Les Pirates de Salé ?

Les Maple Leafs de Toronto finissent par marquer un but en deuxième période du deuxième match de leur série trois de cinq contre les Blue Jackets de Columbus.

Me voilà devant la télévision, une bière fraîche à portée de la main. En dehors il fait 30 degrés, ce qui est parfaitement normal au début d’août, la période la plus chaude de l’été, la saison de notre canicule, qui cette année s’éternise. Ce qui n’est pas normal, c’est le match de hockey que je regarde. La saison aurait dû prendre fin il y a longtemps. Mais, ici comme ailleurs, la COVID-19 a bouleversé le monde du sport, et les joueurs commencent à peine à disputer la coupe Stanley, une compétition normalement terminée au début de juin.

Afin de minimiser les risques que pose la COVID-19, la Ligue nationale de hockey avait décidé que tous les matchs auraient lieu dans deux amphithéâtres canadiens, soit dans les villes de Toronto et Edmonton. Elle aurait voulu ajouter Vancouver, mais la province de la Colombie-Britannique s’était opposée à la présence des équipes américaines. En fait, la frontière entre les États-Unis et le Canada est fermée depuis quelques mois déjà, et cette fermeture risque de se poursuivre jusqu’à la fin de l’année. Pour encore mieux isoler et protéger les joueurs, les équipes jouent dans des arénas sans spectateurs. Le spectacle est réservé à ceux qui le regardent sur leurs écrans de télévision.

La glace et la chaleur me rappellent la patinoire que j’ai visitée à Abidjan en Côte d’Ivoire, lors mon voyage à travers l’Afrique occidentale en 1971. Qu’une nation aussi pauvre, où souvent les rues et les routes n’étaient pas encore goudronnées, ait une patinoire m’a bien surpris. Je me demandais combien d’Ivoiriens pouvaient disposer de l’argent nécessaire pour la fréquenter.

Le patinage en Afrique de l’Ouest. Abidjan, Côte d’Ivoire, 1971

Au Maroc, par contre, la seule glace que j’aie jamais rencontrée était dans le fameux Couloir de Neige sur le versant nord-est du Jbel Tazaghart. Là-haut, au beau milieu de juillet, elle réservait une surprise désagréable pour mon copain Louden et moi, et elle avait fini par nous persuader d’abandonner la route presqu’avant de l’avoir entamée.

Louden Kiracofe, son piolet à la main, au couloir « de glace. » La montagne n’a pas voulu. Juillet 1969.

Mais le temps passe, nous voilà au vingt et unième siècle et le Maroc possède deux patinoires, et même des équipes de hockey! Comme à Abidjan et à West Edmonton au Canada, les patinoires de Rabat et de Casablanca font partie de grands centres commerciaux. Plusieurs équipes participent à des tournois et même à des compétitions internationales. Aidées par les Tchèques et les Canadiens, les équipes marocaines ont même remporté quelques honneurs. Les joueurs sont pour la plupart des jeunes émigrés de souche marocaine qui viennent d’autres pays, du Canada, d’Angleterre, de France, de Suisse, de Finlande ou de Suède. À cet égard des Québécois d’origine marocaine, qui constituent la majorité de ces joueurs, y ont joué un rôle particulièrement important.

En tant que fan de sport, j’en suis ravi. Il y a même une équipe marocaine à Casablanca qui s’appelle les Buffalos, qui est également le nom d’une grande ville près de chez nous. Et cependant, encore une fois je me demande si les ressources consacrées aux patinoires auraient pu être mieux utilisées ailleurs.

Chers amis Marocains, je ne veux ni vous offenser ni vous décourager. Dans le monde du sport, le Maroc a certainement le droit d’élargir ses horizons et de participer au patinage artistique et au hockey sur glace. Je vous félicite, d’ailleurs, d’avoir apporté ces sports en Afrique. Mais même ici aux États-Unis et chez nos voisins canadiens, le hockey demande d’importantes ressources financières dont bien des gens ne disposent pas. De plus, la gestion d’une patinoire coûte cher surtout quand il fait très chaud, sans oublier que le temps de glace disponible avec seulement deux patinoires sera toujours minime. Dans le contexte nord-américain, les groupes sociaux économiquement désavantagés tendent à être exclus du hockey, contrairement au basket et au soccer (football) où le seul équipement nécessaire se résume à un simple ballon. Dans le hockey nord-américain, par exemple, les Noirs et les hispaniques sont carrément sous-représentés.

Tout de même, je continuerai à suivre l’évolution du sport au Maroc, et j’attends la construction de la prochaine patinoire, dont les dimensions seront conformes, espérons-le, aux normes du hockey international. Pourquoi ne pas en bâtir une à Ifrane pour répondre aux besoins des villes de Meknès et de Fès?

Bonne chance et gardez vos bâtons sur la glace !

Note de l’auteur : Compte tenu du manque de commentaires sur ce billet, j’aimerais en ajouter un de mon cru pour mieux expliquer le point d’interrogation de son titre. Au dix-septième siècle, la ville de Salé hébergeait des pirates qui gagnaient leur pain en s’emparant des navires chrétiens au large de la côte marocaine. Les Anglais donnaient à ces pirates l’appellation de « Sallee Rovers ». On compte parmi les captifs réels qu’ils avaient enlevés contre rançon le célèbre héros d’un roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé.

Author: Dave

Retired. Formerly school librarian, social studies teacher, and urban planner.

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