Sahara, we spotted a troop of baboons fleeing across the Sahel scrublands. There was no opportunity for a photo. Along with flying foxes and gazelles, those baboons were the only exotic animals I saw in that long and meandering trip.

My encounters with macaques were not quite over. In the late 1970s, I lived in Chauen. The high mountains behind the town always beckoned, and I sometimes sought the pleasure of the mountain heights.

Chauen, also written Chaouen, Chefchaouen, and Xauen, sits at the base of the Rif Mountains, high above a wide valley that leads down to Tetuan.
The forests above Chauen are mostly pine and fir, and extend to the tops of the 6,000-foot mountains behind Chauen.
The winter snows provide the moisture the trees need, as well as water for the farms below.
Two of my English students from the Arabic college in Chauen, out with me for a walk.

In reality, that end of the Rif is not especially high, but there were few trails and the going can be rugged. Most tourists contented themselves by staying within the quaint town to which Raisuni and Franco had given a certain prominence.

Chauen is a major destination for tourists.

With its tiled roofs and blue-colored houses, Chauen has long been a tourist haunt. Its location on the edge of the Rif mountains and its proximity to Tangier, Tetuan, and Ceuta has made it popular with travelers. Just a few years back, the New York Times featured Chauen in a tourism article. Few tourists are aware of the bloody events of the Rif War, and the disastrous retreat by the Spanish army from Chauen in 1924.

The mountains rise steeply and are striking. The lower slopes of the mountains were covered with cork oak forests, the only major ones in Morocco outside of the Mamora, I believe, while the summits held beautiful forests of mature pine and fir, though they were being logged heavily 50 years ago

Entering the forest.
Hiking with friends.

Like the holm oaks, the cork oaks produced an edible acorn, though few Moroccans seemed to eat them. Nor did Moroccans eat the abundant mushrooms that grew under them.

Knowing that there were monkeys close by, my French friends and I set out one day to try to find a few.

Loaded into a Land Rover, we could drive to a high pass below the summits.

We drove up the road that leads to a high pass behind the city, then scrambled around the accessible crags, and our efforts were rewarded.

Everyone had cameras, but the monkeys were wary.
The rock ledges were great viewing points.
As the weather changed, we stalked the elusive macaques.

Alas, the monkeys had no desire to see us. I took several pictures of them, hopping below us on the rock ledges, and only obtained minuscule dots, indistinguishable and unrecognizable as monkeys. Still, it was a fun day, and we did see some macaques.

There are two macaques in this photo. Can you spot them?

Wikipedia has a long article on a Macaca sylvanus if you desire to learn more about this monkey. I wish anyone seeking out those monkeys better luck than I, and, for the monkeys, a fair chance to survive unmolested in an environment that is becoming smaller and more fragmented. I recommend the Wikipedia articles on North African macaques for further reading: English and French.

Here and now and long ago

“…I suddenly saw the breaking news on CNN about the El Paso and Dayton shootings, which raises in my mind this question: What’s happening to the America that I learnt so many good things about from Gaylord, you and other PCVs? What happened  to the great American values upheld by the ideals of John F. Kennedy, Jimmy Carter, Reagan? Surely, something is wrong in the state of Denmark. What is the difference between white supremacists and ISIS terrorists? In my younger days, my wish was to migrate to America. Now I say to myself “I’m glad my wish did not come true.”

Not long ago, an old Moroccan friend, well educated, who had lived abroad in England as well as in the States, and who speaks English fluently, wrote me the message part of which I have quoted above. I tried to answer it as best I could, but the state of the world baffles me, too.

After further reflection, however, I began to ponder the question itself. When I went to Morocco in January 1968, the entire world lived under the threat of a nuclear holocaust. The States was involved in disastrous and deadly wars in Southeast Asia. The president and the military were lying to the public. The soon-to-be president campaigned on a “secret plan” to end the war, a plan that didn’t exist. Soviet and Warsaw Pact forces crushed Czechoslovakia’s “democracy with a human face.” Political assassinations of Martin Luther King, Jr. and Robert F. Kennedy shocked America. Street protests and race riots were common occurences.

I had written to a friend in early 1968, from an agricultural station outside Meknes, that the weather was getting hot. He wrote back from the University of Chicago, where he was a grad student studying south Slavic languages. “You think it’s getting hot there? They are setting up a machine gun emplacement outside my window.” It was a time of race riots and rage.

When I picked up a Newsweek magazine in Fes in 1970, the cover photo portrayed a young college girl at Kent State, reacting with grief to the shooting of a fellow student by Ohio National Guards. I was horrified.

Kent State, 1970. Newsweek.

In France, student protests forced the French president Charles De Gaulle to step down. Across the straits in Spain, Franco continued to rule a country still suffering deeply from civil war that had taken place decades earlier. Northern Ireland was torn by civil strife, and Great Britain lived with car bombings. The white Rhodesian government had broken with Britain, and South Africa lived under apartheid. China was in the throes of its “Cultural Revolution.” Nigeria was in civil war. Within the next few years millions would die in the Cambodian genocide. Even unrest beset Morocco, where the king, Hassan II, would survive two coup attempts in the span of two short years, both while I lived there.

