Moyens de transport aux années soixante

Mon blog « Le Maroc qui était » traite d’un Maroc qui se trouvait à mi-chemin entre celui du 19e siècle et celui d’aujourd’hui. Le monde a tellement changé depuis les années soixante qu’on ne reconnaîtrait guère le Maroc que j’ai connu.

Voici mes souvenirs sur les moyens de transport de l’époque. Les volontaires dans leur vie professionnelle ne pouvaient pas se passer de ces moyens et bien sûr nous voulions aussi nous en prévaloir pour mieux connaître le pays qui nous avait accueillis, pays qui compte une grande richesse de choses à voir et à faire.

Au début du 20e siècle, le Maroc avait à peine plus de routes carrossables qu’au début du 10e, autrement dit, presque aucune. Après la chute de l’Empire romain, les quelques routes qui desservaient les villes sont tombées en désuétude.

Le réseau routier de l’Afrique romaine. Eric Gaba (Stingfr:Sting)

Tout transport se faisait désormais au moyen de bêtes de somme, ce qui a certainement freiné le développement économique jusqu’à la colonisation française au début du 20e siècle.

Le réseau routier du Maroc romain. Walter B. Harris (1866-1933); engraved by the firm Walker & Boutall [Public domain]
Sur un sentier entre Sefrou et Bahlil, après une rare chute de neige.

Pendant le protectorat (1912-1956), les Français ont doté le pays d’un important système de transport. Au tout début, l’occupation militaire a occasionné la construction de chemins de fer et d’un réseau routier. Ensuite, la colonisation proprement dite nécessitait des ports maritimes et des routes goudronnées, ce qui a donné lieu à une importante croissance de la ville de Casablanca, qui deviendrait le pôle économique du pays. L’ère des avions suivrait peu après, avant l’avènement du tourisme.

À l’indépendance en 1956, le Maroc, tout comme l’Algérie, possédait déjà un vaste réseau routier très développé tel qu’on n’en trouvait nulle part ailleurs en Afrique. J’ai pu le constater moi-même en 1970 en traversant le Niger, pays beaucoup plus grand en superficie que le Maroc et qui, à l’époque, n’avait qu’une trentaine de kilomètres de routes goudronnées pour une superficie de 1 270 000 km².

Le car en panne entre Agadez et Zinder, Mali.

J’ai fait la connaissance de volontaires à Niamey qui ont dû utiliser des chevaux pour se rendre à leur domicile. C’est chouette si c’est l’aventure qu’on cherche, mais en aucun cas très commode. Le matin ils pouvaient observer des girafes, qui s’abreuvaient dans une mare.

Le nouveau gouvernement marocain a poursuivi l’expansion du réseau de transport, mais les volontaires éprouvaient tout de même des difficultés de déplacement dans certains endroits et en certaines saisons, les mêmes difficultés d’ailleurs qu’éprouvaient les Marocains.

Ce billet décrit les moyens de transport tel que je me les rappelle.

Tout d’abord, il y avait les moyens par lesquels on arrivait au Maroc de l’extérieur du pays : autos, autocars, chemins de fer, ferry-boats, paquebots et avions. Le Maroc bénéficiait d’une situation géographique très favorable comparativement à celles de la plupart des pays du monde. À l’époque des années soixante, les volontaires arrivaient bien sûr par avion, presque tous débarquant à l’aéroport de Rabat-Salé. L’aéroport Nouasseur de Casablanca, que l’armée de l’air américaine avait rendu au Maroc en 1963, n’avait pas encore pris son importance actuelle.

Une fois au pays, les volontaires faisaient un court stage d’orientation d’une durée variable à Rabat où se situait le bureau du Corps de la Paix. C’est dans la capitale qu’on rencontrait les petits taxis, moyen de transport très commode et pas cher.

Des petits taxi. (Photo IMDB)

Si ma mémoire est bonne, les petits taxis de Rabat étaient de couleur rouge comme ceux de Fès.

Un petit taxi à Fes.

Je ne me souviens pas d’avoir jamais pris l’autobus au Maroc, tellement le petit taxi remplissait parfaitement son rôle. Pour les volontaires qui servaient et vivaient ailleurs qu’à Rabat, on circulait surtout dans la médina, ce qui voulait dire à pied. Les Marocains l’appelaient « nemra ḥdaš », c’est-à-dire le numéro 11 !  Je ne sais pas si cette expression est d’origine arabe, berbère ou française. En français, il existe l’expression « prendre le train onze » qui veut dire effectivement aller à pied. Cette expression date du dernier quart du 19e siècle, mais la comparaison entre le nombre 11 et une paire de jambes remonte au temps du roi François 1e. Qui sait? En tout cas, je trouve l’expression parfaitement descriptive.

Pour le transport interurbain à partir de Rabat, on choisissait de préférence le train ou l’autocar. Une visite à Salé constituait la seule exception à cette règle, car de petites embarcations sur le fleuve Bouregreg desservaient les villes jumelles de Rabat et Salé.

Les barques sur le Bouregreg.

Pour nous déplacer entre les villes et les villages du Maroc, on utilisait les autocars de la CTM, le train, ou les grands taxis. Ces derniers s’avéraient très pratiques pour les courtes distances. Je les prenais souvent pour aller de Sefrou, d’où ils partaient de la place devant le Bab Mkam, jusqu’à Fès où je travaillais.

Les grands taxis au stationnement devant le Bab Mkam, Sefrou.

Les grands taxis étaient en grande majorité de vieilles voitures américaines ou de vieilles Mercedes. Les chauffeurs variaient beaucoup quant à leur prouesse et quant à la propreté et salubrité de leurs véhicules, et en les utilisant j’avais souvent l’impression de mettre mon âme entre les mains de Dieu. Comme les grands taxis partaient dès qu’ils avaient fait le plein de passagers, des petites foules se formaient aux stations de taxis, et les gens se précipitaient dans les véhicules pour arracher leur place, parfois après une lutte acharnée lorsqu’ils étaient pressés ou les taxis peu nombreux. Je me rappelle une fois où une vieille citadine n’avait pas réussi à obtenir une place. Abandonnée dans le stationnement, elle menaçait le chauffeur de taxi, qui disparaissait au loin, le poing serré, en lançant une série de malédictions qui se terminaient par une dernière : « Llah ´ataik ksida », que Dieu vous donne un accident !

Si on n’était pas pressé, les cars de la CTM coûtaient moins cher, mais affichaient souvent complets. Un jour, descendu à Fès, j’ai trouvé le car pour Rabat complet. J’ai alors acheté un billet pour le suivant, confié ma valise à la CTM, et je suis allé passer l’attente en rendant visite à un copain. Or, j’ai passé trop de temps, et j’ai raté le départ. Pire encore, ma valise n’était même pas fermée à clé, et mon passeport était dedans (c’est un signe de la confiance que j’avais en la CTM, mais ce n’était tout de même pas très intelligent.) Alors, quoi faire ? J’ai décidé de faire de l’auto-stop dans l’espoir d’arriver avant le car raté. J’ai été vraiment chanceux, car une Peugeot 504 blanche est arrivée tout de suite. Le chauffeur parlait parfaitement français , et je lui ai expliqué ce qui m’était arrivé, et pourquoi j’étais au Maroc. Au cours de la conversation, le chauffeur a précisé qu’il était militaire américain, basé à Sidi Yahia. Bien sûr, là-dessus, on continuait notre conversation en anglais. Il m’a expliqué qu’il devait passer par la base. En dépit de cet arrêt, nous sommes arrivés avant le car, et j’ai pu récupérer ma précieuse valise. Ce militaire était diplômé de la même université que moi aux USA et avait terminé juste un an après moi; une pure coïncidence, mais une de plusieurs qui se sont produites pendant mon séjour au Maroc. Son français était excellent, car il avait fait ses études au Sénégal, je crois. Type bizarre, il se vantait d’avoir été conçu à l’Hotel Balima à Rabat, où ses parents avaient passé leurs vacances vingt-cinq ans plus tôt ! Néanmoins, il m’avait sauvé la peau, et je lui étais bien reconnaissant.

Après les pluies d’hiver, les routes souffraient. Dans le pré-Rif, au nord de Fès.

Sur les routes pluvieuses ou montagneuses, dont le Maroc regorge, on risquait souvent des retards. D’habitude, une fois les bagages mis sur le toit du véhicule, on pouvait regarder le paysage plus ou moins dans le confort. J’ai pu lire pas mal de livres pendant mes nombreux déplacements au Maroc. Les chauffeurs étaient toujours professionnels, et répondaient aux requêtes raisonnables. Je me rappelle encore le jour où j’allais à Rabat avec mon copain Gaylord Barr. Il était indisposé et attendait désespérément un W.-C. Ne pouvant pas attendre l’arrivée à Rabat, il a prié le conducteur de le laisser descendre à côté de la route. Il est disparu derrière le premier arbre, et n’a repris son voyage que sur un car suivant plus tard ce matin-là!

Si on voyageait entre des villes desservies par le chemin de fer, le train était le moyen de transport le plus rapide et le plus commode. Cependant, il arrivait des pannes. Un jour, en rentrant d’une excursion de montagne dans le Haut Atlas, le train s’est arrêté et est resté immobile pendant des heures sur les plaines de Chaouia. Ce train, un des plus modernes, bénéficiait de l’air climatisé et n’avait qu’un seul défaut : les fenêtres ne s’ouvraient pas ! Tout le monde a dû descendre de ce fourneau hermétique, alors que l’air frais à l’extérieur devait dépasser les 40 degrés!

Et les fenêtres ne s’ouvraient pas ! Dans la Chaouïa.

Quant à l’avion, il coûtait trop cher pour les voyages à l’intérieur du pays, de sorte que les volontaires ne l’utilisaient que rarement. On ne touchait que 620 dirhams par mois, soit 120 $ de l’époque. Pendant les vacances du printemps en 1970, si je ne me trompe pas, mon copain Gaylord, professeur d’anglais au lycée Sidi Lhacen Lyoussi, a été invité par un de ses étudiants à passer les vacances chez sa famille à Oujda. Gaylord a acheté deux billets, l’un pour lui-même, l’autre pour son étudiant, afin de donner à ce dernier l’expérience de son premier vol en avion, un geste bien gentil de sa part.

Gaylord et Ali a l’aéroport du Saïs, Fès.

Enfin, pour le travail, j’avais une vieille Jeep Willys. Indestructible, elle me transportait dans les coins les plus reculés de la Province de Fès. Peu d’autres volontaires avaient de tels véhicules, et j’étais vraiment chanceux et privilégié d’en avoir la mienne. C’était la dernière Jeep de la compagnie Willys, avec un empattement très court.

Sur la route de retour d’Imouzzer des Marmoucha, petit générateur Honda et projecteur 16 mm dans le Jeep, écran lié à son extérieur, où je venais de montrer des films agricoles une nuit froide de Novembre. Les neiges des hauteurs brillaient sous les étoiles, et les gens du pays étaient ravis de la séance, meme s’il ne comprenaient très bien l’arabe littéraire des films. Après tout, à cette époque, il n’y avait pas encore la télé dans cet endroit relativement isolé.

 

Auteur :  David Brooks

Révision :  Jim Erickson

Noël au Maroc

Dans les années 1960, le Maroc comptait une abondance de jours fériés. Certains étaient religieux, comme celui du Mouloud, qui n’était pas nécessairement célébré dans d’autres pays musulmans; il y avait également des moussems, des fêtes juives, des fêtes chrétiennes, des événements de tourisme, et des jours fériés laïques. Comme il restait à l’époque un grand nombre de Français dans la fonction publique, surtout dans le système scolaire, les congés scolaires pour les enfants marocains correspondaient souvent avec ceux des Français. Du point de vue des jeunes, le pays disposait d’une corne d’abondance de jours fériés, les uns suivant les autres de manière presque ininterrompue.

Un jour férié dans le marché de Missour ou de Midelt.

À Rabat, l’anniversaire de feu le roi Hassan II qui, comme l’indique la photo, était un ardent golfeur.

La reine du festival des cerises à Sefrou.

Le moussem à Moulay Bouchta.

Les volontaires raffolaient de tous les jours fériés. Les congés offraient de nouvelles possibilités de voir d’autres régions du Maroc, de visiter d’autres volontaires ou même de partir à l’étranger. Lors de mon arrivée en 1968, le Corps de la Paix ne permettait pas aux volontaires de visiter l’Europe, à l’exception de l’Espagne. Au moment de mon départ en 1973, les nouveaux volontaires professionnels, du moins ceux qui avaient des parents bien nantis, prenaient des vacances en Suisse.

Ceux qui enseignaient l’anglais étaient les plus choyés, grâce à leurs longs congés estivaux. De plus, les enseignants d’anglais avaient des contacts avec de nombreux élèves, qui invitaient leurs professeurs dans leur maison quand ils en avaient la possibilité.

Les jours fériés religieux marocains étaient spéciaux et comportaient toujours des invitations à manger chez quelqu’un où la nourriture était toujours imbattable. Une fois, on a demandé à Julia Child, auteur célèbre et spécialiste de la cuisine française, où l’on pouvait prendre un bon repas français à New York. Sa réponse : dans la maison de quelqu’un. Je donnerais la même réponse aux touristes qui cherchent de la bonne cuisine marocaine : chez un Marocain. De bons restaurants marocains étaient rares dans les années 1960, bien qu’il y avait de bons restaurants qui servaient de la cuisine française. Ceci étant dit, chaque fois que vous mangiez dans une maison marocaine, que ce soit dans un petit douar dans les montagnes ou dans une villa de luxe, la nourriture était toujours formidable. De nos jours, il y a probablement beaucoup de bons restaurants servant de la cuisine marocaine, mais je suis prêt à parier que peu peuvent égaler un bon repas préparé à la maison, surtout lors des occasions spéciales.

La première fête chrétienne, en fait, la seule fête chrétienne que j’aie célébrée à Sefrou, était Noël 1968. Je venais d’emménager dans une maison de médina que je partageais avec un autre volontaire, Gaylord Barr. On l’avait prise telle quelle, sans faire de rénovation. Les murs étaient bicolores, bleus et blancs, les deux couleurs séparées par une petite ligne blanche, un schéma décoratif fréquent au Maroc, et les ampoules électriques se trouvaient à une hauteur de six mètres et donnaient peu de lumière. Plus tard, nous avons amélioré l’éclairage et avons blanchi les murs à la chaux pour leur donner un ton plus chaleureux. À l’époque nous n’avions aménagé qu’une seule chambre d’invité sur la terrasse. Ma cousine Denise, qui étudiait alors à Angers, allait nous rendre visite.

Sa visite était entourée de suspense. Les téléphones cellulaires n’existaient pas à l’époque, et je n’avais facilement accès à aucun téléphone. Je crois avoir passé deux ans au pays avant de faire un seul appel téléphonique. Denise devait prendre le train, ce qui supposait la traversée de trois frontières internationales et un passage en ferry-boat. Elle avait planifiée le voyage en France et m’avait dit quand elle allait arriver, mais ni elle ni moi étions certains d’être là à la gare de Fès ce dimanche soir-là. En fin de compte, sans nous soucier de si elle serait là ou non, nous sommes allés l’accueillir dans notre Jeep. Nous étions jeunes et tenions tout pour acquis.

Le cèdre dans la cour de notre maison.

Nous avions décidé de monter un sapin de Noël. Nos voisins marocains connaissaient cette étrange coutume païenne et sont restés perplexes. Par l’intermédiaire de son directeur de centre, Si Kamir, un monsieur vraiment sympathique, Gaylord a pu dénicher un petit cèdre. Le mot « petit » ne rend pas justice à l’arbre en question. Je ne me souviens pas comment nous l’avons fait entrer dans la maison, mais la tâche n’était sûrement pas facile puisque l’escalier à l’intérieur faisait un angle droit là où se trouvait le W.-C. Une fois entré et monté, l’arbre touchait au plafond au-dessus de notre cour. Après l’avoir monté, nous avons accroché des décorations de papier, des fruits et des guirlandes de popcorn. Heureusement il n’y avait pas d’ampoules, car l’arbre séchait de jour en jour et aurait pu prendre feu. Le popcorn s’est rassis et les oranges et les mandarines ont moisi dans l’air moite et collant de la maison. Personne n’oserait jamais qualifier notre sapin de Noël de beau.

Le sapin de cette année chez nous à Youngstown, décoré par ma femme.

Après l’arrivée de Denise, nous avons fait un voyage à Marrakech et à Ouarzazate, pour ensuite retourner par Risanni et des excursions à Meknès, Moulay Idriss et Volubilis, Rabat et Telouet.

Denise et Gaylord sur la terrasse de notre maison à Sefrou.

