Ramadan (version française)

Vagues d’un orage de fin de printemps sur la rive du lac Ontario. Mai 2020.

En regardant le coucher du soleil il y a quelques jours, j’ai pensé au Ramadan. Les musulmans ont actuellement terminé près de la moitié de leur mois de jeûne obligatoire. Des souvenirs me reviennent d’avoir été dans l’appartement de Don Brown à Rabat où nous avons entendu le tir de canon qui annonçait la fin du jeûne. Situé près de la kasbah des Oudayas, ou bien du cimetière voisin, le canon semblait tirer à travers la médina de Rabat directement vers le bureau du Corps de la Paix et je croyais vraiment entendre la balle passer, alors qu’en réalité il n’y avait pas de balle. Il doit y avoir une histoire associée à ce canon, mais une recherche superficielle sur Internet n’a rien donné.

La plupart des villes utilisaient des sirènes plutôt que de l’artillerie pour signaler la fin du jeûne. Les rues étaient souvent désertes alors que les familles prenaient place autour de leurs tables en attendant de rompre le jeûne. Il y avait du café et des friandises, suivis de harira, cette soupe épaisse, remplie de pois chiches ou de lentilles et consommée toujours dans de petits bols. De nos jours, on trouve la harira partout dans les restaurants d’hôtel à travers le monde arabe, mais je doute qu’elle soit aussi bonne que celle que je mangeais comme jeune volontaire au Maroc. Il y avait une grande variété de biscuits et je me souviens surtout de la chebbakia, ce délice couvert de graines de sésame et imbibé de miel et de sucre. À cette extravagance de gâteries on ajoutait des dattes dont le sucre servait à ranimer ceux dont l’énergie avait faibli, tout comme la cigarette pour ceux qui avaient cette habitude. Les musulmans pratiquants allaient ensuite prier à la mosquée ou peut-être à la maison.

En1968, quand notre cohorte du Corps de la Paix est arrivée au Maroc, le mois de Ramadan a commencé fin novembre. À mon départ en 1971, j’avais vécu trois Ramadans, mais tous en octobre, novembre et décembre. À Sefrou, c’étaient des mois froids où les journées étaient courtes et humides et les nuits dans une maison froide étaient bien longues. Les journées courtes et fraîches facilitaient le jeûne, mais se lever la nuit s’avérait plus difficile.

J’habitais la médina où tous mes voisins jeûnaient. Gaylord Barr, avec qui je partageais la maison, s’est accordé avec moi pour jeûner par sympathie et solidarité, mais je crois que nous l’avons fait aussi par curiosité. Nous étions naturellement curieux de connaître la vie musulmane et voulions nous mettre dans les souliers des Marocains. En tant qu’enfant catholique, j’avais grandi avec le jeûne et l’abstinence, mais c’était toujours pour de courtes périodes qui, pour un jeune enfant, ne semblaient pas nécessairement courtes. On jeûnait avant la communion et lors de certains jours saints, mangeait du poisson le vendredi et renonçait aux sucreries pendant le Carême.

Lors du premier Ramadan, Gaylord et moi avons peut-être fait un voyage ou deux à Rabat où nous pouvions manger. La plupart des restaurants dans le centre-ville étaient ouverts pour les touristes et la toujours importante population européenne. À l’époque, j’étais encore fumeur, donc Rabat me donnait aussi l’occasion de m’adorner à cette habitude.

Toujours lors de ce premier Ramadan, je me souviens d’avoir rompu le jeûne dans un restaurant ou dans un café de la médina de Sefrou, mais mon souvenir en est vraiment flou. À Sefrou, comme je me souviens, on ne mangeait qu’à la maison où chez des amis. Je ne me souviens même pas d’un restaurant dans la médina, mais j’ai le sentiment que c’était dans Derb el-Miter. Khadija préparait toujours un gros pot de harira que Gaylord et moi partagions. Lors des deux autres Ramadans, nous avons observé le jeûne sans tricher. Comme il faisait trop froid dans notre maison à Sefrou pour nous lever prendre un repas avant
l’aube, nous avons fini par manger avant l’heure du coucher, ce qui nous occasionnait un bien long délai avant de manger de nouveau. Ce n’était pas l’eau et la nourriture qui faisaient défaut à mes collègues de travail : certains étaient fumeurs et c’était la satisfaction de leur habitude qui constituait leur principal problème. Les collègues étaient fatigués et à l’occasion grognons, mais ils allaient au travail, quoiqu’au ralenti.

Un certain samedi après-midi de l’un des nos Ramadans, je me souviens d’avoir été voir un film à Fès avec Gaylord. Quittant le cinéma tout juste avant la fin du jeûne, nous sommes descendus dans des rues désertes qui me rappelaient des scènes du film Les derniers rivages. Aujourd’hui les rues désertes se trouvent dans les métropoles américaines en quarantaine. Nous nous sommes précipités au coin de la rue du côté sud de la ville nouvelle où nous pouvions prendre un autobus ou un grand taxi pour le retour à Sefrou.

Ces jours-ci, je jeûne deux jours par semaine pour perdre du poids et pendant ces jours je me permets de grignoter un peu et de boire autant d’eau que je veux, de sorte que mon jeûne ne ressemble en rien au jeûne du Ramadan. Pourtant, des petites fringales et le coucher du soleil rappellent de vieux souvenirs ainsi que les goûts et les odeurs de bonne chère. Quand je m’imagine assis autour des tables rondes et basses, les plaisirs partagés de convivialité et d’amitié me reviennent. À l’extérieur dans la rue illuminée, des boutiques rouvrent de nouveau et on entend les bruits des commerçants, d’autres qui vont à la mosquée, d’autres qui prennent simplement de l’air. Quelle chose toute simple que la nostalgie!

Gaylord est décédée il y a cinq ans et je n’ai pas visité le Maroc depuis les années 1970; maintenant ces mois de Ramadan me semblent bien lointains. Et pourtant, en quelque sorte, je peux encore savourer le goût de la harira et de la chebbakia.

Traduction : Jim Erickson

Author: Dave

Retired. Formerly school librarian, social studies teacher, and urban planner.

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