I have read Hans Rowling’s book, Factfulness, and I acknowledge its earnestness and veracity. Negativity comes easily. Just the same, I am far too much of a skeptic to be very optimistic about the world’s future in the face of pollution, resource exhaustion, overpopulation, growing economic inequality, and climate change. Only God knows the fate of humanity and the earth. Or, put in a more humanistic framework, whether men shape history or it shapes them, there is assuredly a destiny awaiting humanity.

My correspondent knew America primarily through Peace Corps volunteers and popular culture. Did we misrepresent it, or did his young mind perceive the States as something that it wasn’t? We certainly knew that America was not perfect. The civil rights movement of the 1960s had brought a new consciousness to America, and forced many, my young naive self among them, to begin to confront the many ugly facts in American history glossed over by traditional texts. And environmental issues began to take on a new importance following the publication of Rachel Carlson’s book, Silent Spring.

We were all deeply concerned with the state of our own country. I remember listening eagerly every week to Alistair Cooke’s Letter from America on the BBC World Service, always hoping to be entertained and enlightened, but also always fearing what next great tragedy might be his subject matter.

The world today seems to be on a reactionary bent. I could speak about current events in the States in terms of racism and fear of loss of white privilege, the problems of American government and its electoral system, the proliferation of guns and mass shootings, the hyper partisanship that puts political gain above the national interest, the ability of the very rich to inordinately influence government, widespread climate change denial, the lack of internationalism, foreign influence on American elections, willingness to violate norms that have developed over thousands of years, and so on and so forth. However, I am not sure whether there is not a certain amount of hypocrisy in looking back at a “golden age” when much nasty stuff was done behind the scenes, out of the eyes of the public. And Georges Brassens is always in my mind:

Si j’connus un temps de chien, certes

C’est bien le temps de mes vingt ans

Cependant, je pleure sa perte

Il est mort, c’était le bon temps

Il est toujours joli, le temps passé.

 

Roughly translated, the extract from the song goes “If there ever was a bad time in my life, it was certainly when I was in my twenties. Now that it’s gone, I mourn its loss. The past is always golden.”

Today, I am unhappy to live in a divided country, I do not like racism, which those of the white majority find difficult to acknowledge. I find extremism abhorrent in any form. There is no difference between Islamic terrorism and domestic terrorism: nothing justifies the taking of innocent lives.

In France in 1995, waiting to leave France, my wife and I watched TV reports of the Oklahoma City bombing where 168 people died including 19 children, most of whom were in a daycare center while their parents worked. The bombing was carried out by someone who was born and raised in Niagara County, where I was born and now live. He was able to do this because he lived in a free society where it is relatively easy to acquire guns and buy substances to make bombs. He did it because he hated the government and the building was a Federal government office building. Some mistrust of government is healthy, but hatred of it can be pathological.

The Murrah Office Building, Oklahoma City, taken by Staff Sergeant Preston Chasteen.

What gives me hope at home is our American legal system. English common law and its embodiment in democracies across the world have provided those who are fortunate to live in them with the rule of law, and the American and French revolutions provided universal ideals about human dignity, rights, and freedom that could be enshrined in constitutions. Yes, implementation is often imperfect, and law enforcement needs improvement, but, though perfection may be a goal, we should usually just content ourselves with what we have, and resolve to continue working to improve it.

Winston Churchill was astute when he said:

Many forms of Government have been tried, and will be tried in this world of sin and woe. No one pretends that democracy is perfect or all-wise. Indeed, it has been said that democracy is the worst form of Government except all those other forms that have been tried from time to time.

We all now live in a dangerous world, and I think that we must confront it together. To reprise, here is another famous quote, attributed to Benjamin Franklin, though possibly apocryphal. He made it during the American Revolution, but the observation is applicable to almost any crisis: “We must all hang together, or most assuredly we shall all hang separately.”

The world is in a crisis of unprecedented scale. We ought to recognize that and hang together. I feel fortunate that I was born in the States and I certainly recognize how much I have benefitted from living here, but the scale of problems that now threaten the individual is no longer national, but global. Yes, I worry about where my country is headed, but I worry as well about the world we live in. The question my Moroccan friend might have also asked is: What has happened to the world? His answer would be as good as mine.

In the 1940s, the democracies of the world fought for their very existence, but after the war, many people turned their thoughts to problems of a different scale. To enjoy democracy, the world needs a stable world order, where participation in society benefits everyone, and, above all, where the rule of law governs society.

When I left Morocco, I wondered how that country would evolve. The coup attempts had been a shock. I was concerned, too, about Morocco’s growing population in a part of the world short of water and land. Morocco today continues to be plagued by serious problems, yet it seems to have made remarkable progress in many areas, and I am happy for that. If I were Moroccan, I would be proud of the great strides my country has made. Still, no one in the world today should be complacent. As for the States, we are certainly going through a bad patch, but I remain confident that the foundations of American democracy are deep and solidly built, and American society resilient.

As for me, I am growing older every day, and I try to console myself in part with the ironic lyrics of the old Woody Guthrie song Worried Man Blues:

It takes a worried man

To sing a worried song

I’m worried now,

But I won’t be worried long.