Pour Denise, c’était un véritable circuit touristique; pour Gaylord et moi, c’était une première occasion de visiter le sud. Chemin faisant, nous avons vu les volontaires Bert Bokern à Meknès et Marc Miller à Rabat, mais à part ces deux visites, nous étions de simples touristes, utilisant les autobus CTM et les grands taxis, les partageant avec des Marocains qui vaquaient à leurs affaires quotidiennes.

Denise, Gaylord et Bert au forum de Volubilis.

Denise à Marrakech.

À Telouet.

Le voyage était plaisant, fatigant et sans incidents, sauf pour un arrêt dans le sud où il n’y avait pas de logement de disponible. Gaylord et moi avons dû partager un lit. Au milieu de la nuit, Denise, apeurée par des bruits dans sa chambre, s’est réfugiée bruyamment dans la nôtre et a passé la nuit couchée entre nous!

C’était la dernière fête chrétienne que nous avons célébrée. Ni l’un ni l’autre ne pratiquions activement nos fois respectives et l’église catholique locale dans la ville nouvelle était sur le point de se fermer, pour ensuite être vendue pour d’autres usages. En 1969, le missionnaire protestant local est parti.

En 1969 nous avons passé Noël à Gibraltar qui était à l’époque isolé par un blocus terrestre et maritime imposé par l’Espagne. On ne pouvait y entrer que par avion ou par ferry-boat de Tanger. Nous avons pris un vol aller-retour de Tanger.

Le vieux DC-3 qui nous a amenés à Gibraltar.

Marty, Gaylord, Eileen et Don sur la piste à Gibraltar. Comme la piste se trouvait traversée par une rue, des gardiens de piste étaient affectés par mesure de sécurité.

À Gibraltar, 1969. Gaylord, Mary, Eileen et Don.

À l’aéroport de Gibraltar, avec Ginny et Louden Kiracofe.

Gibraltar était tranquille et il n’y avait pas grand-chose à faire. Ça a été une déception. Après tout, Noël est une fête de famille. Nous étions en bonne compagnie, mais il ne se passait rien.

J’ai passé mon dernier Noël comme volontaire à attendre le retour au Maroc d’une bonne amie. Nous allions traverser le Sahara ensemble au début de 1971; cette aventure fera l’objet d’un billet futur.

Dans les grandes villes où il y avait plus de volontaires, et à Rabat où le bureau administratif du Corps de la Paix se trouvait, et où des volontaires étaient constamment de passage, de vrais soirées de Noël se célébraient. Quant à moi, à Sefrou, blotti contre ma chaufferette Aladdin, j’écoutais la radio internationale de la BBC et l’émission Letter from America où Alistair Cooke faisait toujours d’intéressants commentaires sur les us et coutumes des États-Unis.

Entre-temps chez nous aux États-Unis, ma grosse famille italo-américaine célébrait la veille de Noël, allait à la messe de minuit, mangeait un repas comportant sept poissons différents, et jouaient aux cartes jusqu’aux petites heures du matin. Et même si je me plaisais beaucoup à me trouver avec eux tous, je n’ai jamais souhaité être de retour chez nous. À ce moment-là, le Maroc était devenu mon chez-moi.

Une bonne et heureuse année 2020 à tous nos lecteurs ! Si nous travaillions ensemble pour un monde plus juste !

Auteur : David Brooks

Traduction : Jim Erickson

Christmas in Morocco

Morocco had an abundance of holidays. There were religious ones, some, such as the Mouloud, not necessarily celebrated in other Muslim countries, moussems, Jewish holidays, Christian holidays, tourism events, and secular holidays. Since there were still a large number of French in the administration, especially the school system, the school year breaks for Moroccan kids often coincided with those that the French took. From a young person’s point of view, the country was a cornucopia of holidays, another one tumbling forth before the last was scarcely over!

A holiday in the market of either Missour or Midelt.
The King’s birthday in Rabat. Hassan II was an ardent golfer.
The Queen of the Cherry Festival, Sefrou.
The moussem of Moulay Bouchta.

Volunteers loved all the holidays. Time off provided opportunities to see more of Morocco, visit with other volunteers, or even go abroad. When I arrived in 1968, it was against Peace Corps rules to visit Europe, except for Spain. By the time I left, the new professional volunteers, with wealthy parents, were vacationing in Switzerland.

Those teaching English were the most favored, as they had long summer breaks. English teachers also had contact with many students, who invited the teachers into their homes when they could.

Moroccan religious holidays were special, and always involved invitations to eat in someone’s home, where the food was never better. Someone once asked the famous author and French cooking expert, Julia Child, where one could get a good French meal in New York City? Her answer: in someone’s home. I would give the same answer to tourists looking for good Moroccan food: in someone’s home. Good Moroccan restaurants were rare in the 1960s, though there were good restaurants serving French food. That said, whenever you ate in a Moroccan home, be it some little douar in the mountains or some fancy villa, the food was always great. Today there are probably many fine restaurants serving Moroccan food, but I would wager that few can match a good home cooked meal, especially one cooked for a special occasion.

The first major Christian holiday, in fact, the only Christian holiday that I ever actually celebrated in Sefrou, was Christmas in 1968. I had just moved into a medina house, shared with another volunteer, Gaylord Barr. We hadn’t done anything to it. The walls were two-tone blue and white with a little line separating them, which was a common Moroccan decorative scheme, and the electric bulbs were twenty feet high and provided little light. Later we fixed the lighting and whitewashed the walls to a warmer single tone, but at that time we had only fixed up a guest room on the roof. My cousin Denise, studying in Angers at the time, was coming to visit.

Suspense surrounded her visit. There were no cell phones then, nor did I have easy access to any phone. I think I was in the country for two years before I ever made a phone call. Denise was to take the train, which involved crossing three international borders, three national train systems, and a ferry-boat. She planned the trip in France, and told me when she would arrive, but neither she nor I was sure that either of us would be there that December evening at the Fes train station. Gaylord and I picked her up in the Jeep, never worrying much if she would be there. We were young and took everything for granted.

The cedar in the courtyard.

We had decided to put up a Christmas tree. Our Moroccan neighbors knew about this strange pagan custom and were nonplused. Gaylord was able, through his CT director, Si Kamir, a really nice fellow, to get a small cedar. The word small does not quite do it justice. I don’t remember how we got it into that house, but it couldn’t have been easy, since the interior stairway made a right angle where the WC was located. Once inside, the tree touched the ceiling over our courtyard. We mounted it, strung some paper decorations, fruit, and strings of popcorn. There were no lights, fortunately, as the tree got drier by the day and might have caught fire. The popcorn got stale and the oranges and tangerines got moldy in the damp, clammy air of the house. One would never have called it a beautiful Christmas tree.

This year’s tree in my home in Youngstown, decorated by my wife.

After Denise arrived, we took a trip to Marrakech and Ouarzazate, returning via Risanni, with excursions to visit Meknes, Moulay Idriss and Volubilis, Rabat, and Telouet.

Denise and Gaylord on the roof in Sefrou.

For Denise, it was a real tour, and for Gaylord and me, the south was a new experience. On the way, we saw volunteers Bert Bokern in Meknes, and Marc Miller in Rabat, but otherwise we were just tourists, riding CTM buses and grands taxis, with sharing them with Moroccans going about their daily business.

Denise, Gaylord, and Bert on the forum of Volubilis.
Denise in Marrakech.
At Telouet.

The trip was fun, tiring, and uneventful, except for one stop in the south that had no accommodations. Gaylord and I were forced to share a bed. In the middle of the night, Denise, frightened by noises in her room, ran noisily to ours and ended up sleeping between us!

We never celebrated another Christian holiday. Neither of us actively practiced our faiths, and the local Catholic Church in the ville nouvelle was closing down, eventually to be sold for other uses. In 1969, the local Protestant missionary left.

The following Christmas was spent in Gibraltar, then isolated by a land and sea blockade imposed by Spain. One could only enter by air or by ferry boat from Tangier. We flew in from Tangier, and flew back again.

The old DC-3 that took us to Gibraltar.
Marty, Gaylord, Eileen, and Don on the runway in Gibraltar. The runway had crossing guards as a street cut across it.
In Gibraltar, 1969. Gaylord, Marty, Eileen, and Don.
At the airport in Gibraltar, with Ginny and Louden Kiracofe.

Gibraltar was quiet, and there was little to do. Christmas was, after all, a family holiday. It was a disappointment. We had good company, but there was little going on.

I spent my last Christmas as a volunteer waiting for a close friend to return to Morocco. We would cross the Algerian Sahara together in early 1971, but that is the subject of a future blog post.

In the large cities, where there were more volunteers, and, in Rabat, where the Peace Corps administrative office was, and where volunteers were always passing through, there were real Christmas parties. In Sefrou, huddled by the Aladdin heater, I listened to the BBC World Service, and Alistair Cooke’s Letter from America, always an interesting commentary on the customs and mores of home.

Meanwhile, at home in America, my large Italian-American family was celebrating Christmas Eve, going to midnight mass, eating a meal with seven different fishes, and playing cards till the wee hours. And though I loved being with them all, I never wished I were back at home. Morocco was my home then.

Nasreddine et les éfrits

En regardant le titre de ce billet, on peut facilement se douter qu’il s’agit du mollah bien connu, ou bien de son homologue nord-africain, Jha, personnage folklorique rusé, alternativement perspicace ou nigaud.

Mais non, il s’agit de l’entraîneur d’une équipe de hockey sur glace. De souche libanaise, fils d’immigrants, ce Montréalais s’appelle Alain Jean-Paul Mohammed Nasreddine, et il vient d’être nommé entraîneur de l’équipe des Devils du New Jersey, les Éfrits du New Jersey, si vous voulez, de la Ligue Nationale de Hockey!

Alain Jean-Paul Mohammed Nasreddine et ses Éfrits

Les Nord-Africains et les Européens se sont habitués depuis bien longtemps aux joueurs professionnels portant des noms musulmans, mais aux E.U. et au Canada, surtout dans le domaine du hockey sur glace, on est encore frappé par ce nom qui contraste si fortement avec des surnoms traditionnels des joueurs canadiens ou américains, le plus souvent d’origine britannique ou français, et les surnoms européens, largement suédois, finlandais, russes, tchèques et slovaques.

On souhaite bonne chance à M. Nasreddine et, peut-être, un peu de magie de la part de ses éfrits, car les Éfrits sont actuellement une des pires équipes de la ligue.

Peut-on bientôt s’attendre , en depit du réchauffement climatique qui s’aggrave de jour en jour, à voir des équipes de hockey sur glace africaines remplies de noms islamiques? Que le monde que j’ai connu a changé depuis 50 ans!

La chasse aux singes au Maroc

l-qerd eš-šaref ma-itallem eš-šṭi

« Un vieux singe ne peut pas apprendre à danser. » Proverbe marocain

Avant que mes lecteurs se scandalisent du titre de ce billet, je tiens à préciser que ce dont je vais parler n’a rien à voir avec des activités telles que la chasse au sanglier, divertissement populaire chez de riches étrangers à Tanger il y a environ un siècle. À cette époque, des cavaliers chassaient des sangliers et les tuaient à coups de piques. Loin de là mon intention. Je parle plutôt de poursuivre des singes afin de les observer.

L’observation de singes peut paraître bien banale. Parmi les singes de l’Ancien Monde, bien des espèces habitent les forêts tropicales et les savanes de l’Afrique subsaharienne. En Afrique du Nord, par contre, il n’y a qu’une seule espèce, du genre Macaca. Les macaques sont répandus dans beaucoup de parties de l’Asie, mais une seule espèce, Macaca sylvanus, se trouve en Afrique. Ces grands singes sont limités aux montagnes de l’Algérie et du Maroc.

Toujours intéressé par l’histoire naturelle, j’espérais voir des macaques dans leur habitat naturel et mes atteintes me semblaient raisonnables vu que je demeurais à Sefrou en bordure des montagnes du Moyen Atlas.

Il y a des poches de ces singes dans le Rif, dans le Moyen Atlas et dans le Haut Atlas central ainsi que dans les montagnes de l’Algérie. On en trouve également une petite population sur le rocher de Gibraltar, appelés macaques de Barbarie, où ils constituent une importante attraction touristique.

Sur le rocher de Gibraltar où l’on garde les macaques de Barbarie.

Comme il n’y a pas de trace de fossiles de ces singes dans l’Europe post-pléistocène, l’explication la plus plausible de leur présence sur Gibraltar veut que les macaques aient été introduits par des Européens ou bien des envahisseurs maures au Moyen Âge. Autrefois, l’armée britannique s’occupait de l’alimentation et du soin des singes, et selon une tradition, on prétendait que tant qu’il y aurait des singes sur le rocher, Gibraltar resterait britannique. En fait, Winston Churchill cherchait à accroître leurs nombres quand la population semblait décliner.

Gibraltar. Un macaque amical profite de la vue à partir d’une épaule de Maren Erskine. Photo gracieuseté de Reed Erskine, Morocco X.

Aujourd’hui, selon les estimations, la plus grande partie de la population des Macaca sylvanus, environ 75 % de la population totale, vit dans le Moyen Atlas marocain. Certains de mes billets précédents montrent des photos de leur habitat, soit des forêts de cèdre avec un sous-étage de chênes verts. Les cèdres et les chênes sont associés, les chênes fournissant un environnement humide pour la croissance des jeunes cèdres.

Cet impressionnant cèdre fut nommé en honneur d’un général français. À noter les chênes verts à l’avant-plan et sur la droite. Aujourd’hui, à l’instar du Maroc colonial, le cèdre Gouraud n’existe plus. D’une hauteur comprise entre 40 et 42 mètres, on estime que son âge serait de presque 800 ans. L’arbre a été déclaré mort en 2003 pour des raisons inconnues.

Le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica) est l’une des véritables espèces de cèdre, les deux autres étant originaires du Moyen Orient et des Himalayas. Le chêne vert (Quercus ilex) et le cèdre de l’Atlas se trouvent tous deux en Grande-Bretagne. De majestueux cèdres de l’Atlas y embellissent de nombreux domaines ruraux, mais, hélas, constituent simplement une espèce envahissante. En France on exploite le cèdre comme bois de construction et pour la reforestation. Un ami français en avait des milliers sur sa propriété vallonnée à l’extérieur d’Albi. Dans des parcs royaux, comme celui qui entoure le Château de Chaumont-sur-Loire, on trouve souvent de vieilles cédraies.

Les macaques mangent un régime d’aliments saisonniers : écorce et cônes de cèdre, glands, champignons et bien d’autres plantes sauvages ainsi que des insectes.

Les cônes femelles du cèdre sont gros et se tiennent dressés sur les branches.

De nos jours, le nombre de Macaca sylvanus est en déclin rapide, probablement en raison de la disparition de leur habitat, et l’espèce a été officiellement reconnue comme menacée.

Les cèdres occupent une zone située entre 1 300 et 1 800 mètres d’altitude et constituent parfois des forêts pures.
Les chênes verts abondent à des altitudes plus basses que les cèdres.

Mon travail dans la province de Fès m’amenait parfois à travers les montagnes. À l’époque, la province de Fès s’étendait jusqu’à Boulemane et Missour au sud. Grâce à la Jeep que j’avais à ma disposition pour le travail, je faisais souvent des excursions dans la forêt avec des amis et des visiteurs.

Les forêts de cèdre constituent le principal pâturage estival pour la transhumance traditionnelle. Cette photo a été prise un peu à l’extérieur d’Ifrane.

Alors qu’une troupe de singes peut occasionnellement s’apercevoir près d’un chemin, je n’en ai jamais vu en conduisant et je soupçonne qu’ils fuyaient tout contact humain. Les bergers les considéraient une nuisance, sans doute parce que les singes dérangeaient leurs troupeaux. Une fois je me suis arrêté pour demander à un berger s’il voyait parfois des singes. « Êtes-vous sérieux?, répondit-il, les petits salauds sont partout ! » Je présume que si l’on était au cœur de la forêt sans faire beaucoup de bruit, on les verrait souvent. Jusqu’à vers la fin de mon service dans le Corps de la Paix, le seul macaque que j’ai vu était mort, pendu très haut dans un cèdre. Est-il mort en faisant une chute, a-t-il été tué par un chasseur juste pour le plaisir ou est-il mort d’une maladie ou de vieillesse?

Il n’y avait pas moyen de savoir de quelle façon ce macaque a péri.

En décembre 1971, Gaylord Barr et moi avons amené deux de ses lycéens à la station de ski de Michifen, simplement pour le plaisir. Il y avait eu une grosse chute de neige, mais le jour était radieux, un ciel bleu vif et un soleil fort.

