Il était une fois, en 1968…Oum Kalthoum

Portrait d’Oum Kalthoum par un artiste de rue à Tanger. Photo gracieuseté du blogueur égyptien Amro Ali.

Janvier 2018 a marqué 50 ans depuis que les trente volontaires de la cohorte Morocco X ont débarqué de leur avion Pan Am pour fouler le sol marocain pour la première fois. L’événement a été souligné par quelques journaux marocains et même si on peut supposer que la nouvelle n’a pas attiré beaucoup d’attention, plusieurs des volontaires en ont acheté un exemplaire comme souvenir. Quelques mois plus tard, au mois de mars, une autre arrivée a eu lieu qui, elle, a eu un immense retentissement partout au Maroc. Oum Kalthoum, la diva égyptienne, était enfin arrivée en visite au pays.

Dans l’histoire de la chanson égyptienne, Oum Kalthoum était, et reste encore, la voix féminine par excellence. Révérée partout dans le monde arabe, elle savait faire fondre les hommes en larmes et titiller ses admirateurs en racontant l’histoire de l’ascension d’une pauvre fille égyptienne de la misère à une richesse et à une renommée presque inimaginable. Ses chansons étaient toutes de qualité supérieure. Dotée d’une voix merveilleuse, elle possédait également un talent d’improvisation incomparable, élément clé de la chanson arabe.

Elle est arrivée à Rabat pour y donner trois concerts avant de se diriger vers les autres villes impériales, Fès, Meknès et Marrakech. À Rabat elle a chanté au Théâtre Mohamed V et a donné des représentations privées au roi Hassan II et à son frère, le prince Abdullah.

Oum Kalthoum en scène au théâtre Mohammed V, 1968.

L’un des volontaires de Morocco X, Ron Soderberg, possédait une importante collection de disques d’Oum Kalthoum et lui vouait déjà un culte. Pendant nos trois mois de formation, le nom Oum Kalthoum était sur toutes nos lèvres bien avant notre départ pour le Maroc. En apprenant qu’elle allait se produire pour la première fois au Maroc, Ron et un certain nombre d’autres volontaires ont acheté des billets. Les billets coûtaient cher, 300 dirhams ou l’équivalent de 60 $ US en 1968. À l’époque les volontaires recevaient une allocation mensuelle de 620 dirhams. Pour la plupart des Marocains, les billets étaient tout simplement hors de portée. Les concerts continuaient tard dans la soirée, tout un spectacle, et les improvisations d’Oum Kalthoum ont littéralement affolé l’auditoire. Des messieurs portant des djellabas luxueuses se tenaient sur leurs sièges agitant leurs djellabas dans l’air, tantôt excités tantôt en extase.

Partout au pays, les rares personnes qui avaient la chance d’avoir un téléviseur y étaient collés. Au centre de travaux où je vivais à l’extérieur de Meknès, le directeur gardait la génératrice ouverte bien tard pour que lui et ses amis puissent regarder la retransmission du concert. Il avait les yeux bouffis le lendemain matin.

Art de rue à Tanger. Oum Kalthoum, Bob Marley et Michael Jackson. Photo gracieuseté d’Amro Ali.

Un blogueur égyptien, Amro Ali, a écrit un billet intéressant dans lequel il explique les perceptions de l’Égypte par les Marocains, tirées de ses propres voyages aux Maroc. (How Egypt functions in the Moroccan imagination). Parmi ses nombreuses observations, il note que de nos jours on ne peut visiter le Maroc sans entendre la musique d’Oum Kalthoum. Dans les maisons, dans les cafés, dans les taxis, sur les cellulaires, partout les Marocains écoutent ses chansons. Les sentiments qu’ils expriment à son égard contrastent avec l’ambivalence générale qu’entretiennent les Marocains envers l’Égypte dont le lustre culturel a pâli et dont la langue est difficile à comprendre pour les peu scolarisés. Ceci étant dit, Amro a été accueilli chaleureusement partout où il allait au pays. L’hospitalité marocaine est légendaire.

Ces quelques volontaires, fraîchement arrivés au printemps 1968, ont été bien chanceux d’assister à un événement dont les Marocains se souviennent encore aujourd’hui avec révérence. Le nombre de vidéos que l’on trouve sur YouTube portant sur la visite d’Oum Kalthoum en 1968 témoignent de l’attachement profond des Marocains à son égard.

Oum Kalthoun est décédée en 1975 sans avoir jamais revisité le Maroc, mais ses chansons se perpétuent de génération en génération, particulièrement dans le cœur des Marocains.

Texte : Dave Brooks

Traduction : Jim Erickson

Author: Dave

Retired. Formerly school librarian, social studies teacher, and urban planner.

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