Les routes principales étaient bien dégagées, mais nous avons été pris dans un chemin secondaire plus étroit. Les pneus tout terrain de la jeep ne convenaient pas pour la neige.

La neige pesait encore sur les branches de cèdre et scintillait en fondant.

La forme tabulaire est caractéristique des cèdres qui semblent, en vieillissant, perdre leur dominance apicale.

Des skieurs remplissaient le vieux cratère volcanique et le casse-croûte de la station était bondé de visiteurs. Malgré la neige, un soleil fort assurait des températures clémentes.

Le casse-croûte en 1970.
Vue de la station de ski depuis la couronne du cratère.

Pour les étudiants, c’était une première occasion de voir des skieurs, même si la station se trouvait tout près de chez eux à Sefrou. Pendant que les trois autres profitaient du soleil et buvaient des cocas, j’avançais péniblement à travers la neige, appareil-photo à la main, espérant trouver un bon point de vue pour prendre une photo.

Sur le point de partir à la recherche de photos et de paysages, j’ai fini par croiser des macaques.

Alors que je me battais dans la neige jusqu’aux genoux sur les collines au-dessus de la station, un petit groupe de singes a croisé mon chemin. Ma présence a dû les effaroucher car ils avaient disparu en un clin d’œil. Aucune possibilité de prendre une photo, mais j’étais content d’en avoir vu en chair et en os en pleine nature.

Partis avant de pouvoir les prendre en photo, les macaques ont laissé ces traces dans la neige.

En Amérique nous avons l’habitude d’associer les singes aux climats chauds, mais les macaques se trouvent parfois bien au nord des tropiques, notamment au Japon où ils profitent des sources chaudes.

Les singes n’étaient pas les seuls animaux indésirables dans les forêts de cèdre. Les sangliers aussi étaient fréquents et mangeaient beaucoup des mêmes aliments que les macaques. Les chênes verts qui poussaient en association avec les cèdres produisaient une abondance de glands. Parfois ces gros glands comestibles se récoltaient et on les trouvait au marché de Sefrou, mais comme leur goût est fade, on les considérait comme une nourriture de dernier ressort. Je n’ai jamais vu une recette pour un plat marocain avec glands. Les sangliers en raffolaient, cependant, comme ils aimaient aussi les champignons et les truffes, tout comme les macaques.

Je ne voulais jamais surprendre un troupeau de sangliers. Imprévisibles, gros et dotes de défenses redoutables, ils peuvent être dangereux. Je n’en ai jamais vu, mais un ami, Jean-Michel Vrinat, médecin coopérant à Ouazzane, en a tué un et j’ai pu déguster la viande que je trouvais maigre et savoureuse. J’aurais peut-être été heureux de vivre avec Astérix et ses amis. Les Marocains n’apprécient pas le sanglier puisque le porc est haram et la viande interdite. Les sangliers constituent un fléau plus dangereux que les macaques et s’en prendront aux humains quand ils se sentent menacés.

Jean-Michel Vrinet, en chemise rouge et chapeau blanc, guidant ses amis à travers l’Akioud dans le Haut Atlas.

Jean-Michel était un vrai sportif et est arrivé au Maroc pour faire son service avec non seulement un fusil de chasse, mais encore avec du matériel d’alpinisme, des épées et Dieu sait quoi d’autre. On a fait de l’escalade ensemble dans le Toubkal et il était meilleur grimpeur que moi. Malheureusement, j’ai perdu contact avec lui, mais un ami mutuel m’a dit qu’il s’était marié avec une « princesse vénitienne » et pratiquait la médecine chez eux dans la vallée de la Loire.

Mes rencontres avec des singes allaient se poursuivre. Peu après la rencontre mentionnée précédemment, pendant que je me dirigeais vers le sud, vers la frontière ghanéenne à partir de Ouagadougou après notre traversée du Sahara, nous avons repéré une troupe de babouins qui fuyaient à travers les broussailles du Sahel. Aucune possibilité de prendre une photo. À part des renards volants (roussettes) et des gazelles, les babouins étaient les seuls animaux exotiques que j’ai vus pendant ce très long et sinueux voyage.

J’ai eu d’autres rencontres vers la fin des années 1970 quand j’habitais Chaouen. Les hautes montagnes en arrière de la ville m’attiraient toujours et parfois je cherchais le plaisir des hauteurs montagneuses.

Chaouen, que l’on écrit aussi Chauen, Chefchaouen et Xauen, se trouve à la base des montagnes du Rif, au-dessus d’une vallée qui mène à Tétouan.
Les forêts au-dessus de Chaouen sont constituées principalement de pins et de sapins et s’étendent aux sommets des montagnes de 1 800 mètres derrière Chaouen.
Les neiges hivernales fournissent l’humidité dont les arbres ont besoin, ainsi que l’eau pour les fermes au pied de la montagne.
Les sapins et les pins s’étendent jusqu’aux sommets. Les neiges ne durent que trois mois.
Promenade avec deux de mes étudiants du collège arabe de Chaouen.

Dans les faits, cette extrémité du Rif n’est par particulièrement élevée, mais les sentiers étaient peu nombreux et l’ascension pouvait s’avérer exigeante. La plupart des touristes se contentaient de rester dans cette ville pittoresque à laquelle Raisuni et Franco avaient donné une certaine notoriété.

Chaouen est une destination touristique majeure.

Avec ses toits en tuile et ses maisons couleur bleue, Chaouen est une destination touristique depuis longtemps. Son emplacement en bordure du Rif et sa proximité à Tanger, Tétouan et Ceuta l’ont rendu populaire auprès des touristes. Il y a quelques années, le New York Times a publié un article sur Chaouen. Peu de touristes sont conscients des événements sanglants de la guerre du Rif et de la retraite désastreuse de l’armée espagnole de Chaouen en 1924.

Les montagnes s’élèvent abruptement et sont spectaculaires. Les pentes inférieures étaient couvertes de forêts de chênes-lièges, les seules au Maroc à l’exception de celle de la Maâmora (ou Mamora), à ce que je sache, alors qu’aux sommets on trouvait de belles forêts de pins et de sapins matures, même si, il y a 50 ans, elles faisaient l’objet d’un abattage massif.

L’entrée en forêt
En randonnée avec des copains

Tout comme les chênes verts, les chênes-lièges produisaient un gland comestible, même si peu de Marocains semblaient les manger. Les Marocains n’appréciaient pas non plus les champignons qui poussaient au pied de ces arbres, qui ne se trouvent qu’à basse altitude.

Comme on savait qu’il y avait des singes dans le voisinage, mes amis français et moi nous nous sommes proposés un jour d’essayer d’en trouver quelques-uns.

Entassés dans un Land Rover, nous avons pu nous rendre à un col en dessous des sommets.

Nous sommes montés par la piste qui mène à un col derrière la ville pour ensuite nous démener afin de contourner les rochers accessibles. Nos efforts ont cependant été récompensés.

Tout le monde avait un appareil-photo, mais les singes étaient méfiants.
Les rebords rocheux fournissaient d’excellents points d’observation.
Les copains guettent les singes.
Quand le temps le permettait, nous avons traqué les macaques.

Hélas, les singes n’avaient aucune envie de nous voir. J’ai pris plusieurs photos de ceux qui sautaient en dessous de nous sur des rebords rocheux, mais je n’ai réussi à obtenir que des minuscules points où l’on ne saurait reconnaître des singes. Toutefois, ce fut une journée agréable et nous avons tout de même vu des macaques.

Dans cette photo, il y a deux macaques. Pouvez-vous les repérer?

Si vous désirez apprendre plus sur Macaca sylvanus, vous en trouverez un article sur Wikipédia. À ceux qui aimeraient observer ces singes, je leur souhaite meilleure chance que moi. Quant aux singes, je leur souhaite une chance raisonnable de survivre dans un environnement qui devient de plus en plus restreint et fragmenté. Je vous recommande encore une fois les articles de Wikipédia sur les macaques de l’Afrique du Nord que vous pouvez trouver en français et en anglais.

Auteur :  David Brooks

Traduction : Jim Erickson.

 

Hunting Monkeys in Morocco

l-qerd eš-šaref ma-itallem eš-šṭi

“An old monkey can’t learn to dance.” Moroccan proverb.

Before my readers are outraged by the title of this post, I want to make it clear that what I am talking about is not something such as pig-sticking, a popular diversion of rich foreigners in Tangier about a hundred years ago. In those days, horsemen chased wild boar and ran them through with pikes. No, I am only talking about seeking out monkeys to watch them.

Watching monkeys in Africa may not sound like such a big deal. Many species of Old World monkeys inhabit the tropical forests and savannas of sub-Saharan Africa. In North Africa, however, there is only one species, of the genus, Macaca. Macaques are common in many parts of Asia, but only a single species, Macaca sylvanus, is found in Africa. These large monkeys are limited to the mountains of Algeria and Morocco.

Always interested in natural history, I hoped to see macaques in their native habitat, and my expectations seemed reasonable since I lived in Sefrou, on the edge of the Middle Atlas Mountains.

There are pockets of these monkeys in the Rif, the Middle Atlas, and the Central High Atlas Mountains as well as in the mountains of Algeria. A small population also lives on the Rock of Gibraltar, where they are known as Barbary Apes, and are a major tourist attraction. The name Barbary Apes is a misnomer, of course, for macaques are not apes at all, but monkeys.

On the Rock of Gibraltar, where the Barbary “apes” are kept.

With no fossil evidence of them in post-Pleistocene Europe, the most reasonable explanation for their presence in Gibraltar is that the macaques were introduced by Europeans or else Moorish invaders in the Middle Ages. The British Army used to feed and care for the monkeys, and there was a tradition that as long as there were apes on the Rock, Gibraltar would remain British. Indeed, Winston Churchill sought to have their numbers augmented when the population seemed in decline.

Gibraltar. A friendly male macaque decides to take in the view from Maren Erkine’s shoulder in 2011. Courtesy of Reed Erskine, Morocco X.

Today, the greatest numbers of Macaca sylvanus, estimated to be about 75% of the total population, live in the Middle Atlas mountains of Morocco. Some of my earlier blog articles show views of their habitat, cedar forests with an understory of holm oaks. The cedars and oaks are associated, with the oaks providing a moist environment for the growth of young cedars.

This impressive cedar was named after a French general. Note the holm oaks in the foreground and on the right. Today, like colonial Morocco, the Gouraud cedar is no more.

The Atlas cedar (Cedrus atlantica) is one of three true cedar species, the other two being native to the Middle East and the Himalayas. The holm oak (Quercus ilex) and the Atlas cedar are both found in Great Britain. Majestic Atlas cedars grace many country estates there, but holm oaks, alas, are simply an invasive species. In France, cedars are grown for lumber and as part of reforestation efforts. A French friend had thousands planted on his hilltop property outside Albi, and royal parks, such as the one surrounding the Château of Chaumont-sur-Loire, often have groves of ancient trees.

The macaques eat a diet of seasonal foods: cedar bark and cones, acorns, mushrooms, and many other wild plants as well as insects.

Female cedar cones are large and stand upright on the branches.

Today the numbers of Macaca sylvanus are in steep decline, probably due to disappearing habitat, and the species has been officially listed as endangered.

Cedars occupy a zone between 4,300 and 6,000 feet in altitude, and sometimes form pure forests. Holm oaks abound at lower altitudes.

My work in Fes Province occasionally took me over the mountains. In those days, Fes Province extended south as far as Boulemane and Missour. More often than not, I took excursions into the forests with friends and visitors, made possible by the Jeep I used for work.

The cedar forests are prime summer pastures for traditional transhumants. This picture was taken just outside Ifrane.

While a troop of monkeys might occasionally be spotted near a road, I never saw one while driving, and I suspect that they shied away from human contact. Shepherds found them a nuisance, probably because the troops annoyed their flocks. On one occasion, I stopped and asked a shepherd if he ever saw monkeys. His incredulous response was something along the lines of “Are you kidding? The little sons of bitches are everywhere!” I suppose if you are deep in the forest, and not making much noise, you will see them often. Until near the end of my Peace Corps service, the only wild macaque I ever saw was a dead one, hanging high in a cedar tree. Did it die in a fall, impaled by a branch, was it shot by a hunter for his amusement, or did it simply die of sickness or old age?

There was no way to know how this macaque met its end.

In December of 1971, Gaylord Barr and I took two of his lycée students to the Michlifen ski center just for the ride. There had been a heavy snowfall, but the day was bright with deep blue skies and a strong sun.

The main roads were well plowed, but we got stuck on a narrower side road. The Jeep’s off-road tires were not designed for snow.

Snow still lay heavy on the cedar boughs, and glistened while it melted.

Skiers filled the old volcanic crater, and the resort’s concession stand was full of visitors. Despite the snow, the strong sun kept the temperatures mild.

The concession stand in 1970.
The ski center viewed from the rim.

For the students, it was their first opportunity to see people ski, though it was only a short drive from their homes in Sefrou. While the three others enjoyed the sun and drank Cokes, I trudged off through the heavy snow, camera in hand, hoping to find an interesting vantage point for a photo.

About to head off to search for photos and scenery, I finally crossed paths with some macaques.

As I struggled through the knee-deep snow on the heights above the resort, a small group of monkeys crossed my path. I must have startled them, for they were gone in a flash. I had no chance for a photo, but I was gratified to have finally seen some living individuals in the wild.

Gone before I could photograph them, the macaques left these tracks in the snow.

In America we usually associate monkeys with warmer climates, but macaques are sometimes found far north of the tropics, notably in Japan, where they take advantage of hot springs.

The monkeys were not the only unwanted animals in the cedar forests. Wild boar were common, and ate many of the same foods as the macaques. The holm oaks that grew in association with the cedars produced an abundance of acorns. The large edible acorns were sometimes harvested and appeared in the Sefrou market, but they were bland and considered a food of last resort. I have never seen a recipe for a Moroccan dish with acorns. The boar relished them, however, as well as the mushrooms and truffles. So did the macaques.

I never wanted to surprise a herd of boar. Unpredictable, large, and armed with wicked tusks, they could be dangerous. And I never saw any, though a friend, Jean-Michel Vrinat, a coopérant doctor in Ouazzane, shot one, and I had a chance to eat the meat, which I thought lean and tasty. I might have been happy living with Astérix and his friends. Moroccans have little use for the boar, since pigs are haram and their meat forbidden. They constitute a much more dangerous nuisance than the macaques, and will attack humans if they are threatened.

Jean-Michel Vrinat, in the red shirt and white hat, guiding his friends over Akioud in the High Atlas.

Jean-Michel was a real sportsman, and arrived in Morocco to do his service with not only a shotgun, but climbing gear, épées, and God knows what else. He climbed with me in the Toubkal Massif, and was a better climber than I. Regrettably, I lost contact with him, though a mutual friend told me that Jean-Michel married a “Venetian princess” and still practices medicine in his home in the Loire Valley.

My encounters with monkeys were not over. Not very long after the encounter mentioned above, as I was traveling south toward the Ghanaian border from Ouagadougou after my trip across the Sahara, we spotted a troop of baboons fleeing across the Sahel scrublands. There was no opportunity for a photo. Along with flying foxes and gazelles, those baboons were the only exotic animals I saw in that long and meandering trip.

My encounters with macaques were not quite over. In the late 1970s, I lived in Chauen. The high mountains behind the town always beckoned, and I sometimes sought the pleasure of the mountain heights.

Chauen, also written Chaouen, Chefchaouen, and Xauen, sits at the base of the Rif Mountains, high above a wide valley that leads down to Tetuan.
The forests above Chauen are mostly pine and fir, and extend to the tops of the 6,000-foot mountains behind Chauen.
The winter snows provide the moisture the trees need, as well as water for the farms below.
Two of my English students from the Arabic college in Chauen, out with me for a walk.

In reality, that end of the Rif is not especially high, but there were few trails and the going can be rugged. Most tourists contented themselves by staying within the quaint town to which Raisuni and Franco had given a certain prominence.

Chauen is a major destination for tourists.

With its tiled roofs and blue-colored houses, Chauen has long been a tourist haunt. Its location on the edge of the Rif mountains and its proximity to Tangier, Tetuan, and Ceuta has made it popular with travelers. Just a few years back, the New York Times featured Chauen in a tourism article. Few tourists are aware of the bloody events of the Rif War, and the disastrous retreat by the Spanish army from Chauen in 1924.

The mountains rise steeply and are striking. The lower slopes of the mountains were covered with cork oak forests, the only major ones in Morocco outside of the Mamora, I believe, while the summits held beautiful forests of mature pine and fir, though they were being logged heavily 50 years ago

Entering the forest.
Hiking with friends.

Like the holm oaks, the cork oaks produced an edible acorn, though few Moroccans seemed to eat them. Nor did Moroccans eat the abundant mushrooms that grew under them.

Knowing that there were monkeys close by, my French friends and I set out one day to try to find a few.

Loaded into a Land Rover, we could drive to a high pass below the summits.

We drove up the road that leads to a high pass behind the city, then scrambled around the accessible crags, and our efforts were rewarded.

Everyone had cameras, but the monkeys were wary.
The rock ledges were great viewing points.
As the weather changed, we stalked the elusive macaques.

Alas, the monkeys had no desire to see us. I took several pictures of them, hopping below us on the rock ledges, and only obtained minuscule dots, indistinguishable and unrecognizable as monkeys. Still, it was a fun day, and we did see some macaques.

There are two macaques in this photo. Can you spot them?

Wikipedia has a long article on a Macaca sylvanus if you desire to learn more about this monkey. I wish anyone seeking out those monkeys better luck than I, and, for the monkeys, a fair chance to survive unmolested in an environment that is becoming smaller and more fragmented. I recommend the Wikipedia articles on North African macaques for further reading: English and French.

Here and now and long ago

“…I suddenly saw the breaking news on CNN about the El Paso and Dayton shootings, which raises in my mind this question: What’s happening to the America that I learnt so many good things about from Gaylord, you and other PCVs? What happened  to the great American values upheld by the ideals of John F. Kennedy, Jimmy Carter, Reagan? Surely, something is wrong in the state of Denmark. What is the difference between white supremacists and ISIS terrorists? In my younger days, my wish was to migrate to America. Now I say to myself “I’m glad my wish did not come true.”

Not long ago, an old Moroccan friend, well educated, who had lived abroad in England as well as in the States, and who speaks English fluently, wrote me the message part of which I have quoted above. I tried to answer it as best I could, but the state of the world baffles me, too.

After further reflection, however, I began to ponder the question itself. When I went to Morocco in January 1968, the entire world lived under the threat of a nuclear holocaust. The States was involved in disastrous and deadly wars in Southeast Asia. The president and the military were lying to the public. The soon-to-be president campaigned on a “secret plan” to end the war, a plan that didn’t exist. Soviet and Warsaw Pact forces crushed Czechoslovakia’s “democracy with a human face.” Political assassinations of Martin Luther King, Jr. and Robert F. Kennedy shocked America. Street protests and race riots were common occurences.

I had written to a friend in early 1968, from an agricultural station outside Meknes, that the weather was getting hot. He wrote back from the University of Chicago, where he was a grad student studying south Slavic languages. “You think it’s getting hot there? They are setting up a machine gun emplacement outside my window.” It was a time of race riots and rage.

When I picked up a Newsweek magazine in Fes in 1970, the cover photo portrayed a young college girl at Kent State, reacting with grief to the shooting of a fellow student by Ohio National Guards. I was horrified.

Kent State, 1970. Newsweek.

In France, student protests forced the French president Charles De Gaulle to step down. Across the straits in Spain, Franco continued to rule a country still suffering deeply from civil war that had taken place decades earlier. Northern Ireland was torn by civil strife, and Great Britain lived with car bombings. The white Rhodesian government had broken with Britain, and South Africa lived under apartheid. China was in the throes of its “Cultural Revolution.” Nigeria was in civil war. Within the next few years millions would die in the Cambodian genocide. Even unrest beset Morocco, where the king, Hassan II, would survive two coup attempts in the span of two short years, both while I lived there.

I have read Hans Rowling’s book, Factfulness, and I acknowledge its earnestness and veracity. Negativity comes easily. Just the same, I am far too much of a skeptic to be very optimistic about the world’s future in the face of pollution, resource exhaustion, overpopulation, growing economic inequality, and climate change. Only God knows the fate of humanity and the earth. Or, put in a more humanistic framework, whether men shape history or it shapes them, there is assuredly a destiny awaiting humanity.

My correspondent knew America primarily through Peace Corps volunteers and popular culture. Did we misrepresent it, or did his young mind perceive the States as something that it wasn’t? We certainly knew that America was not perfect. The civil rights movement of the 1960s had brought a new consciousness to America, and forced many, my young naive self among them, to begin to confront the many ugly facts in American history glossed over by traditional texts. And environmental issues began to take on a new importance following the publication of Rachel Carlson’s book, Silent Spring.

We were all deeply concerned with the state of our own country. I remember listening eagerly every week to Alistair Cooke’s Letter from America on the BBC World Service, always hoping to be entertained and enlightened, but also always fearing what next great tragedy might be his subject matter.

The world today seems to be on a reactionary bent. I could speak about current events in the States in terms of racism and fear of loss of white privilege, the problems of American government and its electoral system, the proliferation of guns and mass shootings, the hyper partisanship that puts political gain above the national interest, the ability of the very rich to inordinately influence government, widespread climate change denial, the lack of internationalism, foreign influence on American elections, willingness to violate norms that have developed over thousands of years, and so on and so forth. However, I am not sure whether there is not a certain amount of hypocrisy in looking back at a “golden age” when much nasty stuff was done behind the scenes, out of the eyes of the public. And Georges Brassens is always in my mind:

Si j’connus un temps de chien, certes

C’est bien le temps de mes vingt ans

Cependant, je pleure sa perte

Il est mort, c’était le bon temps

Il est toujours joli, le temps passé.

 

Roughly translated, the extract from the song goes “If there ever was a bad time in my life, it was certainly when I was in my twenties. Now that it’s gone, I mourn its loss. The past is always golden.”

Today, I am unhappy to live in a divided country, I do not like racism, which those of the white majority find difficult to acknowledge. I find extremism abhorrent in any form. There is no difference between Islamic terrorism and domestic terrorism: nothing justifies the taking of innocent lives.

In France in 1995, waiting to leave France, my wife and I watched TV reports of the Oklahoma City bombing where 168 people died including 19 children, most of whom were in a daycare center while their parents worked. The bombing was carried out by someone who was born and raised in Niagara County, where I was born and now live. He was able to do this because he lived in a free society where it is relatively easy to acquire guns and buy substances to make bombs. He did it because he hated the government and the building was a Federal government office building. Some mistrust of government is healthy, but hatred of it can be pathological.

The Murrah Office Building, Oklahoma City, taken by Staff Sergeant Preston Chasteen.

What gives me hope at home is our American legal system. English common law and its embodiment in democracies across the world have provided those who are fortunate to live in them with the rule of law, and the American and French revolutions provided universal ideals about human dignity, rights, and freedom that could be enshrined in constitutions. Yes, implementation is often imperfect, and law enforcement needs improvement, but, though perfection may be a goal, we should usually just content ourselves with what we have, and resolve to continue working to improve it.

Winston Churchill was astute when he said:

Many forms of Government have been tried, and will be tried in this world of sin and woe. No one pretends that democracy is perfect or all-wise. Indeed, it has been said that democracy is the worst form of Government except all those other forms that have been tried from time to time.

We all now live in a dangerous world, and I think that we must confront it together. To reprise, here is another famous quote, attributed to Benjamin Franklin, though possibly apocryphal. He made it during the American Revolution, but the observation is applicable to almost any crisis: “We must all hang together, or most assuredly we shall all hang separately.”

The world is in a crisis of unprecedented scale. We ought to recognize that and hang together. I feel fortunate that I was born in the States and I certainly recognize how much I have benefitted from living here, but the scale of problems that now threaten the individual is no longer national, but global. Yes, I worry about where my country is headed, but I worry as well about the world we live in. The question my Moroccan friend might have also asked is: What has happened to the world? His answer would be as good as mine.

In the 1940s, the democracies of the world fought for their very existence, but after the war, many people turned their thoughts to problems of a different scale. To enjoy democracy, the world needs a stable world order, where participation in society benefits everyone, and, above all, where the rule of law governs society.

When I left Morocco, I wondered how that country would evolve. The coup attempts had been a shock. I was concerned, too, about Morocco’s growing population in a part of the world short of water and land. Morocco today continues to be plagued by serious problems, yet it seems to have made remarkable progress in many areas, and I am happy for that. If I were Moroccan, I would be proud of the great strides my country has made. Still, no one in the world today should be complacent. As for the States, we are certainly going through a bad patch, but I remain confident that the foundations of American democracy are deep and solidly built, and American society resilient.

As for me, I am growing older every day, and I try to console myself in part with the ironic lyrics of the old Woody Guthrie song Worried Man Blues:

It takes a worried man

To sing a worried song

I’m worried now,

But I won’t be worried long.

La conservation du patrimoine

La médina de Fès, 1968. Sur la droite, Sefrou se trouve tout juste au-delà des collines dans le lointain.

Il y a quelque semaines le New York Times a publié un article sur la conservation, ou mieux dit, sur la non-conservation de la Casbah d’Alger. J’ai fait une vérification rapide pour découvrir que le Times avait publié un article très semblable en 2006. Malheureusement, il paraît que les efforts pour sauvegarder le quartier le plus ancien d’Alger n’ont pas beaucoup progressé dans l’intervalle. Les Français et le gouvernement postcolonial algérien semblent tous les deux avoir négligé la casbah qui est maintenant devenue un bidonville, un terrain fertile pour les fondamentalistes et un casse-tête majeur. Cependant, ce cas n’a rien d’unique.

Que ce soit au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord, la conservation du patrimoine est partout un problème, et ce depuis fort longtemps. Au Maroc, les principaux monuments et sites archéologiques ont commencé à faire l’objet d’un souci particulier lorsque les Français, sous la guise d’un protectorat, ont transformé le Maroc en colonie. Désireux de promouvoir une image du Maroc plus pan-méditerranéenne et plus attachée à la France, des sites archéologiques comme Volubilis ont été excavés et restaurés.

Arc de triomphe à Volubilis en mars 1968. À noter l’absence de visiteurs. Rien ne donne un meilleur sens des ruines que le fait de les avoir à nous tout seuls.

Les derniers sultans indépendants du Maroc avaient des préoccupations bien plus importantes que la conservation de vieilles ruines. Quand le Maroc a obtenu son indépendance en 1956, son nouveau gouvernement s’est rendu compte de la valeur de son patrimoine national, tant pour ses citoyens que pour l’industrie du tourisme qui constituait une source de revenus importante pour l’économie.

On attribue au maréchal Hubert Lyautey, résident général du nouveau protectorat français, l’établissement de l’autorité française et les débuts de son administration. L’une de ses premières décisions, et parmi les plus importantes, était celle de planifier de nouvelles agglomérations, les villes nouvelles, à côté des villes existantes qu’on appelait désormais des médinas, ville en langue arabe.

La ville nouvelle de Fès en 1970. Le Zanzi Bar, mon café préféré, se trouvait quelques pas plus loin sur la gauche.
Le bureau de poste principal à Fès en 1970.
Fès en 1970. Dans la plupart des villes nouvelles, on aménageait de grands boulevards qui créaient d’agréables promenades et facilitaient le déplacement de troupes.

Cette politique offrait plusieurs avantages à la nouvelle population européenne et à l’administration française, mais avait comme résultat la conservation intacte des vieilles villes marocaines au prix, à long terme, de leur abandon et de leur effritement. Même si les Français ont doté les médinas d’eau courante, de systèmes sanitaires et d’électricité, les élites marocaines et, bien sûr, les Européens préféraient les villes nouvelles. Quant aux médinas, sous le poids d’une population croissante et de la migration des campagnes, elles sont devenues progressivement des bidonvilles.

Fès en 1970.Tôt le matin à la porte Bab Boujloud, d’où descendent au cœur de la ville deux grandes artères.
Fès en 1970. Une vue moins touristique des terrasses de la médina.

Mon patron, Si Abdullah Jaï, qui dirigeait les bureaux provinciaux du ministère de l’Agriculture dans les années 1960, m’a demandé de prendre des photos de sa vieille maison située profondément dans la médina de Fès. Comme personne n’y restait plus à ce moment-là, il voulait la vendre. Il croyait que sa grande maison traditionnelle pourrait avoir une bonne valeur dans l’industrie touristique. Il avait bien raison.

Les médinas du Maroc ont toujours constitué une attraction touristique de premier plan permettant un aperçu de la vie traditionnelle en milieu urbain. Aucune ne surpasse Fès à cet égard, considérée par le géographe urbain Gideon Sjoberg comme l’archétype de la forme urbaine préindustrielle. Encore fortifiées de nos jours, Fès et d’autres médinas sont de véritables labyrinthes.

Fès aujourd’hui. À noter les rues sinueuses. La grande artère qui mène à la médina permet la circulation d’autocars de tourisme et de camions. Elle n’existait pas dans les années 1960. Photo gracieuseté de Google Earth.
La medina de Sefrou, quoique bien plus petite que celle de Fès, montre la même configuration de culs-de-sac et de rue sinueuses. Le droit islamique traditionnel n’empêchait pas que l’on empiète sur les voies publiques. Avec le temps, les rues devenaient de plus en plus étroites, plus irrégulières et parfois on bâtissait des structures au-dessus des rues.

Après avoir traversé les portes, les rues étroites descendant en serpentant la vallée qu’elles occupent avant d’en sortir en remontant de nouveau. Le long du chemin, beaucoup de rues deviennent des culs-de-sac et des empiétements sur la voie publique, pratique courante dans les vieilles villes musulmanes, donnent parfois comme résultat des rues si étroites qu’un âne chargé ne peut à peine passer.

Fès en 1971. La rue principale qui descend de la porte Bab Boujloud à un secteur commercial très fréquenté.
Fès en 1970. À noter la rue en forme de canyon et les constructions qui la surplombent.

La médina de Fès, fermée aux véhicules motorisés durant mon séjour au Maroc, a enfin été ouverte par un chemin qui passe à travers la muraille du sud et permet le passage de voitures et d’autocars, en particulier ceux du tourisme, jusqu’au fond de la vallée à la nouvelle Place R’cif. Ce chemin épargne aux touristes la randonnée aussi ardue que déroutante qu’il fallait faire auparavant pour visiter la médina.

Fès, 1971. Les tanneries, une importante attraction touristique, sont au beau milieu de la médina.

Pour promouvoir le tourisme, une industrie hôtelière s’est développée à Fès et dans d’autres médinas marocaines, fondée sur le concept du riad. Le riad, d’habitude un vieux bâtiment de la médina rénové à l’intention de touristes étrangers, offre un hébergement supposément traditionnel comportant des éléments destinés à charmer les touristes. Sis dans les médinas, les riads se trouvent près des attraits touristiques, sont à prix modiques par rapport aux grands hôtels de luxe, et on y accède par des rues qui donnent une ambiance traditionnelle.

Les riads, dont le nom provient d’un mot arabe signifiant « jardin », existaient au Maroc précolonial en tant que maisons des quelques Marocains très fortunés, et avaient effectivement, quand l’espace le permettait, de grands jardins. De nos jours, les riads font écho à la maison urbaine à cour centrale traditionnelle que l’on a adaptée au tourisme. La maison de Si Jaï avait d’immenses chambres et une grande cour, mais pas de jardin. Que sa maison soit aujourd’hui un établissement touristique ne me surprendrait pas.

Il est peu probable que vous trouviez un Marocain se loger dans un riad. Aux yeux des Marocains, un riad est l’équivalent d’un taudis. Le bâtiment dont on a aménagé un riad pourrait tout aussi bien se subdiviser et se louer chambre par chambre à des Marocains pauvres, sans les coûts de rénovation. C’est effectivement de cette manière que beaucoup de bâtiments de la médina sont devenus des immeubles collectifs.

À l’époque où je restais au Maroc, les médinas représentaient le mieux la vie urbaine traditionnelle et, comme d’autres volontaires, j’étais content de pouvoir y vivre. Nous voyions la médina comme authentique et romantique, faisant opportunément abstraction des contradictions inhérentes. Ma maison, décrite ailleurs dans ce blog, était située sur une rue majeure, pas dans un cul-de-sac, et des boutiquiers occupaient le rez-de-chaussée de la maison, comme cela se faisait ailleurs sur les rue principales.

La boutique en face de la porte de ma maison à Sefrou; on y voit les fils d’un couple de boutiquiers. Les magasins sont intégrés au rez-de-chaussée des maisons.

Au début de l’époque coloniale, Sefrou reflétait encore sa forme la plus traditionnelle. De nos jours, tous les terrains à l’intérieur des murailles, qui autrefois auraient été des jardins, ont été développés. Ma maison avait été construite adossée à la muraille de la ville, ce qui aurait constitué un réel danger à l’époque où les murailles servaient à empêcher les gens d’entrer.

Au milieu du 20e siècle, une inondation désastreuse de l’oued Aggaî, qui coule à travers la ville, a occasionné des dommages importants, de sorte que l’on a dû approfondir le lit de la rivière pour éviter toute nouvelle occurrence. La vue pittoresque de femmes juives et musulmanes en train de laver leur linge a disparu du jour au lendemain, et le grand quartier juif, le mellah, n’est plus habité par des Juifs qui étaient nombreux à l’époque précoloniale.

Mes arrivées et mes départs de la maison se faisaient presque toujours par un échange de salutations avec mes voisins et, dans la mesure du possible, j’achetais mes denrées des commerçants locaux. À partir de mon salon je voyais et entendais l’animation de la rue en bas, mais la cour et les autres pièces de la maison assuraient la vie privée et la tranquillité.

Les résidents, dont moi-même, vivaient au premier étage, au-dessus des boutiques. Le seul mur avec fenêtres donnait sur la rue et ce jour-là, une procession passait sous la fenêtre.

La terrasse servait à faire des corvées, à admirer le paysage, surtout celui de Bouiblane au sud-est, ou simplement à se détendre en toute tranquillité et à prendre du soleil. En été, en milieu de journée, la terrasse était chaude, mais toujours fraîche la nuit. En hiver, on pouvait se sauver de la moiteur de l’intérieur et se bronzer quand il faisait soleil. Paradoxalement, malgré le fait qu’il avait écrit un important livre d’anthropologie urbaine sur le Maroc, ni Clifford Geertz et sa femme, ni ses étudiants, n’ont pas choisi de vivre dans la médina de Sefrou. Avec de jeunes enfants, une maison plus confortable convenait mieux pour la famille Geertz, tout comme cela aurait été le cas pour une famille marocaine nantie.

Le surpeuplement et la pauvreté touchaient la médina, et de nombreux Séfréouis, et pas nécessairement les mieux fortunés, fuyaient les médinas pour les nouveaux quartiers à l’extérieurs des murailles, tels Habouna, Derb el Miter et Seti Messaouda, où les maisons étaient plus récentes, plus accessibles en voiture et moins imprévisibles. Les nouveaux quartiers avaient également des terrains à vendre.

Sefrou en 1973. Vue d’une nouvelle section du quartier Messaouda, à l’éxtérieur de la muraille (en arrière-plan). Les maisons sont plus grandes et plus régulières. Le long des rues principales, comme celle-ci, le rez-de-chaussée est réservé aux activités commerciales.

Aujourd’hui la superficie de Sefrou a plus que doublé. La croissance urbaine a englouti une bonne partie des terres agricoles environnantes et de nouveaux quartiers se sont développés sur les flancs des collines autour de la ville. Cette expansion rapide me rappelle celle du comté d’Orange, en Californie, où des routes et des maisons ont remplacé les vergers qui auparavant avaient donné au comté son nom.

Au fur et à mesure que les locaux partent, des campagnards et les pauvres continuent de s’installer dans la médina. Le surpeuplement, la pauvreté, le manque de services et d’investissement, que ce soit public ou privé, transforment rapidement la médina séfréouise en bidonville. Ce phénomène n’est pas nouveau. Pendant les années 1960, on le voyait clairement à Fès et dans d’autres grandes villes, ainsi qu’à Sefrou, mais l’explosion démographique et l’urbanisation grandissante en ont accéléré la tendance.

Dans de grandes villes modernes du Maroc, comme Casablanca, il n’y avait pas de véritable médina. Avant le protectorat, Casablanca, en l’absence d’un port naturel, était une ville négligeable. En construisant un port artificiel, les Français ont changé la donne, et Casablanca est devenue le colosse commercial du pays.

Le centre de Casablanca en 1968.

Sans médina pour offrir des logements bon marché, les migrants urbains arrivent comme squatters et vivent dans des installations de fortune non réglementées, appelées bidonvilles, ainsi nommés à cause des boîtes métalliques utilisées dans leur construction. Ailleurs dans le monde, ce genre d’agglomération est désignée par d’autres termes tels que favela ou shantytown.

Les médinas des centres traditionnels, une fois abandonnés, ont donné aux propriétaires la possibilité de diviser les anciennes structure en unités multiples où l’on partage des toilettes communes et des cours, ce qui s’apparente à l’idée du riad qui offre aux exploitants d’entreprises touristiques un moyen bon marché et attrayant de loger des étrangers fortunés qui cherchent une expérience plus « authentique ». Le logement a évolué à la fois vers des riads tendance et des taudis, la gentrification et la dégrégation urbaine côte à côte.

Fès en 1969, un exemple de familles multiples partageant une vieille maison.

Le problème pour le gouvernement marocain, et il en est tout un, c’est celui de s’occuper de la dégradation urbaine et de conserver le caractère de la médina à une époque où une bonne partie de la vitalité urbaine s’en va vers les villes nouvelles en expansion ou vers les nouveaux quartiers. Au moment de l’arrivée des Français, tout Sefrou n’était qu’une médina et une petite agglomération qui s’appellait Qelaa. Aujourd’hui, englouties par de nouveaux développements, on peine à les trouver sur un plan de la ville.

Il est relativement facile de conserver un monument comme la tour Hassan à Rabat. S’occuper d’une vieille ville centenaire qui devient un taudis est une tâche autrement plus herculéenne, surtout qu’il y a quatre médinas majeures dans les villes royales de Marrakech, Rabat, Meknès et Fès, sans mentionner celles dans des villes de taille moyenne comme Salé, Tétouan-Oujda, ou des petites villes comme Sefrou ou Chauen.

Une rue principale dans la médina de Rabat, en 1973. Construites en terrain plat, les rues sont plus régulières.
La médina de Salé, vue qui donne sur le sud vers la tour Hassan et le fleuve Bouregreg.
Cette porte monumentale à Meknès en 1968 est l’une des entrées de la médina aujourd’hui.
À Meknès, peinture du sultan au 19e siècle par l’artiste français Eugène Delacroix.
Vue des terrasses de la médina de Meknès qui donne sur la ville nouvelle, séparée de la médina par une vallée. À noter la construction moderne. 1973.
La rue des teinturiers à Marrakech en 1969.
Construit sur le flanc d’une montagne, Chaouen a des rues qui montent et serpentent. 1976.

Le gouvernement du Maroc a fait des études sur les différentes médinas. Même la Banque mondiale a effectué une étude sur la façon de conserver et développer la médina de Fès, longtemps un des repaires préférés du banquier David Rockefeller.

Une chose semble certaine au Maroc : Des maisons de luxe étrangères et des riads ne peuvent pas coexister avec des taudis. Les médinas qui, encore aujourd’hui fascinent les étrangers, risquent de devenir des ghettos d’une classe marginale de Marocains pauvres avant de tomber en ruines.

De nombreux pays font face aux mêmes défis. À Djeddah en Arabie saoudite, les Saoudiens semblent fiers de tous les progrès réalisés dans la vieille ville, mais je me demande pourquoi, étant donné l’immensité de leurs capitaux, la réhabilitation n’est pas encore achevée. Je soupçonne qu’il y a moins de Saoudiens dans la vieille Djeddah que d’étrangers.

Les Saoudiens aiment présenter cette maison dans le vieux quartier de Djeddah. Dans un épisode de No Reservations, feu Anthony Bourdain a dégusté des recettes saoudiennes sur cette terrasse.
Vues de la vieille Djedda, décembre 2009.

Dans l’Iran moderne, Reza Shah a transpercé les vieilles villes par des chemins étroits à la manière de Haussmann à Paris. Lorsque le pouvoir de l’État est concentré, tout est possible, et pour les gouvernements autoritaires, où le pouvoir de l’État est assuré par l’armée, la répression de révoltes urbaines est une priorité.

Reza Shah a fait construire de longues avenues qui percent les villes traditionnelles iraniennes. Photo prise à Yazd ou à Kerman, Iran, 1974.
Vue de Kernan, Iran, par Google Earth. À noter les nouvelles avenues qui encadrent des rues traditionnelles.

Après le 16e siècle en Europe, les gouvernements ont commencé à raser des murailles qui ne servaient plus de défense et les remplaçaient par des routes, ne laissant que des toponymes qui rappelaient l’ancien emplacement des portes. Les stations de métro à Paris dont les noms contiennent le mot Porte témoignent des anciennes portes de la ville.

Quel sera l’avenir de ces anciennes villes? Il se peut que les tendances actuelles se poursuivent sans relâche jusqu’au jour où, Dieu nous en préserve, un tremblement de terre comme celui d’Agadir les rase en quelques secondes, détournant tout investissement vers les nouvelles villes adjacentes et laissant de vastes cimetières. Comme nous l’a démontré l’incendie récent de Notre-Dame de Paris, un monument qui perdure depuis des siècles peut disparaître en quelques minutes.

Quand nous visiterons les médinas du Maroc, gardons à l’esprit que ce qui nous charme, nous, Occidentaux, n’est pas juste un vestige du passé, mais également un artefact d’une politique moderne. Derrière le mur de notre riad peut se trouver une famille de huit personnes, dans une seule pièce qui partage une toilette avec huit ou neuf autres familles.

Traduction de Jim Erickson.

Le Maroc : pays entre deux mondes

Au cours de l’année passée, le travail a amené mon beau-frère au Maroc. Il n’a visité que la ville de Rabat et serait le premier à admettre qu’il avait vu bien peu du pays durant les quelques jours de son séjour. Il y a quelques semaines, lorsque nous causions autour d’un verre dans sa cour, il m’a dit que certains de ses collègues marocains lui avaient expliqué que le caractère unique du Maroc résidait dans le fait que le territoire avait été un État-nation depuis le Moyen Âge. Il semblait prêt à accepter cette opinion comme étant raisonnable et, en me la répétant, croyait qu’elle pourrait avoir une certaine valeur explicative.

Rabat, 1968. La cimetière face à l’Atlantique, frontière infranchissable à l’ouest.

Bien sûr, cette caractérisation est très inexacte, et quiconque est familier avec l’histoire européenne moderne sait que l’idée même de l’État-nation date plus ou moins de l’époque de la Révolution française, tout comme son corrélat le nationalisme. L’idée d’un peuple uni par l’histoire et la culture constituant une nation sur un territoire particulier était radicale au 19e siècle. Cette idée mènera à la création de nouveaux pays ainsi qu’à la désintégration de vieux empires et, bien entendu, a culminé au 20e siècle avec deux des pires guerres que l’humanité ait jamais connues, même s’il reste, comme l’a bien écrit George Brassens, encore du temps pour une autre : Du fond de son sac à malices / Mars va sans doute, à l’occasion / En sortir une, un vrai délice…

Ceci étant dit, isolé à l’extrémité occidentale du monde arabe, le statut du Maroc comme pays entre deux mondes est incontestable et il en est ainsi depuis très longtemps.

Dans l’antiquité, après avoir été un site de postes de commerce punique, le Maroc a fini par être incorporé dans l’Empire romain. La région de l’ancien site de Volubilis a connu une telle prospérité qu’une ville importante y a vu le jour. Cependant, avec la fin de la Pax romana, l’empire a perdu la maîtrise du territoire connu alors sous le nom de Maurétanie Tingitane. Se trouvant à l’extrémité de l’empire, il n’y avait pas moyen de défendre Volubilis des groupes tribaux qui l’environnaient. À la chute de l’Empire d’occident, la puissance byzantine n’atteignait que les zones côtières du Maroc, de sorte que Volubilis est tombée rapidement aux mains des Vandales et plus tard aux envahisseurs arabes. Il s’écoulerait 1 500 ans avant que les Marocains redeviennent des citoyens.

Volubilis, 1968. Ce jour-là, des troupeaux de moutons paissaient l’herbe dans la rue principale d’une ville qui comptait 20 000 habitants à l’ère romaine.

Selon un conte qui est sans doute apocryphe, l’un des premiers généraux musulmans, Oqba Ibn Nafi, est entré à cheval dans les houles de l’océan Atlantique, prenant Dieu à témoin qu’il avait apporté l’islam aux extrémités de la terre. Ensuite les armées arabes se sont dirigées vers le nord, peut-être accueillies en Espagne par une population opprimée par les Visigoths. Aux limites extrêmes de l’Empire arabe, le Maroc est devenu un coin négligeable face aux royaumes ibériques d’Al-Andalus, où le dernier calife des Omeyyades avait survécu au massacre des siens par les Abbasides, pour ensuite continuer comme califat rival; de ce califat a surgi une civilisation riche et culturellement diverse. Quant au Maroc, il est resté un cul-de-sac, limité par l’immensité de l’Atlantique à l’ouest et du Sahara au sud. Au cours des 11e et 12e siècles, des dynasties berbères ont apparu pour intervenir en Al-Andalus, mais après 1492, le Maroc s’est retrouvé à l’extrémité du monde arabe, bien loin du Moyen-Orient.

L’essor des Ottomans a eu une profonde influence sur les autres parties du Maghreb, mais le Maroc n’a jamais succombé à l’hégémonie ottomane. Dans le territoire du Maroc, le Maghreb al-Aqsa, les dynasties ont continué de se succéder conformément au rythme des cycles dynastiques d’Ibn Khaldoun. La dernière de ces dynasties, celle des Alaouites, a paru au 17e siècle. Face aux ambitions expansionnistes de l’Espagne et du Portugal, ainsi qu’à celles des Ottomans, les sultans alaouites devaient également composer avec un arrière-pays contrôlé par de puissantes tribus berbères qui leur posaient une menace perpétuelle. Quand le sultan était puissant, son royaume prenait de l’expansion et quand sa puissance déclinait, les tribus devenaient une menace existentielle. La puissance du sultan étant centrée sur les villes, sa légitimité provenait du prétendu lien de parenté de sa dynastie avec Ali, le gendre du prophète Mahomet, ainsi que de la croyance populaire que le sultan possédait la baraka, sorte de bénédiction spirituelle transmise par héritage du prophète lui-même. Il n’existait pas d’État dans le sens moderne. Il y avait un royaume, ayant à sa tête un dirigeant itinérant, semblable aux royaumes de l’Europe médiévale. Les habitants n’étaient pas des citoyens mais des sujets et s’identifiaient principalement à leur famille, à leur tribu, à leur village ou à leur ville. Au Maroc pré-moderne, personne ne se qualifiait de marocain. À vrai dire, le mot Maroc est d’origine européenne, dérivé du nom d’une ville, Marrakech, l’une des quatre capitales traditionnelles. Les Marocains, quant à eux se qualifiaient d’occidentaux pour se différencier des autres Maghrébins.

En 1832, Eugène Delacroix passe six mois au Maroc, accompagnant une mission diplomatique française auprès du sultan Abd Al-Rahman qui reçoit les Français à Meknès dans ce tableau célèbre.

À l’aube du 19e siècle, le pouvoir des sultans s’étant affaibli, le territoire marocain était devenu une cible des impérialistes européens. Profondément endetté, le royaume est tombé aux mains des Français qui gouvernaient déjà l’Algérie depuis un demi-siècle. La France a également pris le contrôle de la Tunisie. Théoriquement le Maroc était un protectorat, mais en réalité il était une colonie en tout sauf le nom. Les Français ne l’avaient pas arraché aux mains des Ottomans ou de leurs héritiers comme c’était le cas pour l’Algérie ou la Tunisie. L’intervention française au Maroc visait à sécuriser l’empire du sultan — pour le bénéfice des Français, mais ultimement elle allait bénéficier à la dynastie alaouite et aux élites marocaines.

La création du protectorat a jeté les bases d’un État-nation et a fourni aux élites marocaines un appareil administratif qui dans les faits a crée un pays lors de son indépendance en 1956. Les Français avaient détruit la vieille dualité de la terre d’insolence (es-siba) et la terre du gouvernement (al-makhzen) et avaient réussi à établir leur autorité sur tout le territoire du sultan et, par ricochet, en dernier lieu à consolider l’autorité du sultan. Les efforts éhontés des Français d’exploiter les différences culturelles entre les Berbères et les Arabes ont échoué en raison de la religion et de la légitimité du sultan.

Le nationalisme marocain moderne a pris naissance en opposition à l’impérialisme français et espagnol, et c’est le sultan qui lui a donné un élan unificateur. Le roi, Mohamed V, a mené le Maroc à l’indépendance, et malgré le fait qu’il avait été déposé et exilé, il s’est assuré, tant pour l’État que pour lui-même, une légitimité importante. Dans des conversations que j’ai eues avec des Marocains, ils ont généralement parlé de lui avec révérence, ce qui parfois différait sensiblement de leur opinion de son fils et successeur, Hassan II.

Une violence considérable, déguisée sous l’euphémisme pacification¸ a accompagné le début du protectorat, mais principalement dans les régions tribales où les Français ont connu un succès qui avait toujours échappé aux sultans. Le mouvement pour l’indépendance, par contre, a été relativement pacifique, à la différence de celui de l’Algérie voisine.

Alors que les Marocains n’ont jamais été coupés de leurs frères arabes de l’Est, les élites dirigeantes avaient vu le jour sous la tutelle française et s’inspiraient autant, sinon plus, de Paris que du Caire, de Beyrouth ou de Damas. À cet égard, les Marocains n’étaient pas différents du reste du Maghreb et n’avaient aucun des liens anciens, réels ou imaginaires, des Syriens ou des Libanais. L’Algérie, qui faisait partie intégrante de la France, se tenait entre eux et l’est.

Le Maroc indépendant a aussi échappé, du moins jusqu’à présent, à la violence et au chaos du Moyen-Orient contemporain. La dynastie actuelle a survécu à deux graves attentats en 1970 et en 1971, et gouverne encore aujourd’hui le royaume. Seul le Royaume hachémite de Jordanie peut se vanter d’une telle bonne fortune, et le Maroc connaît une stabilité presque unique dans une région déchirée par des conflits. Même si le Maroc se déclare solidaire avec les Palestiniens, le conflit arabo-israélien s’est toujours trouvé bien loin. Son impact principal a été celui de compliquer la vie de la population juive du Maroc, qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a déjà été.

Les milliers de migrants et d’émigrants vers l’Europe renforcent les liens entre le Maroc et le vieux continent. Cette migration du travail, commencée durant la Première Guerre mondiale à un moment où la France connaissait de graves pénuries de main-d’œuvre, a continué tout au long du 20e siècle. Au début, il s’agissait d’hommes célibataires qui vivaient frugalement et renvoyaient de l’argent à leurs familles pour ensuite les visiter durant leurs vacances d’été. Au cours des années 1960, on était souvent pris dans des embouteillages à la frontière de Ceuta occasionnés par les migrants qui arrivaient d’Europe ou y retournaient. L’importance de ces vagues migratoires n’avait pas d’équivalent au Moyen Orient, à l’exception de la Turquie, et ses racines étaient plus anciennes et plus profondes. Le Maroc est situé aux portes mêmes de l’Europe, à un petit saut de car-ferry de l’Espagne. Plus tard au 20e siècle, l’émigration jouera un rôle plus important au Maroc. Selon un sondage récent paru dans The Guardian, 70 % des Marocains âgés de moins de 30 ans songent à émigrer.

La position du Maroc est analogue à celle de la Sicile, située à l’extrémité d’un long et divers continuum dialectal et culturel, et dont le caractère unique doit beaucoup à sa position géographique. Les plaines fertiles du Maroc longent l’Atlantique et les montagnes du Rif constituent une barrière passablement inhospitalière le long de la Méditerranée. Au Sud, le Sahara présente une autre barrière formidable. Le Maroc est un pays relié à l’Est par la religion et la culture, mais ayant d’autres intérêts qui l’orientent vers le Nord et l’Ouest.

Enfin, les musulmans marocains sont tous sunnites, disciples du même code légal. Même l’Algérie et la Tunisie ne manifestent pas une telle homogénéité religieuse. En effet, peu de pays du Moyen Orient sont aussi homogènes. Les Marocains pensent en termes de musulmans, de juifs et de chrétiens et un pays comme le Liban est hors de leur expérience. Même l’Arabie saoudite, avec son importante composante chiite, ne montre pas une telle uniformité.

Pour le meilleur ou pour le pire, la géographie et l’histoire ont fait du Maroc ce qu’il est, et ce qui le distingue de ses voisins depuis l’époque romaine. Deux millénaires d’histoire ont abouti à la création d’un État-nation au milieu du 20e siècle, un État créé par les Français et dont les élites marocaines sont les héritiers.

 

Auteur : David Brooks

Traduction : Jim Erickson.

Tourism in gentler (and perhaps more naive) times

In a conversation with my nephew Alex, he told me that he wanted to travel more. Famous places did not interest him, where long lines await you at monuments and ski lifts. He mentioned skiing in South America, and, in that vein, I suggested the Caucasus range in Georgia.

Tourism has certainly changed over the course of my lifetime. As volunteers in Morocco in the sixties, we knew that there were famous and wealthy Americans who had homes in Morocco, particularly in Tangier, and we occasionally crossed paths with the international stream of flower children visiting for exotic experiences and abundant kif. French tourists were common, of course, but tourism there had not yet taken off.

Today 11 or 12 million tourists visit Morocco a year. Americans only make up three percent with the large majority being Europeans, but tourism has become an important economic sector contributing to the national economy. Yes, it’s a far cry from Spain, where over 80 million tourists visit each year, and tourism, the third most important Spanish economic sector, accounts for over 11 percent of the country’s GDP, but Morocco still has the largest number of tourists of any African country, and that number is growing.

Returning to the sixties, when Spain already had more foreign visitors than citizens, newly independent Morocco had just begun to build a tourism infrastructure. Most hotels dated from the Protectorate, and lacked the amenities tourists were coming to expect. There was a room atop the Royal, in Rabat, which had no heat and was priced 7 DH per night, about $1.50 DH. Grand hotels like the Balima had become a bit shabby, and most of the smaller hotels had clearly seen better days. They didn’t bother Peace Corps volunteers, who lived on small monthly allowances, but those places only attracted budget travelers trying to stretch their dirhams.

In the sixties, the world was divided into Cold War blocs, including China, which was closed to Westerners, but it was a world of relative peace, if one can speak of peace when the threat of nuclear war hung over our heads. Africa was torn by post-colonial wars and independence movements, but one could still travel relatively freely. With another volunteer, I crossed the Sahara by truck, and traveled by local conveyances about West Africa. We never felt any real insecurity.

Market place, Agadez, Niger. 1971. Now a major transit point for migrants going north through Libya to Europe.

The worst experience that I remember was arriving in Niamey, having traveled hundreds of miles across unpaved washboard roads from Zinder in central Niger. Emerging from a packed Peugeot utility truck, we stumbled to the local Peace Corps office, where the Peace Corps director told us that sure we could stay in the Peace Corps hostel, there being a real dearth of hotels in all of the countries of the Sahel in those days, but first we would have to join an ongoing volleyball game. Exhausted, dusty, thirsty and hungry it seemed that we had no choice. I still cannot understand what was in that guy’s mind.

Somewhere on that trip we met a young motorcyclist who had crossed the Congo from East Africa, and anything seemed possible. Today, of course, the Sahel is aflame with sectarian violence and Islamicist armies. A few years ago my daughter, a photojournalist who cut her journalistic teeth in the invasion of Afghanistan in 2001, the aftermath of the Iraq War of 2003, and the Israeli attack on Lebanon in 2006, thought of doing a story based on retracing my trip, only to decide it was far too dangerous!

Sadly, with travel easier and cheaper than ever, many places are literally overrun with tourists. In Venice, a small city, a couple of cruise ships can disgorge an army of sightseers far greater than any enemy Venice ever faced in her days of glory. Mount Everest has lines of climbers waiting to summit. Cruise ships carry tourists to Antarctica and the Northwest Passage.

Yet, wars rack Africa and the Middle East and terrorism adds to the insecurity. Even in the U.S., people seldom hitchhike the way they used to. In the summer of 1964, 18 years old, I hitched, with a high school buddy, from New Hampshire to Montreal, across Canada, down the west coast to southern California, and back home to the East, arriving safe and sound. So I recently sent Alex a couple of old pics of places that he is not going to visit any time soon. I am truly saddened by the fact that the world has not become a more peaceful place. Humanity may perhaps be paying the price of becoming more populous and richer, at the expense of greater economic inequality and democracy.

A market square on Queshem Island, in the Strait of Hormuz, August, 1974.

The outliers

The mole in Rabat, and its twin in Salé, protect the Bou Regreg from Atlantic swells and shifting sandbars. Atlantic Morocco lacks good natural harbors, like much of Africa.

In the past year, my brother-in-law went to Morocco for his work. He only visited Rabat, and he is the first to admit that he saw very little of the country in the few days he was there. A few weeks or so ago we were chatting over a drink in his backyard, and he told me that some of his Moroccan colleagues had explained to him that Morocco’s unique character lay in the fact that the place had been a nation-state since the Middle Ages, and he seemed ready to accept that as reasonable and repeat it to me as having some kind of explanatory value.

Of course, that characterization is quite inaccurate, and anyone familiar with modern European history knows that the very idea of the nation-state dates from about the time of the French Revolution, as does its correlate nationalism. The idea of a people, united by history and culture, constituting a nation on specific territory was a radical one in the nineteenth century. It spawned the creation of new countries as well as the breakup of old empires, and, of course, it culminated during the twentieth century in two of the worst wars mankind has experienced, though there is still time, as George’s Brassens has written, for another: Du fond de son sac à malices/Mars va sans doute, à l’occasion/En sortir une, un vrai délice…

That said, Morocco’s status as an outlier is beyond question, and it has been one for a very long time, indeed.

Dionysus and the four seasons (detail). The mosaics of Volubilis are not great art. You wouldn’t find them on the walls of the Bardo Museum. On the other hand, you could contemplate them in peace and solitude.

In antiquity, after being a site for Punic trading posts, it was eventually incorporated into the Roman Empire. The area around the ancient city of Volubilis prospered to the extent that a sizeable city grew up there. With the end of the Pax Romana, however, the Empire lost control of the territory that was then known as Mauritania Tingitana. On the Empire’s edge, Volubilis simply could not be defended from the tribal groups around it. When the western empire fell, Byzantine power only extended to coastal areas of Morocco and Volubilis was quickly lost to the Vandals and Arab invaders. It would be 1500 years before Moroccans could become citizens again.

Sheep graze in the streets of Volubilis, once a prosperous city of 20,000. Visitors often had the ruins to themselves in the 1960s. In several visits, I never encountered other tourists.

In a story, probably apocryphal, the early Muslim general Oqba bin Nafi rode his horse into the swells of the Atlantic, calling on God to witness that he had brought Islam to the farthest ends of the earth. The Arab armies then turned northward, perhaps welcomed into Spain by a population oppressed by the Visigoths. On the far western limits of the Arab empire, Morocco became a backwater to the Iberian kingdoms of Al-Andalus, where the last of the Umayyads survived the Abbasid massacres of their kinsmen to continue as a rival Caliphate, and a rich and culturally diverse civilization arose. Morocco remained a dead end, a cul-de-sac, limited by the vastness of the Atlantic and the fastness of the Sahara. In the eleventh and twelfth centuries, Berber dynasties arose to intervene in Al-Andalus, but after 1492, Morocco found itself at the end of the Arab world, a very long way from the Middle East.

The Generalife gardens in the Alhambra, a symbol of Al-Andalus.

The rise of the Ottomans had a profound influence on the other parts of the Maghreb, but Morocco never succumbed to Ottoman power. In the territory of Morocco, the Maghreb al-Aqsa, dynasties continued to rise and fall according to the rhythm of Ibn Khaldun. The last of these, the Alaouites, appeared in the 17th century. Facing the expansionist ambitions of Spain and Portugal as well as the Ottomans, the Alaouite sultans also had to contend with a mountainous hinterland controlled by powerful Berber tribes that constituted a perpetual threat. When the sultan was powerful, his kingdom expanded, and when his power declined, the tribes became an existential threat.

In the tomb of the second Alouite sultan, Moulay Ismail, in Meknes, his capital. He endowed the city with monumental gates and walls, a stable for 10,000 horses, and a vast underground prison for his slaves.

The sultan’s power was urban centered, and his legitimacy came from his dynasty’s claimed descent from Ali, the Prophet’s son-in-law, and to the strong folk belief in the holy force of baraka, passed through descent from the prophet Mohammed himself. There was no nation in a modern sense. There was a kingdom, with an itinerant ruler, much as the kingdoms of medieval Europe. People were not citizens but subjects, and primary identification was to one’s family or tribe or village or city. No one claimed to be Moroccan in pre-modern Morocco. Indeed, the very word Morocco, is derived from the name of a city, Marrakesh, and is European in origin. Moroccans literally call themselves westerners, and have to differentiate themselves from the rest of the Maghreb, the Arab West.

By the 19th century, the sultans had grown weak, and Morocco’s territory had become a prize for European imperialists. Deeply indebted, the kingdom fell to the French which had already ruled Algeria for half a century. France secured its colonial claims on Tunisia as well. Theoretically a protectorate, French Morocco was a colony in everything but name. The French did not seize it from the Ottomans or their heirs as Algeria and Tunisia had been taken. French intervention in Morocco aimed to secure the sultan’s empire—for the benefit of the French, but eventually for the Alaouite dynasty and the Moroccan elites.

The creation of the protectorate created the basis of a nation-state, and endowed the Moroccan elites with an administrative apparatus that in fact made it a nation upon its independence in 1956. The French destroyed the old duality of the land of insolence (es-siba) and the land of the government (al-makhzen), and brought the sultan’s territory firmly under their control, and, coincidentally, under the sultan’s control, at last. Brazen efforts by the French to exploit Berber and Arab cultural differences foundered on religion and the sultan’s legitimacy.

Modern Moroccan nationalism arose in opposition to French and Spanish imperialism, and the sultan gave it a unifying theme. The king, Mohammad V, led Morocco to independence, despite being deposed and exiled, and he secured for the state, as well as for himself, an important legitimacy. In conversations with me, Moroccans usually spoke with reverence of him, and sometimes made a strong contrast with their opinion of his son and successor, Hassan II.

Celebration of the king’s birthday in Rabat. Police, a woman in a jellaba, and the late Hassan II, in golf togs. Circa 1969.

Considerable violence, subsumed by the benign term, pacification, took place early in the protectorate, but largely in tribal areas, where the French were successful in a way that the sultans never were. The independence movement itself was relatively peaceful, unlike that of neighboring Algeria.

While Moroccans were never cut off from Arab brethren in the East, the modern ruling elites arose under French tutelage, and looked to Paris as much, if not more, than to Cairo, Beirut, or Damascus for guidance. In that respect, they were not so difference from the rest of the Maghreb, and they did not have any of the ancient ties, real or imagined, of Syria or Lebanon. Algeria, a part of France, stood between them and the east.

Independent Morocco has also escaped, so far at least, the violence and chaos of the modern Middle East. The current dynasty survived two serious coup attempts in 1970 and 1971, and still rules. Only the Hashemite Kingdom of Jordan can boast of that kind of good fortune, and Morocco lays claim to a valuable and almost unique stability in a region torn by conflicts. Although Morocco proclaims solidarity with the Palestinians, the Arab-Israeli conflict has always been far away. Its major impact has been to make life more difficult for the Moroccan Jewish population, now just a shadow of its former self.

Tying Morocco closer to Europe are the thousands of migrants and emigrants to Europe. Early Moroccan wage labor migration began during  World War I, when France experienced critical labor shortages, and continued throughout the century. Early on, the migration consisted of single men. They lived thrifty lives, sent money home to their families, and visited during the summer vacations. In the 1960s, one could easily be stuck in traffic jams on the Ceuta border caused by migrants coming home from or returning to Europe. The magnitude of these migration streams was unrivaled by any Middle Eastern country, aside from Turkey, and its roots were older and more deeply implanted. Morocco sits on the doorstep of Europe, just a short car ferry from Spain. Later in the 20th century, emigration came to play a bigger role in Morocco. In a recent poll, reported on in The Guardian, 70% of Moroccan under 30 years of age think of migrating!

Ceuta, a Spanish enclave on the Moroccan coast, is a gateway to Europe. Just a short car ferry trip to the rest of Spain, Ceuta was a popular departure point.

Morocco bears an analogous position to Sicily, perhaps, sitting at the end of a long and diverse dialectical and cultural chain, owing much of its uniqueness to its geographical position. Morocco’s fertile plains border the Atlantic, and the Rif Mountains present a relatively inhospitable barrier along the Mediterranean. On the south, the Sahara presents a barrier. Morocco is a country connected to the East by religion and culture, but it faces north and west.

Finally, Moroccan Muslims are all Sunni, following the same school of law. Not even Algeria and Tunisia show this complete religious homogeneity. Indeed, few Middle Eastern countries are so homogeneous. Moroccans think in terms of Muslims, Jews, and Christians, and a country such as Lebanon is beyond their experience. Saudi Arabia, with its large Shi’a population, cannot manifest such religious uniformity.

For the better and for the worse, geography and history made Morocco what it is, and what has distinguished it from its neighbors since Roman times. Two millennia of history crystallized in the form of a nation-state in the mid-twentieth century, a state molded by the French and inherited by Moroccan elites.

Once upon a time, in 1968…Oum Kalthoum

A photo of a street art portrait of Oum Kalthoum in Tanger, courtesy of Egyptian blogger, Amro Ali.

January of 2018 marked 50 years since the 30 volunteers of Morocco X stepped off their Pan Am jet and onto Moroccan soil. The event was recorded by a couple of the Moroccan newspapers, and though it is doubtful that anyone took much notice, many of the volunteers bought copies of the papers to save as mementos. A few months later, in March, another arrival took place, and that one was widely noted all over Morocco. Oum Kalthoum, the Egyptian diva, had visited the country at last.

In the history of Arabic song, Oum Kalthoum was, and still is, the unparalleled female voice. Revered throughout the Arab world, she reduced grown men to tears and titillated her fans with the life story of a poor Egyptian girl’s rise from rags to almost unimaginable wealth and fame. She sang songs of quality, with a wonderful voice and unrivaled talent for improvisation, a key feature of Arabic song.

Oum Kalthoum on stage at the Mohammed V Theater. Rabat, Morocco, 1968.

She arrived for three days of concerts in Rabat and then traveled to the other imperial cities of Fes, Meknes, and Marrakech. In Rabat, she performed at the Mohammed V Theater, and gave private performances for King Hassan and his brother, Prince Abdullah.

One of the Morocco X volunteers, Ron Soderberg, had many Oum Kalthoum records and was already a fan. Thanks to Ron, her name was on our lips in training camp in California, well before we left for Morocco. Hearing that she was appearing in Morocco for the first time, Ron and a number of other volunteers bought tickets to her concert. The tickets were expensive, 300 dirhams or about $60 American in 1968. At the time, a Peace Corps volunteer received a living allowance of 620 dirhams per month. For most Moroccans, the tickets were simply out of reach. The concerts went long into the evening, and were a spectacle. Oum Kalthoum’s improvisation drove the audience wild. Men in expensive djellabas stood on their seats and twirled their djellabas in the air, alternately excited or entranced.

Everywhere in the country the few people who were fortunate enough to have TVs were glued to them. On the CT outside of Meknes where I lived, the CT director kept the generator going late so that he and his friends could watch a broadcast of the concert. He was bleary-eyed the next morning.

Oum Kalthoum, Bob Marley, and Michael Jackson. Tanger street art. Photo courtesy of Amro Ali.

An Egyptian, Amro Ali, wrote an interesting blog post in which he elaborated on Moroccan perceptions of Egypt, culled from his own travels in Morocco (How Egypt functions in the Moroccan imagination). Among his many observations, he notes that one cannot visit Morocco today without hearing Oum Kalthoum’s music. In homes, in cafes, in taxis, on cell phones, Moroccans listen to her songs everywhere. The feelings shown for her contrast with Moroccan general ambivalence toward Egypt, whose cultural luster has dimmed and whose language is difficult for the uneducated. That said, Amro was greeted warmly everywhere he went. Moroccan hospitality is legendary.

Those few volunteers, newly arrived in the spring of 1968, were indeed fortunate to attend an event that Moroccans still recall today with reverence. The number of videos on YouTube documenting Oum Kalthoum’s visit in 1968 bear testimony to Moroccans’ profound attachment to her.

Oum Kalthoum died in 1975 and never revisited Morocco, but her songs live on, especially in the hearts of Moroccans.

Historic Preservation

The medina of Fes, 1968. Sefrou is just beyond the distant hills on the right.

A few weeks ago, the New York Times published an article about preservation, or more accurately, the lack of preservation for the Casbah of Algiers. I did a quick lookup and found that the Times had printed a very similar article in 2006. Sadly, efforts to preserve the oldest part of Algiers do not seem to have progressed much in the interval. Both the French and the post-colonial Algerian government seem to have neglected the casbah, and today it has become a decaying slum, a breeding ground for fundamentalists, and a major headache. However, there is nothing unique about this.

Historic preservation in the Middle East and North Africa is everywhere a problem, and has been for a long while. In Morocco, major monuments and archeological sites began to receive serious concern when the French turned Morocco into a colony under the guise of a protectorate. Eager to promote an image of Morocco that was more Pan-Mediterranean and more closely connected to France, archeological sites such as Volubilis were excavated and restored.

Triumphal arch. Volubilis, March 1968. Note the absence of visitors. Nothing gives a better sense of the ruins than to have them to yourself.

The last independent sultans of Morocco had far more important things to worry about than old ruins. When Morocco achieved independence in 1956, its new government realized the value of its national patrimony for its citizens and for a tourism industry that constituted a major source of income for the economy.

Marshall Lyautey, the French Resident-General of the new Protectorate, is credited with the establishment of French rule and its early administration. One of his first and most far reaching decisions was to plan new towns, les villes nouvelles, alongside the existing cities, which became known as medinas, the Arabic word for city.

Fes, 1970, in the ville nouvelle. The Zanzi Bar, my favorite café, was just down the street on the left.
Fes, 1970. The main post office.
Fes, 1970. Most villes nouvelles featured large boulevards, a pleasant place to walk, and an easy way to move troops.

This policy afforded many advantages for the new European population and the French administration, but it resulted in the preservation of the old cities of Morocco intact at the cost of their slowly being left behind and crumbling. Although  the French added water, sanitation and electricity to the medinas, the new cities became the choice of the Moroccan elites and Europeans, while the old towns, under the additional burden of a burgeoning population and migration from the countryside, slowly became slums.

Fes, 1970. Early morning at the Boujouloud Gate, from which two major streets descend into the heart of the city.
Fes, 1970. A less touristic view of the medina terraces.

My boss, Si Abdullah Jaï, who ran the provincial offices of the Ministry of Agriculture in the nineteen sixties, asked me to take some photographs of his old house deep in the medina of Fes. No one lived there any longer and he wanted to sell it. He thought that his large traditional family house might have value in the tourism industry. He was right.

The medinas of Morocco have always been a prime tourist attraction, affording a view of traditional life and its urban forms. None more than Fes, taken as one of the models of the archetypal preindustrial urban form by the urban geographer Gideon Sjoberg. Still walled today, Fes and other medinas are labyrinths.

Fes today. Notice the winding streets. The large road leading into the medina accommodates tourism buses and trucks. It was not there in 1969. Courtesy of Google Earth.
The Sefrou medina, though much smaller than that of Fes, manifests the same pattern of cul-de-sacs and winding streets. Traditional Islamic law did not prevent individuals from encroaching on the public way. Over time, streets became narrower, more irregular, and sometimes had structures built over them.

After passing through gates, its narrow streets wind down into the valley that it occupies before climbing out again. Along the way, many streets branch into dead ends, and encroachment on the public way, a common practice in old Muslim cities, has occasionally resulted in streets so narrow in places that a loaded donkey can barely pass.

Sefrou, 1969. Notice the narrowness of the street and the construction over it.
Fès, 1971. The main street leading down from the Boujouloud Gate, and a busy commercial area.
Fès, 1970. Notice the canyon like street, and the rooms built over it.

The medina of Fès, closed to most motorized vehicles during my time in Morocco, was finally opened by a road that pierces the southern wall and takes cars and buses, notably tourism buses, to the bottom of the valley at the newly constructed Place R’cif, saving tourists the arduous and confusing hike once required to sightsee in the medina.

Fès, 1971. The tanneries, a major tourist attraction, are deep in the center of the medina.

To service tourism a hotel industry has grown up in Fès and other Moroccan medinas, based on the concept of the riad. The riad, usually an old medina building renovated for foreign tourists, offers an accommodation that purports to be traditional, with decorative features to charm tourists. Located in the medinas, riads are close to the major attractions, are accessed by streets that provide local color, and are modestly priced, especially in comparison to large luxury hotels.

Riads, which take their name from the Arabic word for garden, did exist as the homes of a few very wealthy Moroccans in precolonial Morocco, and sometimes, where space was available, did feature sizable gardens. Today, they often reflect the traditional urban courtyard house adapted to tourism. I would not be surprised if Si Jaï’s house, which had huge rooms and a large courtyard, though no garden, is today a tourist establishment.

You would be unlikely to find Moroccans staying in a riad. The Moroccan equivalent of a riad is a slum tenement. The same building holding a riad could easily be subdivided and rented by room to poor Moroccans, without the expense of any renovation. Many medina buildings have, in fact, become tenements in this fashion.

Medinas were also the closest thing to traditional urban life that existed during my days in Morocco, and, I, like many volunteers, was pleased to be able to live in one. We saw the medina as both authentic and romantic, conveniently ignoring the inherent contradictions. My house, described elsewhere in the blog, was on a major street, not in a cul-de-sac, and shopkeepers occupied the ground floor frontage of the house, and that of many of the houses that faced the main streets.

The shop directly opposite the door of my house in Sefrou, and the sons of a couple of the shop keepers. The shops are built into the ground floor of houses.

In the early colonial era, Sefrou still reflected its most traditional form. Today all the land inside the walls, which formerly would have been gardens, is built up. My house was built abutting the city wall, something that would have been a defensive liability when the walls really served to keep people out.

In the mid-twentieth century, a disastrous flood on the Oued Aggaï, which flows through and divides the city, caused significant damages, and forced a deeping of the river bed to avoid reoccurrences. The picturesque sight of Jewish and Muslim women washing their clothes vanished overnight. And the large Jewish quarter, the Mellah, no longer provides a home to Jews, who were numerous in precolonial times.

I seldom entered or left my house without exchanging greetings with neighbors, and bought as much produce as possible from neighboring shopkeepers. From the front room of the house, one could hear and see the bustle in the street below, but the house offered privacy and quiet in its courtyard and other rooms.

Residents, myself included, lived on the first floor, above the shops. The only wall with windows faced the street, and on this day, a procession was passing under the window.

The terrace was a place to do chores, admire the view, especially Bouiblane to the southeast, or simply relax in privacy and get some sun. In the summer the terrace was hot in the middle of the day, but always cool at night. In the winter, one could escape the indoor clamminess, and warm oneself in the sun, when it came out. Ironically, neither Clifford Geertz and his wife nor any of his students, lived in the Sefrou medina, despite writing an important urban anthropology book about Morocco. With young children, a more convenient home worked better for the Geertz family, just as it would have for an upper class Moroccan one.

In the medina, there was overcrowding and poverty, and many Sefrouis, and not necessarily the richest, were fleeing the medinas to the new quarters outside the walls such as Habouna and Derb el Miter and Seti Messaouda, where homes were newer, more easily accessible by car, and less quirky. The newer quarters also had lots for sale.

Sefrou, 1973. A view of a new part of Seti Messaouda quarter, outside the city wall (seen in the background). The houses are larger, and more regular. Along major streets such as this one, the ground floor is reserved for commercial uses.

Today Sefrou has more than doubled in size. Urban growth has swallowed much of the surrounding agricultural land and new quarters have grown up the hillsides around the town. The rapid expansion reminds me of Orange County, California, where roads and housing have replaced the fruit groves that once gave the county its name.

As quickly as locals are leaving, country folk and the poor continue to move into the medina. Overcrowding, poverty, and lack of services and investment, public or private, are quickly turning the Sefrou medina into a slum. This is no new phenomenon. In the sixties it was clearly visible in Fes and other large cities as well as Sefrou, but the population explosion and rising urbanization has accelerated the trend.

In large, modern Moroccan cities such as Casablanca, there was no real medina. Before the Protectorate, Casablanca, without a real port, was not much of a city. The French changed that, building an artificial harbor, and Casablanca grew to be the commercial colossus of the country.

The center of Casablanca, 1968.

With no medina to provide inexpensive housing, urban migrants squatted in makeshift, unregulated settlements called bidonvilles, after the tin cans used in their construction. Elsewhere in the world, this type of settlement is known by various other terms such as favela or shanty town.

The medinas of the traditional centers, being abandoned, provided an economic opportunity for owners to divide old structures into multiple units, often sharing common toilets and courtyard, just as the riad idea offers tourism operators a cheap and attractive method to house wealthy foreigners, desirous of a more “authentic” experience. Housing has co-evolved into trendy riads and seedy tenements, gentrification and decay side by side.

Fès, 1969. An example of multiple families sharing an older house.

The problem for the government of Morocco, and a formidable one, is to address the urban decay, and to preserve the character of the medina, in a time when much of the urban life has moved outside into the growing villes nouvelles or the newer quarters. When the French arrived, Sefrou consisted of nothing but the medina and a small agglomeration called el Qelaa. Now both are almost lost on the city map, surrounded by newer construction.

It is relatively easy to preserve a monument such as the Tour Hassan in Rabat. Dealing with a centuries old city that is turning into a slum is of quite greater magnitude, and, not the least, because there are four major medinas in the royal capital cities of Marrakech, Rabat, Meknes, and Fes, not to mention those in middle-sized cities such as Salé or Tetouan-Oujda, nor in many smaller towns such as Sefrou or Chauen.

A major street in the Rabat medina, 1973. Built on level ground, the streets are more regular.
The Salé medina, looking south across terraces toward the Tour Hassan, and the Bou Regreg River.
This monumental gate, in Meknes, is an entrance to the medina today. 1968.
In Meknes, the French artist Delacroix pained the sultan in the 19th century.

Across the roof tops of houses in the Meknes medina, looking at the ville nouvelle, which is separated from the medina by a valley. Note the modern construction. 1973.
The dyers’ street. Marrakesh, 1969.
Built on a mountainside, Chauen has streets that climb and wind. 1976.

The Government of Morocco has done studies of the various medinas. The World Bank has even done a study on how to preserve and develop the medina of Fes, long a favorite haunt of the banker, David Rockefeller.

One thing seems sure in Morocco. Fancy foreign-owned homes and riads cannot coexist forever with tenements, and that the medinas, that today still fascinate foreigners, will become ghettos of an underclass of poor Moroccans, and eventually crumble.

Many countries face the same issues. In Jeddah, in Saudi Arabia, the Saudis seemed to be proud of the efforts they were making in the old city, but I wondered why, with all the Saudi money, the rehabilitation was not already finished. I suspect that there are fewer and fewer Saudis in old Jeddah than foreigners.

The Saudis like to showcase this house, in the old quarter of Jeddah. Anthony Bourdain ate Saudi recipes on this rooftop in an episode of No Reservations.
Views over old Jeddah. December, 2009.

In modern Iran, Reza Shah just punched through the old cities with straight roads, much the way Haussmann had done in Paris. When the power of the state is concentrated, many things are possible, and in authoritarian governments, where the army secures state power, putting down urban revolts is a priority.

Reza Shah punched long avenues through the traditional cities of Iran. This is either Yazd or Kerman, Iran, 1974.
A Google Earth view of Kerman, Iran. Note the new avenues among the more traditional streets.

In Europe, after the sixteenth century, governments began to tear down walls that no longer served defensive purposes, and constructed roads in their place, leaving only toponyms that reflect the old placement of gates. The subway stations in Paris bearing Porte in their name testify to old city gates.

What will be the future of these ancient cities? Perhaps present trends will simply continue unabated. Then, someday, and God forbid it, an earthquake, like that of Agadir, will level one or two of them in a matter of seconds, diverting all investment into the new towns beside them, and leaving vast graveyards. As the recent fire at Notre Dame demonstrates, a monument that has endured for centuries can perish in minutes.

When you visit the medinas of Morocco, keep in mind that what charms you, the Westerner, is not just a survival from the past, but an artifact of modern policy, and, behind the wall of your riad may well be a family of eight, living in a single room, sharing a kitchen and toilet with eight or nine other families.

Il était une fois, en 1968…Oum Kalthoum

Portrait d’Oum Kalthoum par un artiste de rue à Tanger. Photo gracieuseté du blogueur égyptien Amro Ali.

Janvier 2018 a marqué 50 ans depuis que les trente volontaires de la cohorte Morocco X ont débarqué de leur avion Pan Am pour fouler le sol marocain pour la première fois. L’événement a été souligné par quelques journaux marocains et même si on peut supposer que la nouvelle n’a pas attiré beaucoup d’attention, plusieurs des volontaires en ont acheté un exemplaire comme souvenir. Quelques mois plus tard, au mois de mars, une autre arrivée a eu lieu qui, elle, a eu un immense retentissement partout au Maroc. Oum Kalthoum, la diva égyptienne, était enfin arrivée en visite au pays.

Dans l’histoire de la chanson égyptienne, Oum Kalthoum était, et reste encore, la voix féminine par excellence. Révérée partout dans le monde arabe, elle savait faire fondre les hommes en larmes et titiller ses admirateurs en racontant l’histoire de l’ascension d’une pauvre fille égyptienne de la misère à une richesse et à une renommée presque inimaginable. Ses chansons étaient toutes de qualité supérieure. Dotée d’une voix merveilleuse, elle possédait également un talent d’improvisation incomparable, élément clé de la chanson arabe.

Elle est arrivée à Rabat pour y donner trois concerts avant de se diriger vers les autres villes impériales, Fès, Meknès et Marrakech. À Rabat elle a chanté au Théâtre Mohamed V et a donné des représentations privées au roi Hassan II et à son frère, le prince Abdullah.

Oum Kalthoum en scène au théâtre Mohammed V, 1968.

L’un des volontaires de Morocco X, Ron Soderberg, possédait une importante collection de disques d’Oum Kalthoum et lui vouait déjà un culte. Pendant nos trois mois de formation, le nom Oum Kalthoum était sur toutes nos lèvres bien avant notre départ pour le Maroc. En apprenant qu’elle allait se produire pour la première fois au Maroc, Ron et un certain nombre d’autres volontaires ont acheté des billets. Les billets coûtaient cher, 300 dirhams ou l’équivalent de 60 $ US en 1968. À l’époque les volontaires recevaient une allocation mensuelle de 620 dirhams. Pour la plupart des Marocains, les billets étaient tout simplement hors de portée. Les concerts continuaient tard dans la soirée, tout un spectacle, et les improvisations d’Oum Kalthoum ont littéralement affolé l’auditoire. Des messieurs portant des djellabas luxueuses se tenaient sur leurs sièges agitant leurs djellabas dans l’air, tantôt excités tantôt en extase.

Partout au pays, les rares personnes qui avaient la chance d’avoir un téléviseur y étaient collés. Au centre de travaux où je vivais à l’extérieur de Meknès, le directeur gardait la génératrice ouverte bien tard pour que lui et ses amis puissent regarder la retransmission du concert. Il avait les yeux bouffis le lendemain matin.

Art de rue à Tanger. Oum Kalthoum, Bob Marley et Michael Jackson. Photo gracieuseté d’Amro Ali.

Un blogueur égyptien, Amro Ali, a écrit un billet intéressant dans lequel il explique les perceptions de l’Égypte par les Marocains, tirées de ses propres voyages aux Maroc. (How Egypt functions in the Moroccan imagination). Parmi ses nombreuses observations, il note que de nos jours on ne peut visiter le Maroc sans entendre la musique d’Oum Kalthoum. Dans les maisons, dans les cafés, dans les taxis, sur les cellulaires, partout les Marocains écoutent ses chansons. Les sentiments qu’ils expriment à son égard contrastent avec l’ambivalence générale qu’entretiennent les Marocains envers l’Égypte dont le lustre culturel a pâli et dont la langue est difficile à comprendre pour les peu scolarisés. Ceci étant dit, Amro a été accueilli chaleureusement partout où il allait au pays. L’hospitalité marocaine est légendaire.

Ces quelques volontaires, fraîchement arrivés au printemps 1968, ont été bien chanceux d’assister à un événement dont les Marocains se souviennent encore aujourd’hui avec révérence. Le nombre de vidéos que l’on trouve sur YouTube portant sur la visite d’Oum Kalthoum en 1968 témoignent de l’attachement profond des Marocains à son égard.

Oum Kalthoun est décédée en 1975 sans avoir jamais revisité le Maroc, mais ses chansons se perpétuent de génération en génération, particulièrement dans le cœur des Marocains.

Texte : Dave Brooks

Traduction : Jim Erickson

La Mamma

La Mamma

Back in the nineteen sixties, many foreigners lived in Rabat. The city was much smaller than it is today, which, of course, can be said about all Moroccan cities. Since the French ruled from Rabat during the Protectorate, and the newly independent government of Morocco kept the city as its capital, there were embassies and aid missions and cultural organizations, and the city was interesting and pleasant.

Pan American Airways flew to the Rabat-Salé Airport from New York City. The U.S. gave up its Strategic Air Command base at Berrechid and had vacated all its bases by 1963, but when Peace Corps arrived in Morocco, the Casablanca Nouaceur airport was still under construction. Early Peace Corps programs used the New York-Rabat flights. Those flights, on Boeing 707s, often stopped in the Azores and Lisbon.

The 707 that brought Morocco X volunteers to Morocco. Taken at a mid-Atlantic stop in the Azores.

The airport in Salé was conveniently close to Rabat, but it had a major drawback. Close to the Atlantic, the airfield was subject to dense fogs that interfered with landings. Eventually most international flights were moved to Nouaceur, which was inland away from the coastal fogs, and, in addition, had longer runways.

While Pan Am flew to Rabat, the flight crews often rested there overnight. You would see them at restaurants around the ville nouvelle, and one of their favorites was La Mamma, a restaurant and bar that served pizza. Not expensive and conveniently located just off Mohammed V, Peace Corps staff and volunteers also frequented the place.

Avenue Mohammed V looking north toward the PTT. The medina begins a bit farther north.

In those days, inexpensive restaurant food was not hard to come by. Most of it was French, with three courses, often a salade niçoise, a piece of meat or filet of fish, and fruit or flan for desert. Jour et Nuit was near the Peace Corps office, and you could get a quick bite there. If you wanted something a bit more upscale, Le Père Louis, behind the Balima Hotel, offered a nicer atmosphere, with the proprietor managing from a desk near the door as was the old custom in France.

I only ate at La Mamma a few times, but I still remember the last time vividly. It was in the summer of 1970, and I was with a date. In those days, La Mamma sometimes had entertainment, and on that night, there was a guitarist singing Brassens, the sand along. Brassens was already an icon in France, and most French knew at least some of his songs. The pizza maker threw dough into the air in time to the beat of the music. The waiters danced around, and everyone thoroughly enjoyed themselves. On that hot summer night, the atmosphere was festive and fun, and the pizzeria resembled a boîte à chanson far more than a restaurant. Though I spent a fair amount of time in Rabat after that, I don’t recall ever having  returned to La Mamma.

La Mamma is still there, 50 years later, and, if the Internet food reviews are credible, still serves decent fare in a pleasant atmosphere. You probably won’t hear Brassens if you eat there, but if I returned, I would certainly strain to catch the echoes.

People on planes

One never knows whom one may be seated next to on a plane. Early in another blog post, I mentioned being on a medical evacuation flight from the U.S. Navy base in Kenitra, Morocco to the American Air Force base at Torrejón, just outside Madrid. When the Americans withdrew from the latter in 1992, the Spanish built a new regional airport there. Originally a SAC base for B-47s, which also flew from Moroccan bases in the nineteen fifties, by 1970 when I visited, F-100 Super Sabres and F-4 Phantoms were flying there. I remember the noise as squadrons landed and took off.

Leaving Morocco, with Tangier below, and the western Rif Mountains in the distance. March, 1970.

I was seated on the plane next to a gentleman whose job was to train Moroccan pilots to fly F-105 fighters. When he asked what I did, I told him about my extension work and about the Peace Corps more generally. He was very impressed, and our conversation ended with him wondering whether he couldn’t use some volunteers in his program! For the record, a year later, in a coup attempt on the life of the Moroccan king, Hassan II, those planes attacked a passenger plane carrying the King, and he narrowly escaped with his life.

Many, if not most, Peace Corps volunteers were posted to countries where their skills were needed, but not necessarily the counties in which they wanted to live. If my recollection is correct, John Paulas, a graduate of Paul Smith’s College and avid outdoorsman, really wanted to go to Nepal. On the flight to Morocco, he was seated next to another new volunteer on his way to Nepal. When John told him that Nepal had been his first choice , the other volunteer responded that his first choice had been Morocco! I consider myself very fortunate to have wanted to go to Morocco and to have been actually sent there, though it did take the Peace Corps two tries, since they had first offered me a placement in Senegal.

Perhaps the strangest encounter on a plane was between my housemate, Gaylord Barr, who had re-enlisted in 1970 prior to teaching English as a second language. On his flight from New York to Casablanca, Gaylord asked the fellow next to him why he was visiting Morocco. The response was unexpected, if not a bit unsettling: the man was going for a sex-change operation. Apparently Casablanca was a major center for gender realignment surgery in the late nineteen sixties and early seventies. Recently I learned that Jan Morris, the notable travel writer, now 92, went there in 1972 for that purpose. Now Gaylord was no prude, and would have had no objection, but he was shocked at the time. Morocco had many foreigners going there for many reasons, sometimes scandalous ones, but this man’s journey threw Gaylord for a loop!

After rereading this published post, I got to thinking about the scenes in the satirical film, Airplane, where one of the protagonists tells his sob story over and over, driving the passenger next to him to suicide. If you’ve flown often, you probably have your own stories to tell.

La guía

Six months have passed since the last book sale. The Friends of the Youngstown Free Library, a group of volunteers, many of them elderly, hold the sale twice a year. Mary, the Friend in charge of sales for the last couple of years, has passed the torch to Keith, a young retiree from the Air Force. Mary did a terrific job, in spite of serious health issues, and Keith has managed his first sale without a glitch.

At the first evening of the three-day sale, the doors of the old brick school gymnasium are open only to those who have registered as Friends. School teachers mix with the local doctor, retirees with professional book buyers, and everyone with others looking for a good read for themselves or someone else. Book lovers all, they happily search through the donated books, films, and music CDs for a treasure, a pleasure, or a profit. Most are not disappointed.

At each sale, I look for materials about Morocco, though here on what I call the Marches, my expectations are low. Across the mouth of the river, in Canada, a book sale might be expected to produce more materials about Morocco in French. The Youngstown sale occasionally has Canadian books, though seldom are there any French ones. Books about Morocco are even rarer.

This year I did find a book about Morocco. Among the travel guides and foreign language materials was an old Spanish pocket guide to Morocco, published in 1961 for Spaniards. I purchased it as a curiosity. Unless I use it to resurrect my old high school Spanish, I will probably not open it many times, except for memories of my stay in northern Morocco. The Guía de Viaje-Bolsillo, Marruecos will become a souvenir of times long past, but still close to me.

Jbel Ayachi (continued)

Today, the melting glaciers of the Himalayas are giving up the bodies of climbers from ill-fated expeditions of the past. Time can bury or, sometimes, with a little human help, resurrect.

The film clip below is from March 1970, roughly 50 years ago. Don Brown, a Peace Corps Administrator and unofficial excursion cinematographer, took it on our hike to the summit of Jbel Ayachi (3,757 m.) I wrote here in an earlier blog about that climb, unaware that Don had video footage. The grainy 8mm film looks as ancient to me today as the early black and white films of the first expeditions to Everest looked to me as a youth. We are all now accustomed to the sharper, stabilized, and better exposed clips, taken with ease by many cellphones. I kept thinking of Merian Cooper’s Grass, where he follows a Bakhtiari nomad migration across the Zagros. “Tramp, tramp, tramp.” I see the silent movie’s captions in my mind, along with all the sheep and goats.

What a gift to have this video resurface! The team of three is clearly having fun. The star is H. Louden Kiracofe, Peace Corps doctor. The film begins at the Peace Corps Office in Rabat, Morocco. Louden is clowning as Abderrahman, who took care of the Peace Corps motor pool, inspects the vehicle.

The action shifts briefly to the Setti Messaouda Gate in Sefrou. My house was inside to the left. Don and Louden stopped there to pick me up.

Next we are camping in the Cirque de Jaffar, one of the possible starting points for climbing Jebel Ayachi. Berber boys were fascinated by us, and hoping we would share chocolate with them, which we did, of course.

We left about sunrise, and the mountain shots are dark. There is a narrow gorge on the initial approach, with vertical walls and a stream flowing through it. Afterwards we just continued up through the valleys that lead to the summit. Louden and I had done the climb before, and there was little difficulty finding the route.

Out of breath from the altitude and the march, Don decided that he had had enough and stopped in the large basin about 500 feet below the 12,300 foot peak’s two summits. There he waited until Louden and I returned, hence, no footage from the summit, though Louden and I took 35mm slides. I am the guy with all the sunscreen on his face, and the red cap. Don appears briefly in his yellow parka.

The trip was great fun. Thanks, Don, for finding the old film, digitizing it, and sharing it! To see it, just click on the link, Climbing Jebel Ayachi.

The Seiko Watchdog

The casbah of the Ouidayas. Rabat, 1968.

In the sixties, a frequent scam involved an approach by a stranger who offered for sale some precious item that he had found on the beach. Even Peace Corps volunteers, who surely should have known better, were occasionally taken in by the scheme.

One volunteer, in Tangier for training, bought a beautiful Seiko watch, which, not unsurprisingly, stopped working soon afterwards. He took it to a medina shop in Rabat, which serviced watches, and the watch repairman took a look and quickly related the bad news. The watch was a fake.

The volunteer, who had paid good money for the watch, was beside himself. Not able to express himself in either Arabic or French, he began ranting, gesticulating, and jumping about the small shop.

Unfortunately, he stepped on the owner’s dog, which bit him severely enough to draw blood. The watch cost him far more than what it was worth, and he had to undergo a series of rabies shots to boot!

If this were a Thurber fable, I would have a good moral here. Perhaps a reader can supply one for this true story.

La montagne n’a pas voulu

Au cours de la préparation de ces billets, j’ai eu l’occasion de discuter de certaines aventures et folies de notre jeunesse. Tout dernièrement, Reed Erskine et moi avons échangé des souvenirs de nos tentatives malheureuses d’escalader le Mont San Jacinto dans le sud de la Californie.

 

À l’époque on était une quarantaine de stagiaires, vivant dans un taudis qui servait de camp d’ouvriers migrants. Le Corps de la Paix le jugeait une préparation suffisante pour affronter les rigueurs de la vie au Maroc. À vrai dire, pendant les sept années que j’ai passées au Maroc, je n’ai jamais été aussi mal logé, et, quant à la nourriture, elle était tellement infecte que les stagiaires menaçaient de la boycotter. Par comparaison, manger au Maroc c’était comme monter au ciel.

 

De notre quartier dans la vallée, on voyait clairement la montagne, la deuxième en altitude dans le sud de Californie. Sur une épaule se situe au premier plan Tahquitz Peak, un éperon rocheux, avec en arrière-plan la montagne propre, haute de 3 300 mètres.

 

Loin de chez eux et pleins d’énergie, une poignée de stagiaires se proposaient l’ascension. Bien que beaucoup moins dramatique, tout ce qui s’est passé me rappellerait plus tard le livre de Saint-Loup, La montagne n’a pas voulu. En effet, Le mont San Jacinto n’a pas voulu du tout !

Le mont San Jacinto (3302 m)

Cette montagne est une des plus élevées du sud de la Californie, et sépare une vallée intérieure du désert. D’un côté, une région agricole, de l’autre le désert, elle est située dans une forêt nationale par où le sentier Pacific Coast, dans son long méandre entre les frontières mexicaine et canadienne, passe à travers.

Coucher du soleil, vue vers le sud-ouest.

Nous sommes partis le soir, après nos cours, faire du camping près du village de montagne Idyllwild pour être prêts à commencer notre ascension de bonne heure le lendemain matin. En arrivant, on a constaté que le groupe n’avait apporté que très peu d’eau. Tant pis, on en trouvera en forêt. La petite carte des sentiers que nous avions apportée n’indiquait pas les points d’eau; c’était à peine une carte, plutôt une représentation schématique, et nous ne nous en sommes pas inquiétés.

Notre « carte »

Elle ne marquait pas fidèlement les distances non plus. Le sommet était distante de 30 km. Notre route devait nous amener à mi-chemin du sommet de Tahquitz Peak (2 800 m). Remplis d’enthousiasme, sinon du bon sens, nous avons entamé notre randonnée de bonne heure le matin.

Le matin, au point du départ.

Au fur et mesure que Le Soleil montait, le manque d’eau se faisait sentir, et encore loin du sommet du Pic Tahquitz, la quantité risible d’eau apportée s’est épuisée. Toujours optimiste, on continuait à monter, et cela en dépit d’un temps de mi-octobre très chaud et sec! Un des nôtres s’est avisé de jouer aux cowboys et aux Indiens, courant devant les autres, et disparaissant. Nous le retrouvions toujours, perché sur un grand rocher, jambes croisées, assis à la manière d’un Peau-Rouge de Lucky Luke.

Près du sommet du Tahquitz (2696 m)

Malheureusement, le jeu s’est terminé quant il s’est épuisé à tel point qu’il ne pouvait plus bouger, et, comble de malheur, il n’y avait pas une seule goutte d’eau pour étancher sa soif.

Au sommet, une tour pour repérer les incendies. Cette forêt en a souffert, et plusieurs sentiers sont fermés aujourd’hui.

Nous avons commencé à craindre sérieusement pour sa santé. Un ou deux d’entre nous sont descendus chercher du secours et sont revenus à cheval avec le shérif d’Idyllwild. On est descendus, le malade à cheval, les autres à pied. La santé bien rétablie grâce à des boisons gazeuses et des glaces, nous sommes rentrés à Hemet. C’est ainsi que s’est terminée notre première tentative.

Les forces de l’ordre étaient bien gentilles. Nous voilà en bas, avant notre retour au camp, chez le shérif de Idyllwild.

(À suivre)